Le 17 janvier marque l'anniversaire d'une figure incontournable, bien que parfois trop discrète, de la scène musicale indépendante européenne : Arlo Bigazzi. Né en 1960 à San Giovanni Valdarno, en Toscane, ce bassiste, composer et producteur italien a passé plus de quatre décennies à redéfinir les contours de son instrument, loin des sentiers battus du rock conventionnel.
Pour les passionnés de basse, Arlo Bigazzi représente une fusion fascinante entre la rigueur rythmique du jazz-rock et la profondeur atmosphérique de l'ambient et de la world music.
L'histoire d'Arlo Bigazzi est indissociable de celle du label Materiali Sonori, qu'il a contribué à fonder et à diriger. Dès la fin des années 70, il s'est imposé comme un moteur de la création alternative en Italie. Contrairement à de nombreux bassistes de sa génération qui cherchaient la virtuosité pure (la vague post-Jaco Pastorius), Bigazzi a très tôt privilégié la "matière sonore" et la narration musicale.
Il commence sa carrière au sein de formations comme la Naif Orchestra ou en collaborant avec Paolo Lotti, posant les jalons d'un style qui refuse les étiquettes.
Le jeu d'Arlo Bigazzi se caractérise par une recherche constante de textures. S'il sait tenir un groove solide et hypnotique, il utilise souvent la basse comme un instrument mélodique et atmosphérique.
L'une des particularités techniques marquantes d'Arlo est son utilisation de l'E-Bow (Electronic Bow) sur la basse. Habituellement réservé aux guitaristes, cet accessoire lui permet de créer des nappes infinies, supprimant l'attaque de la corde pour transformer sa basse en un violoncelle sombre ou en un synthétiseur organique. On retrouve cette technique subtile dans ses collaborations avec le poète Cheyenne Lance Henson, notamment sur l'album culte Another Train Ride (1999).
Bien qu'il soit un expérimentateur, Arlo reste fidèle à certains classiques, utilisant notamment la Fender Precision Bass pour sa capacité à percer dans le mix tout en conservant une rondeur chaleureuse. On l'a également vu manipuler des échantillonneurs et des synthétiseurs, intégrant la basse dans un écosystème électronique complexe. Sa discographie suggère également une pratique du Chapman Stick, instrument hybride par excellence qui colle parfaitement à sa vision polyphonique.
La carrière de Bigazzi est jalonnée de projets conceptuels ambitieux. Voici une sélection de ses travaux les plus emblématiques :
| Année | Album | Description et Collaborations |
|---|---|---|
| 1994 | Polvere nella mente | Premier album solo, dédié aux peuples natifs d'Amérique. La basse y dialogue avec des percussions ethniques et des ambiances minimalistes. |
| 2000 | The Wolf and the Moon | Projet de remixes et de collaborations avec l'avant-garde internationale : Richard Barbieri, Steven Wilson, Hector Zazou ou encore Eraldo Bernocchi. |
| 2020 | Majakovskij! | Album-théâtre avec Chiara Cappelli dédié au poète russe. Basse nerveuse, lignes anguleuses et esthétique post-punk. |
Étudier le travail de Bigazzi, c'est comprendre que la basse n'est pas seulement le « fond de la salle », mais bien un élément central de la narration sonore. En tant que véritable vecteur de poésie, son jeu démontre une maîtrise rare de l'accompagnement des textes parlés, où il parvient à soutenir le spoken word avec une grande sensibilité sans jamais saturer l'espace acoustique. Cette approche s'inscrit dans une démarche de pont culturel permanent : en faisant dialoguer le folk italien, les rythmes africains et les textures électroniques, il confirme que la basse est l'instrument universel par excellence. Enfin, sa double casquette de musicien et de producteur apporte une leçon précieuse aux bassistes modernes, nous rappelant qu'avoir un « bon son de basse » consiste avant tout à savoir comment l'instrument s'insère de manière organique dans l'architecture globale et l'émotion d'un morceau.
Joyeux anniversaire à Arlo Bigazzi ! Pour tout bassiste cherchant à sortir de sa zone de confort et à explorer le côté "obscur" et texturé de l'instrument, replonger dans sa vaste discographie chez Materiali Sonori est une étape indispensable. Il nous rappelle que la musique n'est pas une compétition de vitesse, mais une quête de résonance.
Retrouvez plus d'analyses sur les pionniers de la basse expérimentale sur notre blog.
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