Le 24 janvier marque une date spéciale pour les amateurs de lignes de basse profondes et mélodiques : c'est l'anniversaire de James "Hutch" Hutchinson. Véritable force tranquille derrière les plus grandes voix du rock et du blues, Hutch incarne l'essence même du bassiste au service de la musique. Si le grand public l'identifie immédiatement à la silhouette indissociable de Bonnie Raitt sur scène depuis plus de 40 ans, son empreinte musicale s'étend bien au-delà de ce duo mythique. Des clubs enfumés de la Bay Area aux sessions légendaires de la Nouvelle-Orléans, il a su imposer un style où la note juste prime sur la démonstration technique. En ce jour de fête, retour sur le parcours d'un architecte du groove qui continue d'inspirer des générations de musiciens.
Né dans le Massachusetts en 1953, Hutchinson a très tôt baigné dans un environnement musical éclectique, mais c'est véritablement son départ pour la Californie à la fin de son adolescence qui a scellé son destin. Immergé dans l'effervescence de la Bay Area, il a rapidement attiré l'attention de musiciens de renom comme Mickey Hart du Grateful Dead et John Cipollina de Quicksilver Messenger Service. Ces premières expériences, notamment au sein du groupe Copperhead, ont forgé chez lui une capacité d'adaptation hors du commun. Mais contrairement à beaucoup de ses contemporains qui sont restés ancrés dans le rock, Hutch a toujours eu l'oreille tournée vers des horizons plus larges, ce qui l'a conduit à explorer les musiques latines en Amérique Centrale, une période formatrice qui a enrichi son vocabulaire rythmique d'une subtilité rare chez les bassistes de rock traditionnels.
Cependant, pour les puristes du groove, c'est probablement son passage par la Nouvelle-Orléans qui constitue le chapitre le plus fascinant de sa biographie. Avant de devenir le pilier de Bonnie Raitt, Hutch a tenu la basse pour les légendaires Neville Brothers. Tenir la baraque derrière Art et Charles Neville exige une compréhension viscérale du funk et du second line, un test ultime pour tout bassiste. Cette immersion dans le bayou a poli son jeu, lui apprenant l'art délicat de laisser de l'espace, de jouer "au fond du temps" et de servir la chanson avant tout. C'est cette école de la rigueur et du feeling qui a fait de lui le candidat idéal lorsque, au début des années 80, il a croisé la route de Bonnie Raitt.
La collaboration entre Hutchinson et Raitt est devenue l'un des partenariats les plus durables de l'histoire du rock moderne. Il a été l'architecte rythmique de ses plus grands succès, notamment sur l'album charnière Nick of Time qui a relancé la carrière de la chanteuse en 1989, suivi par les triomphes de Luck of the Draw et Longing in Their Hearts. Sur des titres comme "Thing Called Love" ou "I Can't Make You Love Me", la basse de Hutch n'est jamais envahissante, mais elle est le ciment qui tient l'édifice. Son jeu se caractérise par des lignes mélodiques fluides, un son rond et chaud, et une précision métronomique qui permet à la guitare slide de Bonnie Raitt de s'exprimer avec une liberté totale.
Au-delà de ce duo iconique, le carnet d'adresses de Hutch ressemble au "Who's Who" de l'industrie musicale. Sa discographie tentaculaire inclut des sessions pour des géants tels que Joe Cocker, Ringo Starr, B.B. King, Al Green, ou encore Crosby, Stills & Nash. Il aime d'ailleurs plaisanter en disant qu'il est probablement le seul musicien à avoir joué à la fois avec Bryan Adams et Ryan Adams, une anecdote qui souligne sa capacité à s'intégrer dans n'importe quel contexte musical, du rock FM le plus calibré à l'americana la plus roots. Cette versatilité fait de lui le "sideman" par excellence : celui qu'on appelle quand on veut que la chanson sonne, sans ego mal placé.
Côté matériel, James Hutchinson est un véritable connaisseur qui a su faire évoluer son équipement pour servir sa musique. S'il est souvent associé aux classiques Fender Precision et Jazz Bass pour leur sonorité intemporelle, il est également un pionnier dans l'utilisation d'instruments plus modernes. Les amateurs de matériel connaissent bien son modèle signature chez Lakland, la Skyline Hutch Hutchinson, une basse short-scale (diapason court) inspirée de la vieille Gibson EB-0 mais avec une électronique plus polyvalente, qui témoigne de son goût pour les sons vintage et le confort de jeu. Plus récemment, il est devenu l'un des plus ardents ambassadeurs de la U-Bass de Kala. Loin de considérer cet instrument comme un jouet, il l'utilise sur scène et en studio pour obtenir des sonorités proches de la contrebasse, prouvant qu'il n'a pas peur d'innover pour trouver le son parfait.
En célébrant l'anniversaire de James "Hutch" Hutchinson, nous célébrons plus qu'un simple musicien ; nous honorons une philosophie de la basse. Celle qui privilégie l'écoute, le soutien et la musicalité pure. Alors que beaucoup cherchent la lumière des projecteurs, Hutch continue, année après année, de nous rappeler que le véritable pouvoir du bassiste réside dans sa capacité à faire briller les autres tout en étant le cœur battant de l'orchestre. Joyeux anniversaire, Hutch, et merci pour ces décennies de groove inaltérable.
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