Bill Cunningham, le grave des BoxTops (1950-)

Publié le 23 janvier 2026 à 06:14

Il est rare dans l'histoire de la musique populaire qu'un musicien atteigne le sommet des charts internationaux à l'adolescence, pour ensuite tout abandonner volontairement au profit de la rigueur académique du conservatoire. C'est pourtant la trajectoire singulière de Bill Cunningham, bassiste originel des Box Tops, qui célèbre aujourd'hui son anniversaire. Si le grand public retient surtout la voix rocailleuse d'Alex Chilton sur le tube planétaire "The Letter", les amateurs de fréquences graves savent que la fondation rythmique de ce groupe emblématique de la "Blue-Eyed Soul" reposait sur les épaules d'un musicien d'une versatilité exceptionnelle. En ce 23 janvier, nous revenons sur la carrière d'un bassiste qui a su faire le grand écart entre le groove brut de Memphis et la délicatesse de la musique de chambre.

Né à Memphis, Tennessee, en 1950, Bill Cunningham a grandi au cœur d'un bouillonnement musical sans précédent. Fils d'un musicien de studio du légendaire label Sun Records, il baigne dès son plus jeune âge dans un environnement où le rock 'n' roll, la country et le R&B se télescopent. C'est dans ce contexte fertile qu'il co-fonde ce qui deviendra les Box Tops au milieu des années 60. À l'époque, Cunningham n'est encore qu'un lycéen, mais il possède déjà une maturité musicale qui lui permet d'ancrer les compositions du groupe. Lorsque "The Letter" explose sur les ondes en 1967, propulsant le groupe au rang de stars internationales, Cunningham assure les prestations scéniques avec une précision redoutable, maniant sa basse électrique (souvent une Fender Precision, standard de l'époque pour ce type de son) avec une efficacité qui privilégie le "pocket" et le soutien harmonique plutôt que la démonstration technique gratuite.

Le style de Cunningham au sein des Box Tops est représentatif de l'école de Memphis : c'est un jeu au service de la chanson. Sur des titres comme "Cry Like a Baby" ou "Soul Deep", la basse ne cherche pas à voler la vedette à la mélodie vocale, mais elle fournit cette pulsation irrésistible, ce rebond caractéristique de la soul blanche du sud des États-Unis. Cependant, la réalité des enregistrements de l'époque était complexe, les producteurs faisant souvent appel à des musiciens de studio chevronnés pour les sessions d'enregistrement. Néanmoins, c'est bien Cunningham qui défendait ce répertoire sur la route, nuit après nuit, face à des foules hystériques, prouvant sa solidité en tant qu'instrumentiste live capable de tenir la baraque dans le chaos des tournées des années 60. Il démontrait également une polyvalence notable en assurant régulièrement les parties de claviers, un atout qui préfigurait sa future carrière académique.

C'est alors qu'il est au sommet de la gloire commerciale que Bill Cunningham prend une décision qui stupéfie le monde du rock. En 1969, lassé par les pressions de l'industrie musicale et désireux d'approfondir sa connaissance théorique de la musique, il quitte les Box Tops. Il ne s'agit pas d'une simple pause, mais d'une réorientation totale vers la contrebasse et la musique classique. Il retourne à l'école pour obtenir un diplôme universitaire en musique, troquant l'amplification électrique pour l'acoustique et l'archet. Ce virage radical témoigne d'une humilité et d'une soif d'apprendre rares chez les stars de la pop de cette époque. Cunningham ne voulait pas simplement être un "rockeur", il voulait être un musicien complet, capable de lire, d'écrire et d'interpréter les partitions les plus complexes.

Cette seconde carrière loin des projecteurs du Top 50 s'avère tout aussi brillante, sinon plus prestigieuse sur le plan institutionnel. Bill Cunningham devient un contrebassiste classique accompli, jouant au sein de divers orchestres symphoniques. Son parcours le mène même à se produire à la Maison Blanche, accompagnant des solistes de renommée mondiale tels qu'Itzhak Perlman ou Pinchas Zukerman. Pour un lecteur de gravebasse.com, ce parcours force le respect : il démontre que la maîtrise de la basse n'a pas de frontières de genre. La main gauche qui a fait danser les adolescents sur "Neon Rainbow" est la même qui, quelques années plus tard, exécutera des concertos avec une rigueur classique absolue.

Heureusement pour les fans de la première heure, l'histoire ne s'arrête pas là. Dans les années 90, Bill Cunningham orchestre une réunion des membres originaux des Box Tops, y compris le regretté Alex Chilton. Retrouvant sa basse électrique, il participe à l'album "Tear Off!" en 1998, bouclant ainsi la boucle. Ce retour a permis à une nouvelle génération de redécouvrir le groupe non plus comme un souvenir nostalgique, mais comme une entité musicale vivante, portée par des musiciens ayant gagné en expérience et en finesse. Même après le décès de Chilton, Cunningham a continué à porter le flambeau de cet héritage, prouvant que le rock n'est pas qu'une affaire de jeunesse, mais aussi de persévérance.

Joyeux anniversaire, Monsieur Cunningham, et merci pour ces lignes de basse qui continuent de faire vibrer nos haut-parleurs.

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