Ce 23 janvier, le monde de la basse indépendante célèbre l'anniversaire d'une figure discrète mais essentielle du rock alternatif américain : Nick Harmer. Bassiste inamovible de Death Cab for Cutie depuis plus de deux décennies, Harmer incarne une approche de l'instrument qui privilégie la texture et la mélodie au détriment de la démonstration technique pure. Alors qu'il souffle aujourd'hui ses bougies, c'est l'occasion idéale pour GraveBasse.com de se pencher sur le parcours, le style et le matériel de ce musicien qui a su définir le son de toute une génération "indie".
De Bothell à Bellingham : Les Racines d'un Son
Né en 1975 à Bothell, dans l'État de Washington, Nicholas Harmer n'était pas prédestiné à devenir l'icône de la basse qu'il est aujourd'hui. Son voyage musical a débuté loin des fréquences graves, d'abord au piano sous l'influence de sa mère, puis à la clarinette dans les orchestres scolaires, avant de glisser vers la guitare à l'adolescence. Ce n'est qu'à l'université, au sein de la Western Washington University à Bellingham, qu'il adopte véritablement la basse. Cette formation multi-instrumentale explique en grande partie son jeu actuel : Harmer n'aborde pas la basse comme un simple outil rythmique, mais comme un instrument capable de contre-chants mélodiques, une sensibilité héritée de ses années de piano et de vents.
C'est également à l'université qu'il forge l'amitié qui changera sa vie. Colocataire de Ben Gibbard, il partage avec lui non seulement un toit, mais aussi une vision artistique commune et des petits boulots, notamment au sein d'une association de protection de l'enfance. Lorsque le projet solo de Gibbard, Death Cab for Cutie, commence à prendre de l'ampleur après la sortie de la cassette You Can Play These Songs with Chords, Harmer est recruté pour tenir les graves. Il apporte avec lui une éthique de travail rigoureuse, héritée d'un père militaire, et une passion pour le post-punk qui allait colorer le son du groupe, bien au-delà de la simple pop mélancolique.
Le Style Harmer : "Less is More", mais avec du Caractère
Ce qui frappe chez Nick Harmer, c'est sa capacité à servir la chanson avec une humilité qui cache une grande complexité. Il est souvent cité comme l'un des bassistes les plus sous-estimés de sa génération. Son jeu ne cherche pas à occuper le devant de la scène, mais il est le ciment qui tient ensemble les structures parfois fragiles des compositions de Gibbard. Si l'on écoute attentivement des titres phares comme I Will Possess Your Heart, on découvre une ligne de basse hypnotique, répétitive, qui construit une tension palpable sur plusieurs minutes, prouvant que la simplicité, lorsqu'elle est exécutée avec une intention précise, peut devenir le cœur émotionnel d'un morceau.
Son influence post-punk, puisée chez des groupes comme Bauhaus ou The Chameleons, transparaît dans son utilisation de l'espace et du médiator. Harmer joue presque exclusivement au médiator, ce qui lui confère une attaque franche et percussive, essentielle pour percer le mix dense des guitares et des claviers. Il ne se contente pas de doubler la grosse caisse ; il tisse des lignes qui dialoguent avec les mélodies vocales. Sur des albums comme Transatlanticism ou Plans, ses lignes de basse sont souvent mélodiques, agissant comme un contrepoint subtil plutôt que comme une simple fondation harmonique. C'est cette "architecture mélodique" qui rend son jeu si reconnaissable et si prisé des amateurs de basse qui cherchent à dépasser le rôle traditionnel d'accompagnateur.
L'Arsenal Sonore : La Quête du "Growl" Parfait
L'identité sonore de Nick Harmer est indissociable de son choix de matériel, qu'il a affiné au fil des tournées et des sessions studio. Pendant longtemps, son arme de prédilection a été la basse Lakland, et plus particulièrement le modèle Bob Glaub Signature (aujourd'hui appelé 44-64). Il apprécie ces instruments pour leur fiabilité et leur profil de manche, souvent inspiré des Precision Bass vintage, mais avec une construction moderne capable de résister aux rigueurs de la route. On l'a également vu manier des basses Epiphone Jack Casady pour des sonorités plus semi-hollow et boisées, ainsi que des modèles Mike Lull, un luthier légendaire du nord-ouest des États-Unis.
Côté amplification, Harmer a longtemps été un fidèle de la marque Ashdown, utilisant leurs têtes ABM pour obtenir ce son chaud et rond, caractéristique du rock anglais, qui se marie parfaitement avec l'esthétique indie de Death Cab. Cependant, le secret de son grain réside souvent dans son pédalier. Contrairement à de nombreux bassistes qui cherchent un son ultra-propre, Harmer n'hésite pas à salir son signal. L'utilisation de pédales de saturation, comme la célèbre Pro Co Rat ou des overdrives Fulltone, lui permet d'ajouter du "growl" et du mordant. Cette légère distorsion est cruciale : elle permet à la basse de s'intégrer dans le mix sans écraser les autres instruments, tout en apportant une texture granuleuse qui donne du corps aux passages les plus intenses.
Un Héritage en Mouvement
Aujourd'hui, alors qu'il fête ses 51 ans, Nick Harmer n'est pas un musicien qui se repose sur ses lauriers. Il a traversé les époques, survécu au départ de membres fondateurs comme le guitariste Chris Walla, et a su adapter son jeu aux nouvelles directions du groupe, qui a parfois flirté avec des sonorités plus électroniques ou expérimentales. Sa constance est devenue l'ancre du groupe. Dans un monde musical où les formations se font et se défont, sa fidélité à Death Cab for Cutie et à sa vision artistique force le respect.
Pour les lecteurs de GraveBasse.com, Nick Harmer reste un exemple parfait de réussite musicale : un musicien qui a su trouver sa voix non pas en jouant le plus de notes possible, mais en jouant les bonnes notes, avec le bon son et au bon moment. En ce jour d'anniversaire, nous vous invitons à réécouter Narrow Stairs ou Asphalt Meadows avec une oreille neuve, focalisée sur ces fréquences graves qui, sans jamais crier pour attirer l'attention, portent pourtant tout le poids de l'émotion.
Joyeux anniversaire, Nick.
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