En ce 18 janvier, la communauté des bassistes et des amateurs de musiques improvisées célèbre l'anniversaire de Dominic Lash, l'un des contrebassistes les plus prolifiques et les plus intellectuellement stimulants de la scène britannique contemporaine.
Né en 1980 à Cambridge, ce musicien aux multiples facettes a su redéfinir la place de la contrebasse dans le jazz d’avant-garde, la musique improvisée et la musique contemporaine. Pour notre blog dédié à la basse, il est essentiel de se pencher sur le parcours de cet artiste qui, loin des projecteurs de la pop, explore les tréfonds sonores de notre instrument de prédilection.
Dominic Lash commence son périple musical en 1994 par la basse électrique. Bien que sa renommée actuelle soit principalement liée à la contrebasse (qu'il a adoptée en 2001), ses racines "électriques" et son intérêt pour le rock expérimental et le punk n'ont jamais totalement disparu de son ADN musical.
Autodidacte en grande partie pour la contrebasse, il reconnaît une dette immense envers le regretté Simon H. Fell, une figure majeure qui l'a guidé dans la compréhension de l'instrument comme un générateur de textures infinies plutôt que comme un simple outil de soutien rythmique.
Installé à Bristol après avoir longtemps été un pilier du collectif Oxford Improvisers, Dominic Lash est devenu un collaborateur de choix pour les plus grands noms de la musique créative. Sa trajectoire est jalonnée de rencontres avec l'élite de l'avant-garde internationale, ayant partagé la scène et le studio avec les saxophonistes Evan Parker et John Butcher, la figure incontournable du minimalisme Tony Conrad, le guitariste Joe Morris ou encore le pianiste Alexander Hawkins. Sa capacité à écouter et à réagir instantanément aux stimuli de ses partenaires fait de lui un bassiste « architecte » : il ne se contente pas de jouer des notes, il structure l'espace sonore.
En tant que leader, il s'est illustré avec le Dominic Lash Quartet, où il mélange des compositions rigoureuses avec une liberté totale d'improvisation. En 2021, il a d'ailleurs marqué son 40ème anniversaire (célébré avec un peu de retard dû à la pandémie) par la sortie de plusieurs albums sur son propre label, Spoonhunt.
L'album Limulus est un excellent point d'entrée pour découvrir son travail de composition. On y découvre une basse qui peut être à la fois massive et grondante, mais aussi d'une finesse presque chambriste.
Ce qui distingue Lash de beaucoup d'autres musiciens, c'est sa double vie d'universitaire. Docteur et théoricien du cinéma, il a publié des ouvrages de référence comme The Cinema of Disorientation. Cette rigueur intellectuelle se ressent dans son jeu : chaque geste musical semble pesé, réfléchi, s'inscrivant dans une narration globale.
Il s'aventure également régulièrement dans le territoire de la musique contemporaine (le mouvement Wandelweiser par exemple), où le silence et les sons extrêmes de la contrebasse (harmoniques sifflantes, bruits de bois, frottements de l'archet) sont explorés avec une patience de moine.
Pour les puristes, le son de Dominic Lash est avant tout acoustique. Il privilégie une action (hauteur de cordes) qui permet une grande richesse d'harmoniques, utilisant l'archet autant que le pizzicato. Son approche de l'instrument est physique, organique, cherchant souvent à faire vibrer la caisse de résonance pour obtenir des sons percussifs complexes.
Cependant, on le retrouve parfois à la guitare électrique ou à la basse électrique dans des projets plus "rugueux", prouvant que peu importe l'instrument, c'est l'intention qui prime.
Dominic Lash est la preuve vivante que la basse et la contrebasse sont des instruments de recherche permanente. En ce jour d'anniversaire, nous ne pouvons que vous conseiller d'aller explorer sa discographie sur Bandcamp ou de découvrir son quartet.
Joyeux anniversaire, Dominic ! Puisse-t-il continuer à nous désorienter et à nous émerveiller avec ses quatre cordes pendant encore de longues décennies.
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