Earl Falconer, le grave de UB40 (1957-)

Publié le 23 janvier 2026 à 06:38

En ce 23 janvier, la planète basse célèbre l'anniversaire d'une figure incontournable du reggae britannique et de la pop mondiale. Earl Falconer, l'homme qui tient la baraque rythmique de UB40 depuis près de cinq décennies, souffle aujourd'hui une bougie de plus. Pour nous, passionnés des fréquences graves, c'est l'occasion idéale de revenir sur le parcours de ce musicien de Birmingham qui a su, avec une constance remarquable, marier la lourdeur du dub à la fluidité de la pop.

Des racines ancrées dans le béton de Birmingham

Né en 1957 à Meriden, dans le Warwickshire, Earl Falconer n'était pas prédestiné à devenir une star internationale, mais l'environnement culturel de Birmingham dans les années 70 a servi de terreau fertile à son éducation musicale. C'est dans cette ville industrielle, véritable melting-pot culturel, qu'il a absorbé les vibrations des Sound Systems jamaïcains qui résonnaient dans les quartiers ouvriers. Avant même de toucher une basse, Earl et ses futurs comparses étaient des "soul boys" et des amateurs de ska, traînant dans les clubs et s'imprégnant de la culture "rude boy".

Cette amitié préexistante est la clé de la cohésion rythmique de UB40. Earl Falconer n'a pas été recruté sur audition ; il faisait partie du cercle intime, fréquentant la même école d'art que les frères Campbell. Lorsque le groupe s'est formé en 1978, prenant son nom du formulaire de demande d'allocations chômage britannique (Unemployment Benefit, Form 40), Falconer a empoigné la basse presque par nécessité, apprenant l'instrument en même temps qu'il construisait le son du groupe. Cette approche organique explique peut-être pourquoi son jeu est si viscéral : il ne joue pas des notes pour épater la galerie, il joue pour servir la chanson.

La simplicité au service du "Riddim"

Si l'on devait résumer le style d'Earl Falconer en un mot, ce serait "fondation". Contrairement aux bassistes de jazz-fusion ou de funk qui cherchent souvent la lumière, Falconer a compris très tôt que dans le reggae, la basse est le premier violon de l'orchestre, mais elle doit rester lourde et hypnotique. Son jeu se caractérise par une attaque ronde, souvent jouée au pouce ou avec un toucher très doux aux doigts, privilégiant le bas du spectre.

Il forme avec le batteur Jimmy Brown l'une des sections rythmiques les plus durables de l'histoire de la musique populaire. Sur des tubes planétaires comme Food for Thought, One in Ten ou leur célèbre reprise de Red Red Wine, la ligne de basse d'Earl est immédiatement identifiable. Elle est mélodique sans être envahissante, créant ce tapis mouvant qui permet aux cuivres et aux voix de flotter. Il a su intégrer l'espace et le silence dans ses lignes, une leçon tirée directement du Dub, laissant la musique respirer.

L'homme à la basse sans tête

Visuellement, Earl Falconer est indissociable d'un instrument bien particulier qui a marqué les années 80 : la basse Steinberger. Alors que la plupart des bassistes de reggae restaient fidèles à la Fender Jazz Bass (qu'il a aussi beaucoup utilisée à ses débuts), Falconer a adopté le design minimaliste et "headless" (sans tête) de la Steinberger L2. Ce choix n'était pas qu'esthétique ; la construction en graphite de l'instrument délivrait un son d'une propreté chirurgicale, avec un sustain piano très moderne qui coupait parfaitement à travers le mix dense d'un groupe comptant huit musiciens.

Ce son précis et synthétique est devenu une signature sonore de UB40, distinguant leur production du reggae "roots" plus terreux des années 70. Falconer a prouvé que l'on pouvait faire groover une basse en composite aussi bien qu'une vieille Fender en aulne, influençant au passage toute une génération de musiciens intrigués par ces "pagaies" futuristes.

Au-delà du Reggae : Un producteur éclectique

Ce que beaucoup ignorent, c'est que les oreilles d'Earl Falconer ne sont pas seulement tournées vers la Jamaïque. Le bassiste est un véritable passionné de musique électronique et de culture club. Loin de se cantonner à son rôle au sein de UB40, il a développé une carrière parallèle active dans le monde de la production, s'intéressant au Drum and Bass et au Dubstep.

Il est notamment co-fondateur de Circus Records, un label influent dans la scène Bass Music, ayant contribué à lancer des carrières majeures comme celle de Flux Pavilion. Cette ouverture d'esprit explique la longévité de UB40 : Falconer a toujours su injecter des touches de modernité dans la production du groupe, gardant leur son pertinent décennie après décennie. Il n'est d'ailleurs pas rare de le voir prendre le micro lors des concerts pour des parties de "toasting" (rap style reggae), montrant qu'il est aussi à l'aise au devant de la scène qu'en retrait près de son ampli.

Un héritage vivant

Aujourd'hui, alors qu'il célèbre son anniversaire, Earl Falconer est toujours sur la route, tournant inlassablement à travers le monde. Il incarne cette résilience du musicien de tournée, celui pour qui la scène est une seconde maison. Pour les bassistes lecteurs de GraveBasse, il reste un modèle de constance. Il nous rappelle que le rôle premier de notre instrument est de faire danser les gens, de les toucher physiquement par la vibration.

Joyeux anniversaire, Mr. Falconer. Merci pour ces lignes de basse qui ont fait vibrer nos caissons et accompagné tant de nos souvenirs. Que le "low end" soit avec vous pour encore de nombreuses années.

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