Truck Parham, l'âme du jazz de Chicago (1911-2002)

Publié le 25 janvier 2026 à 10:14

En ce 25 janvier, nous célébrons la naissance d'un véritable monument de la scène jazz de Chicago et de l'histoire de la contrebasse : Charles Valdez Parham, plus connu sous le surnom évocateur de « Truck ». Bassiste à la carrure imposante et au swing inébranlable, Parham a traversé le vingtième siècle en ancrant le rythme des plus grands orchestres, de Jimmie Lunceford à Earl Hines.

Né à Chicago en 1911, Charles Parham ne semblait pas prédestiné à caresser les cordes d'une contrebasse. Sa première vie fut celle d'un athlète accompli, s'illustrant sur les terrains de football américain avec les Chicago Negro All-Stars et sur les rings de boxe. Cette constitution physique exceptionnelle lui valut son célèbre surnom, bien que la légende raconte aussi que le sobriquet « Truck » lui fut attribué lorsqu'il travaillait comme valet, transportant le matériel des orchestres avec la force d'un camion. C'est pourtant la musique qui finit par l'emporter sur le sport. D'abord batteur, puis tubiste, il opéra une transition décisive vers la contrebasse au début des années 1930, alors que l'instrument à cordes commençait à supplanter le tuba dans les sections rythmiques de jazz.

L'apprentissage de Parham est digne d'un roman. Alors qu'il évoluait dans l'orchestre de Zack Whyte à Cincinnati, il croisa la route du légendaire Walter Page, le bassiste de Count Basie. Désireux de maîtriser son nouvel instrument, Parham proposa un échange de bons procédés peu commun : il servirait de garde du corps à Page en échange de leçons de basse. Cette formation sur le terrain, complétée plus tard par des études classiques avec Nate Gangursky de l'Orchestre Symphonique de Chicago, forgea un style unique alliant une puissance physique naturelle à une technique rigoureuse.

De retour dans sa ville natale au milieu des années 1930, Truck Parham s'imposa rapidement comme un sideman de premier choix. Sa capacité à fournir une assise rythmique solide et rebondissante attira l'attention des virtuoses de l'époque. Il tint la baraque derrière le flamboyant trompettiste Roy Eldridge et releva le défi harmonique d'accompagner le pianiste Art Tatum, une tâche souvent redoutée par les bassistes tant le jeu de Tatum était dense et complexe.

La carrière de Parham prit une dimension nationale au début des années 1940 lorsqu'il intégra le grand orchestre du pianiste Earl « Fatha » Hines. C'est durant cette période qu'il enregistra des morceaux marquants, dont le célèbre « Jelly, Jelly » avec le chanteur Billy Eckstine. Sa réputation de solidité et de swing léger lui ouvrit ensuite les portes de l'orchestre de Jimmie Lunceford en 1942. Au sein de cette formation réputée pour sa discipline et son exigence musicale, Parham resta jusqu'en 1947, cimentant la section rythmique de l'un des big bands les plus populaires de l'ère du Swing.

Après la fin de l'ère des grands orchestres, Truck Parham ne raccrocha pas pour autant. Il retourna s'installer à Chicago, devenant une figure patriarcale de la scène locale. Il s'orienta vers le jazz traditionnel et le Dixieland, collaborant longuement avec le cornettiste Muggsy Spanier dans les années 1950, puis avec le batteur Louie Bellson. Durant les décennies suivantes, il devint le partenaire privilégié du pianiste Art Hodes, apportant son expérience et son « time » imperturbable aux nouvelles générations de musiciens et au public des festivals internationaux.

Jusqu'à sa disparition en juin 2002, à l'âge vénérable de 91 ans, Truck Parham est resté fidèle à sa philosophie musicale : servir l'orchestre avant tout. Il n'a jamais cherché la gloire des solos interminables, préférant la noblesse du rôle de soutien. Son jeu se caractérisait par un son énorme, une attaque franche et une pulsation qui ne faiblissait jamais, héritage direct de son passé de sportif. En cet anniversaire, gravebasse.com rend hommage à ce pilier de l'instrument qui a prouvé qu'avant de courir sur le manche, il faut savoir marcher avec le rythme.

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