En ce 17 janvier, le monde de la basse et de l'IDM (Intelligent Dance Music) célèbre l'anniversaire de l'un de ses plus grands visionnaires : Tom Jenkinson, alias Squarepusher. Né en 1975 à Chelmsford, en Angleterre, cet artiste a réussi l'impossible : fusionner la virtuosité du jazz fusion avec la fureur des rythmes électroniques les plus complexes.
Pour nous, bassistes, Squarepusher n'est pas seulement un producteur de génie ; il est celui qui a prouvé que la basse électrique avait sa place au centre des machines, non pas comme un simple accompagnement, mais comme une force directrice capable de rivaliser avec la vitesse des algorithmes.
L’histoire de Tom Jenkinson avec la musique commence tôt. Fils d’un batteur de jazz, il baigne dans les disques de Miles Davis et d'Art Blakey. Cependant, c'est vers la basse qu'il se tourne, d'abord influencé par le thrash métal (notamment Cliff Burton de Metallica) avant de découvrir la liberté du jeu de Jaco Pastorius.
Cette dualité définit tout son style : l'energy brute et la distorsion du métal d'un côté, la complexité harmonique et la fluidité mélodique du jazz de l'autre. Dans les années 90, alors que la scène électronique anglaise explose, il décide d'injecter ses lignes de basse frénétiques dans des structures Jungle et Beatbeat.
En 1996, il sort Feed Me Weird Things sur Rephlex (le label d'Aphex Twin), un album qui choque par sa technicité. Mais c'est avec l'incontournable "Hard Normal Daddy" (1997) qu'il s'impose comme une figure de proue du label Warp.
Des morceaux comme "Papua New Guinea" ou "Fat Free On The Joy Ride" montrent un bassiste capable de slapper à des vitesses inhumaines tout en gardant un sens du groove impeccable. Pour beaucoup d'entre nous, l'écoute de ces morceaux a été un véritable choc thermique : comment une basse pouvait-elle sonner de manière aussi organique au milieu de beats aussi déstructurés ?
Le style de Tom Jenkinson est reconnaissable entre mille par sa fusion unique de puissance physique et de complexité théorique. Sa signature repose d'abord sur un slap ultra-rapide utilisé de manière purement percussive, imitant la frénésie des charlestons et des caisses claires de la drum and bass. Parallèlement, son influence jazz se traduit par l'usage d'accords complexes et de voicings inhabituels, souvent nichés dans les registres aigus de sa basse à six cordes. Il enrichit également son vocabulaire sonore par un jeu en harmoniques créant des textures cristallines qui se fondent dans ses nappes de synthétiseurs. Enfin, l'improvisation occupe une place centrale dans sa démarche, particulièrement lors de performances live célèbres pour ses longs solos où il triture le signal de son instrument à travers des processeurs d'effets en temps réel.
Tom Jenkinson privilégie un équipement pointu, souvent personnalisé pour répondre à ses exigences techniques extrêmes. Voici les éléments clés de sa configuration :
| Catégorie / Modèle | Utilisation et caractéristiques |
|---|---|
| Basses Zoot Custom | Modèles 6 cordes conçus par Mike Walsh, incluant une version frettée emblématique de ses concerts. |
| Warwick Thumb Bass | Utilisation d'une Thumb NT 6 cordes, instrument pilier de ses premières productions. |
| Zon Hyperbass | Basse signature Michael Manring dotée de leviers pour changer d'accordage instantanément. |
| Effets Eventide | Processeurs H3000, Orville et DSP4000 pour la création de textures sonores d'avant-garde. |
| Yamaha QY700 | Séquenceur matériel historique au cœur de la programmation de ses rythmes déstructurés. |
Au fil des années, Squarepusher n'a cessé d'évoluer. En 2009, il publie "Solo Electric Bass 1", un album enregistré sans aucune machine, uniquement sa basse et ses pédales. C'est un témoignage brut de son talent pur, souvent comparé aux travaux les plus ardus de Bach ou de Coltrane.
Après des explorations plus synthétiques avec son projet Shobaleader One (où il joue en groupe avec des musiciens masqués), il est revenu en 2024 avec l'album "Dostrotime". Ce dernier opus est une synthèse parfaite de sa carrière : des attaques de guitare et de basse féroces, des nappes de synthés mélancoliques et cette urgence créative qui ne semble pas s'essouffler avec l'âge.
Aujourd'hui, à 51 ans, Tom Jenkinson reste une énigme et un phare pour tous les bassistes qui cherchent à sortir des sentiers battus. Il nous rappelle que l'instrument n'a de limites que celles que nous lui imposons. Que ce soit sur une Fender Jazz Bass classique ou sur une 6 cordes bardée d'effets numériques, le message de Squarepusher est clair : explorez, déconstruisez et n'ayez jamais peur du chaos.
Joyeux anniversaire, Tom !
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