C'est un jour spécial pour les amateurs de lignes de basse élégantes et de grooves sophistiqués. Ce 24 janvier marque le 68ème anniversaire de Jennifer Maidman, une musicienne dont l'empreinte sonore a façonné la pop et le rock britannique depuis près de cinquante ans. Vous avez forcément déjà entendu son jeu : qu'il s'agisse des mélodies envoûtantes du Penguin Cafe Orchestra, de la puissance rythmique derrière Joan Armatrading ou des ambiances texturées de David Sylvian, elle est l'architecte discrète mais essentielle de nombreux chefs-d'œuvre. Au-delà de sa virtuosité, c'est l'histoire d'une artiste en perpétuelle évolution, tant sur le plan musical que personnel, que nous vous proposons de redécouvrir aujourd'hui.
Des studios londoniens aux scènes mondiales
Née en 1958 à Upminster en Angleterre, Jennifer Maidman plonge très tôt dans le monde de la musique professionnelle. Son parcours débute non seulement par la pratique instrumentale, mais aussi par une immersion technique précieuse. Dès la fin des années 70, elle se forme aux techniques d'enregistrement, participant notamment en tant qu'ingénieure du son à des sessions historiques, comme le mixage du tube "I Love to Boogie" de Marc Bolan (T. Rex). Cette double compétence d'instrumentiste et de technicienne de studio forgera son approche de la basse : un son toujours parfaitement placé dans le mix, servant la chanson avant l'ego.
C'est véritablement au début des années 80 que sa carrière de bassiste de session explose. Sa capacité à naviguer entre le funk, le rock, le folk et la pop attire l'attention des plus grands. Elle devient une collaboratrice essentielle de Joan Armatrading, avec qui elle tournera intensivement à travers le monde pendant plus d'une décennie. Sur scène comme en studio, Maidman apporte une assise rythmique solide, capable de funkiness redoutable tout en restant mélodique, une qualité indispensable pour soutenir les compositions riches d'Armatrading.
L'aventure Penguin Cafe Orchestra et au-delà
L'un des chapitres les plus fascinants de sa carrière reste son implication majeure au sein du Penguin Cafe Orchestra (PCO). Ce collectif, dirigé par Simon Jeffes, mélangeait musique classique, folk et minimalisme dans un esprit joyeusement excentrique. Jennifer y a brillé par sa multi-instrumentalité, passant de la basse à la guitare, aux percussions ou au ukulélé.
Sa basse sur des morceaux emblématiques du PCO n'est jamais démonstrative mais toujours essentielle, apportant une chaleur organique à des compositions souvent cérébrales. Après la disparition de Jeffes, elle a continué à faire vivre cet héritage au sein du groupe successeur, "The Orchestra That Fell to Earth", prouvant que sa fidélité musicale est aussi solide que son sens du rythme.
Une bassiste au service des géants
La liste des artistes ayant fait appel à ses services donne le tournis et témoigne de sa capacité d'adaptation caméléonesque. Elle a posé ses lignes de basse pour l'énigmatique David Sylvian, notamment sur l'album Gone to Earth, où son jeu fretless apporte une texture liquide et chantante qui complète parfaitement l'atmosphère onirique de l'œuvre. On retrouve également sa patte sur les travaux de Paul Brady, Van Morrison, ou encore Boy George.
Ce qui distingue Maidman de nombreux bassistes de session de son époque, c'est son refus de s'enfermer dans un style unique. Elle est tout aussi à l'aise dans le funk moite du groupe Kokomo (qu'elle a rejoint pour des réunions mémorables) que dans la pop ciselée de Gerry Rafferty. Son jeu se caractérise souvent par l'utilisation d'une Fender Jazz Bass, dont elle tire ce son médium et percutant typique, mais elle est également une adepte du Chapman Stick, explorant des territoires sonores plus expérimentaux.
Le parcours de Jennifer Maidman est aussi celui d'une affirmation de soi. Connue sous le nom de Ian Maidman durant la première partie de sa carrière (créditée ainsi sur de nombreux albums classiques des années 80), elle a effectué sa transition en 2001. Depuis, Jennifer continue d'enrichir sa discographie et sa vie artistique avec une authenticité renouvelée. Elle est d'ailleurs devenue psychothérapeute, reliant peut-être ainsi sa capacité d'écoute musicale à une écoute humaine plus profonde.
Sa carrière solo, bien que plus discrète que ses collaborations, recèle des pépites comme l'album Dreamland sorti en 2017. On y découvre une artiste complète, chantant ses propres textes et jouant de multiples instruments, entourée d'amis de longue date comme Jerry Marotta ou Annie Whitehead (sa compagne et collaboratrice fréquente, tromboniste de renom). Plus récemment, elle a collaboré avec la star sénégalaise Youssou N'Dour sur le titre "All In", prouvant qu'à la soixantaine passée, sa curiosité musicale reste intacte.
En ce jour d'anniversaire, il est important de saluer l'apport de Jennifer Maidman à notre instrument. Elle incarne l'idéal du "musician's musician" : respectée par ses pairs, adorée par ceux qui ont partagé la scène avec elle, et toujours pertinente. Pour les lecteurs de GraveBasse, elle est un modèle de musicalité. Elle nous rappelle que la basse n'est pas seulement un instrument de fondation rythmique, mais un vecteur d'émotion capable de transformer une bonne chanson en un tube intemporel.
Joyeux 68ème anniversaire, Jennifer Maidman, et merci pour toutes ces notes qui continuent de nous faire vibrer.
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