En ce 17 janvier, la communauté des bassistes célèbre l'un des musiciens les plus mélodiques et spirituels de l'instrument. Né à Détroit en 1957, Fernando Saunders n'est pas seulement un sideman de luxe ; il est l'architecte d'un son de basse fretless qui chante, pleure et respire comme une voix humaine.
Pour tout amateur de basse qui se respecte, le nom de Saunders évoque immédiatement une élégance rare, un toucher de soie et une capacité prodigieuse à chanter des lignes vocales complexes tout en assurant des grooves de basse labyrinthiques. Retour sur le parcours d'un maître du "mwah".
Originaire de Détroit, Fernando Saunders a baigné dans l'effervescence de la soul et du funk, mais c'est son ouverture d'esprit qui le propulse rapidement sur la scène internationale. Dès le milieu des années 70, on le retrouve aux côtés du claviériste prodige Jan Hammer (ex-Mahavishnu Orchestra).
Sur des albums comme Oh Yeah? (1976), il impose déjà une présence rythmique imperturbable. Sa collaboration avec le groupe de Jeff Beck à la même époque confirme son statut : Saunders possède cette science du placement typique de Détroit, alliée à une virtuosité qui ne tombe jamais dans la démonstration gratuite.
S'il est un chapitre qui définit la carrière de Fernando, c'est sa collaboration fraternelle avec Lou Reed, débutée au début des années 80. À une époque où le rock s'orientait vers des sons très produits et synthétiques, le duo Reed/Saunders a ramené une humanité brute et organique.
Sur l'album culte The Blue Mask (1982), la basse fretless de Saunders devient le second protagoniste. Ses lignes ne se contentent pas de marquer les temps ; elles dialoguent avec la voix de Lou. Écoutez des titres comme "My House" ou "The Blue Mask" : Saunders utilise des harmoniques, des glissandos et un vibrato qui imitent le phrasé vocal.
Il a réussi l'exploit de rendre la basse fretless indispensable dans un contexte rock et post-punk, prouvant que cet instrument pouvait être aussi hargneux que poétique. Sa fidélité à Reed durera des décennies, participant à des chefs-d’œuvre comme Legendary Hearts, New Sensations ou plus tard le projet The Raven.
Ce qui distingue Fernando Saunders du bassiste "standard", c'est sa polyvalence. C'est un chanteur exceptionnel à la voix de ténor cristalline. Sur scène, il est capable de tenir des lignes de basse en contrepoint tout en assurant des harmonies vocales d'une grande pureté.
Sa discographie solo témoigne de cette richesse :
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Cashmere Dreams (1989) : Une fusion élégante de pop, de soul et de jazz.
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The Spin (1993) : Où sa basse fretless est plus présente que jamais.
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Plant a Seed (2011) : Un album mature, enregistré en partie en Europe centrale, qui montre son évolution vers des textures plus atmosphériques.
Il a également prêté son talent à une liste vertigineuse d'artistes : Marianne Faithfull, Joan Baez, John McLaughlin, Slash, ou encore Luciano Pavarotti.
Pour les lecteurs de ton blog passionnés de matériel, le son de Fernando Saunders est une étude de cas en matière de contrôle et de dynamique.
L'Instrument : Bien qu'il ait joué sur diverses basses (dont des Fender Jazz Bass transformées), il est étroitement associé aux basses Sadowsky. Sa maîtrise de la touche en ébène est totale. Il utilise souvent des cordes roundwound pour obtenir ce mordant caractéristique ("growl") qui perce dans le mix tout en conservant une rondeur boisée.
La Technique : Saunders utilise beaucoup les doubles-stops (accords de deux notes) et les harmoniques naturelles pour colorer ses lignes. Sa main droite, positionnée souvent près du chevalet, lui permet d'obtenir une définition chirurgicale.
L'Amplification : Fidèle aux classiques, on l'a souvent vu sur des configurations Ampeg (notamment le mythique B-15 pour le studio) mais aussi sur du matériel plus moderne comme Markbass, appréciant la transparence qui laisse s'exprimer le caractère de sa basse fretless.
Aujourd'hui, l'influence de Fernando Saunders se perpétue, notamment à travers ses enfants. Sa fille, Marisa Saunders, est elle-même une bassiste talentueuse (groupe No Vacation), prouvant que le sens du groove est une affaire de famille.
En fêtant son anniversaire aujourd'hui, nous ne saluons pas seulement un technicien, mais un artiste qui a su élever la basse au rang d'instrument narratif. Fernando Saunders nous rappelle que la basse n'est pas seulement le cœur d'un morceau, elle peut aussi en être l'âme.
Joyeux anniversaire, Fernando !
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