En ce 25 janvier, l'équipe de Gravebasse souhaite un excellent anniversaire à une figure incontournable, bien que parfois méconnue du grand public, de la scène britannique : Garry Tibbs. Né en 1958 dans la banlieue nord-ouest de Londres, Tibbs n'est pas seulement un bassiste, c'est un véritable témoin musical qui a su naviguer avec une aisance déconcertante entre la fureur du punk naissant et le raffinement sophistiqué de la pop des années 80. Sa carrière est une leçon d'adaptabilité et de groove, prouvant qu'un bon bassiste peut servir n'importe quel style tant qu'il possède le sens du rythme et une identité sonore forte.
Des caves enfumées aux scènes Punk
L'histoire de Garry Tibbs commence véritablement au cœur de l'explosion punk londonienne de 1977. C'est au sein des Vibrators, formation culte du mouvement, qu'il fait ses premières armes sérieuses. À cette époque, le jeu de basse se doit d'être direct, agressif et sans fioritures. Tibbs y démontre une énergie brute, propulsant des titres rapides avec une attaque au médiator incisive typique du genre. Cette période formatrice lui permet de comprendre l'essence du rôle de la section rythmique : être le moteur inarrêtable du groupe. Cependant, contrairement à nombre de ses contemporains qui restèrent enfermés dans le carcan du trois-accords, Garry possédait une musicalité qui demandait à s'exprimer dans des registres plus complexes.
Le virage sophistiqué avec Roxy Music
Le grand écart artistique survient lorsqu'il rejoint Roxy Music à la fin des années 70. Passer des Vibrators à l'univers dandy et art-rock de Bryan Ferry est un tour de force qui témoigne de sa polyvalence. Tibbs n'est pas seulement là pour faire de la figuration ; il participe à des albums majeurs comme Manifesto (1979) et Flesh + Blood (1980). C'est durant cette période que son style s'affine considérablement. Il délaisse l'agression pure pour des lignes plus coulées, teintées de funk et de disco, genres qui infusaient alors la pop britannique. Son travail sur ces albums est un modèle de "pocket playing", ce sens du placement rythmique millimétré qui fait danser sans jamais surcharger l'espace sonore. Il apporte une assise moderne et groovy qui contribue à redéfinir le son de Roxy Music pour la nouvelle décennie.
L'icône pop avec Adam and the Ants
Si Roxy Music lui a donné ses lettres de noblesse musicales, c'est son passage chez Adam and the Ants qui lui offrira une visibilité médiatique mondiale. Rejoignant le groupe au sommet de sa gloire pour l'album Prince Charming en 1981, Garry Tibbs s'intègre parfaitement à l'esthétique flamboyante des Nouveaux Romantiques. Il devient une figure familière des clips vidéo et des émissions de télévision, son charisme naturel rivalisant presque avec celui du chanteur Adam Ant. Musicalement, le défi est différent : il faut soutenir des rythmiques tribales complexes, souvent dominées par deux batteries, tout en gardant une ligne mélodique accrocheuse. Il réussit ce pari avec brio, ancrant des tubes comme "Stand and Deliver" avec une précision redoutable. Fait amusant et rare pour un sideman, il est même cité nommément dans les paroles de la chanson "Ant Rap", une consécration pop culturelle ultime.
L'acteur et le musicien de session
Au-delà de ces deux géants, la carrière de Tibbs est riche de collaborations diverses. On se souvient notamment de son rôle de bassiste, nommé Dave, dans le film culte Breaking Glass (1980) aux côtés de Hazel O'Connor, où il joue quasiment son propre rôle de musicien naviguant dans l'industrie impitoyable du disque. Il a également prêté son talent à des artistes variés, allant de The Fixx à des sessions pour divers projets, prouvant qu'il est avant tout un musicien de service, capable de sublimer la vision d'un compositeur.
Matériel et Son : La quête de l'efficacité
Pour les lecteurs de Gravebasse intéressés par la "quincaillerie", l'arsenal de Garry Tibbs est à l'image de sa carrière : classique et efficace. Durant ses années punk et une grande partie de sa carrière, on l'a souvent vu avec l'indétrônable Fender Precision Bass. Il en tirait ce son rond, chaud et percutant, souvent joué aux doigts ou au médiator selon les besoins, qui reste la référence absolue pour asseoir un mix rock.
Cependant, sa période Roxy Music est souvent associée à une sonorité plus moderne et définie, caractéristique de l'époque. Il a fait partie de ce cercle restreint de bassistes britanniques (comme ses prédécesseurs dans Roxy, John Gustafson et Alan Spenner) à utiliser les basses Wal. Ces instruments, réputés pour leur électronique active sophistiquée et leur médium très articulé, lui permettaient de percer le mix dense des arrangements de Bryan Ferry avec une clarté quasi hi-fi, tout en conservant du corps. Ce choix d'instrument illustre bien son évolution vers un jeu plus nuancé, où chaque note compte et où la texture du son devient aussi importante que la note elle-même.
Aujourd'hui, alors qu'il fête ses 68 ans, Garry Tibbs reste un exemple inspirant pour tout bassiste. Il nous rappelle qu'une carrière ne se construit pas uniquement sur la virtuosité technique, mais sur l'écoute, le style et la capacité à se réinventer sans cesse.
Joyeux anniversaire, Mr. Tibbs !
Ajouter un commentaire
Commentaires