Steve Gilmore, l'élégance du swing (1943-)

Publié le 21 janvier 2026 à 06:34

En ce 21 janvier, le monde du jazz célèbre l'anniversaire d'une figure emblématique de la contrebasse, un musicien dont la carrière incarne la fidélité, le swing et l'élégance acoustique : Steve Gilmore. Né en 1943 à Trenton dans le New Jersey, Gilmore est souvent cité par les puristes comme l'un des accompagnateurs les plus fiables et les plus swinguants de sa génération. Pour les bassistes, il représente l'archétype du sideman parfait, celui qui privilégie la fondation rythmique et l'interaction harmonique au flash inutile, bien qu'il soit un soliste d'une grande finesse lorsque la lumière se pose sur lui.

L'histoire musicale de Steve Gilmore est indissociable de celle du légendaire saxophoniste Phil Woods. Si Gilmore a fait ses armes dans la région de Philadelphie et a travaillé brièvement avec le Thad Jones/Mel Lewis Orchestra, c'est sa rencontre avec Woods en 1974 qui a défini sa trajectoire. Il devient alors le pilier inamovible du Phil Woods Quartet (puis Quintet), formant avec le batteur Bill Goodwin l'une des sections rythmiques les plus durables et cohésives de l'histoire du jazz moderne. Pendant près de quarante ans, ce duo basse-batterie a fourni le tapis volant sur lequel Phil Woods pouvait déployer son phrasé bebop incandescent. Cette longévité exceptionnelle a permis à Gilmore de développer une télépathie musicale rare, anticipant les moindres inflexions de ses partenaires.

Ce qui distingue particulièrement le jeu de Steve Gilmore, et qui mérite l'attention de tout étudiant de la basse, est son attachement viscéral au son acoustique. À une époque où l'amplification des contrebasses devenait parfois excessive, donnant naissance à ce son "nasillard" caractéristique des capteurs piezo des années 80, Gilmore a toujours lutté pour préserver la sonorité boisée et naturelle de son instrument. Le groupe de Phil Woods était d'ailleurs célèbre pour jouer souvent sans amplification, ou avec une sonorisation minimale, obligeant le public à écouter attentivement et permettant aux nuances dynamiques de la contrebasse de respirer pleinement. Son "walking bass" est un modèle du genre : des lignes fluides, un choix de notes qui clarifie l'harmonie sans jamais l'alourdir, et une propulsion vers l'avant (le fameux "drive") qui ne faiblit jamais.

Bien que son rôle de pilier au sein du groupe de Woods ait occupé la majeure partie de son temps, la discographie de Steve Gilmore révèle également un leader capable et un compositeur sensible. Ses albums en tant que leader, tels que "Silhouette" ou "I'm All Smiles", montrent une facette plus introspective de son art. On y découvre un contrebassiste qui ne se contente pas de marquer le temps, mais qui chante littéralement avec son instrument. Son approche mélodique, influencée par des maîtres comme Scott LaFaro ou Ray Brown, s'y exprime avec une clarté cristalline. Il a également prêté son talent à d'autres géants tels que Tony Bennett, Dave Liebman ou Tal Farlow, prouvant sa capacité d'adaptation à divers contextes musicaux, du vocal pop au jazz le plus aventureux.

En étudiant le parcours de Steve Gilmore, on réalise que sa carrière est une leçon d'humilité et de dévouement au service de la musique. Il n'a jamais cherché à être la vedette de la scène, comprenant que le rôle premier de la basse est de faire sonner les autres mieux. C'est précisément cette philosophie qui a fait de lui l'un des bassistes les plus respectés par ses pairs. Sa main gauche agile, sa main droite puissante mais souple, et son sens inné du placement rythmique constituent une encyclopédie vivante du jazz mainstream.

Aujourd'hui, alors qu'il souffle une bougie de plus, l'héritage de Steve Gilmore continue d'inspirer. Pour nous, bassistes, réécouter des albums comme "Live from the Showboat" ou "Integrity" n'est pas seulement un plaisir auditif, c'est un retour aux sources. C'est le rappel que, peu importe la complexité de la musique, tout repose sur une pulsation solide, un son riche et une écoute attentive. Joyeux anniversaire à ce maître de la fréquence grave, qui continue de nous rappeler que sans la basse, l'orchestre n'a pas de fondations.

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