En ce 24 janvier, le monde de la basse célèbre l'anniversaire de l'un de ses piliers les plus discrets mais les plus influents : Glenn Worf. Si son nom ne figure pas toujours en lettres capitales sur les affiches de concerts, ses fréquences basses, elles, ont fait vibrer des millions d'auditeurs à travers le monde. De ses racines dans le Midwest à son statut de légende des studios de Nashville, en passant par sa collaboration indéfectible avec Mark Knopfler, retour sur le parcours d'un musicien qui a su redéfinir le rôle du bassiste de session.
Né à Dayton dans l'Ohio en 1954, c'est pourtant à Madison, dans le Wisconsin, que Glenn Worf forge son identité musicale. Dès l'âge de treize ans, il s'empare de l'instrument qui deviendra le prolongement de ses mains. Contrairement à beaucoup de ses pairs qui apprennent sur le tas, Worf choisit la voie académique pour perfectionner son art. Il intègre l'Université du Wisconsin à Eau Claire, où il se plonge dans la théorie musicale, une formation rigoureuse qui lui conférera plus tard cette capacité d'adaptation quasi caméléonesque en studio.
Son arrivée à Nashville, Tennessee, marque le véritable tournant de sa carrière. Dans une ville où la compétition est féroce et où chaque coin de rue abrite un virtuose, Worf ne tarde pas à se démarquer. Sa force réside dans une polyvalence rare : il excelle autant à la basse électrique, avec son attaque précise et ronde, qu'à la contrebasse, instrument exigeant qu'il maîtrise avec une intonation impeccable. Cette dualité lui permet de naviguer avec aisance entre le honky-tonk traditionnel et la pop-country moderne qui commence alors à émerger.
Le pilier de Nashville
Au fil des décennies, Glenn Worf est devenu une véritable institution à Nashville. Il est difficile d'allumer une radio diffusant de la country américaine sans tomber sur l'une de ses lignes de basse. Il a tissé la toile de fond rythmique pour des géants tels qu'Alan Jackson, George Strait ou encore Kenny Rogers. Sa contribution ne se limite pas à tenir le tempo ; il apporte une musicalité et une texture qui enrichissent la chanson sans jamais l'étouffer.
Sa réputation dépasse le simple rôle d'exécutant. Worf est reconnu pour son écoute et son sens de la production, des qualités qui l'ont amené à co-produire des albums majeurs, notamment pour Miranda Lambert. Son travail sur des disques comme Four the Record démontre qu'il comprend la structure d'un tube de l'intérieur, sachant exactement quand la basse doit gronder et quand elle doit se faire oublier pour laisser briller la voix.
L'Alter Ego de Mark Knopfler
Si Nashville est son bureau, la scène internationale est son terrain de jeu, principalement grâce à sa collaboration au long cours avec Mark Knopfler. Depuis le milieu des années 1990, Worf est devenu le bassiste attitré de l'ancien leader de Dire Straits. Cette relation musicale est l'une des plus solides du rock contemporain.
Lorsque Knopfler a entamé sa carrière solo après la dissolution de son groupe mythique, il cherchait une section rythmique capable de comprendre les nuances de son fingerpicking et de ses compositions aux influences celtiques et folk. Il a trouvé en Glenn Worf le partenaire idéal. Worf ne se contente pas de jouer les notes ; il dialogue avec la guitare de Knopfler. Que ce soit sur les ballades mélancoliques ou les morceaux plus rock, Worf apporte une assise solide et élégante. Il a joué sur l'intégralité des albums solo de Knopfler, de Golden Heart à ses œuvres les plus récentes, et l'accompagne infatigablement lors de ses tournées mondiales, alternant sur scène entre sa Fender Precision Bass signature et sa contrebasse imposante.
Ce qui distingue Glenn Worf de nombreux techniciens de l'instrument, c'est sa philosophie de jeu. Il n'est pas là pour démontrer sa virtuosité par des solos effrénés, bien qu'il en soit techniquement capable. Son credo est de "servir la chanson". Il privilégie le groove, l'espace et la note juste. Il est passé maître dans l'art du "glissando" subtil et des nuances dynamiques qui donnent vie à un morceau.
Côté matériel, il reste fidèle à des valeurs sûres qui ont fait leurs preuves, utilisant souvent des cordes Elixir pour leur longévité et leur brillance constante, et s'appuyant sur des basses classiques comme la Fender Precision de 1964. Son son est souvent décrit comme chaud, organique et parfaitement défini, une référence pour les ingénieurs du son.
Aujourd'hui, alors qu'il fête son anniversaire, Glenn Worf reste une figure incontournable, un exemple de longévité et d'excellence. Pour les lecteurs de Gravebasse, il incarne l'idéal du musicien professionnel : humble, incroyablement talentueux et toujours au service de la musique.
Bon anniversaire, Maestro.
Ajouter un commentaire
Commentaires