En ce 17 janvier 2026, le monde de la basse célèbre l'anniversaire de l'un de ses techniciens les plus accomplis et les plus singuliers : Jeff Berlin. Né en 1953 à New York, celui que l'on surnomme souvent "le bassiste des bassistes" atteint aujourd'hui le cap des 73 ans, avec une carrière qui continue de défier les conventions et d'inspirer (ou de bousculer) les nouvelles générations.
Pour les lecteurs de ce blog, Jeff Berlin n'est pas seulement un nom sur une pochette d'album de jazz-fusion ; c'est une philosophie, un son reconnaissable entre mille et une exigence musicale sans concession.
Contrairement à beaucoup de ses contemporains qui ont commencé par la guitare ou directement par la basse, Jeff Berlin a passé les dix premières années de sa vie musicale derrière un violon. Cette formation classique et symphonique est la clé de voûte de son jeu. C'est de là qu'il tire sa capacité phénoménale à improviser des lignes mélodiques complexes, souvent comparées à celles d'un pianiste ou d'un saxophoniste.
Le virage s'opère à l'adolescence lorsqu'il découvre les Beatles et Jack Bruce (Cream). La puissance et la liberté de la basse électrique le captivent, et il intègre plus tard la prestigieuse Berklee School of Music, où il affinera sa technique jusqu'à devenir l'un des musiciens les plus demandés de la scène fusion des années 70.
Le grand public découvre Jeff Berlin à travers sa collaboration iconique avec le batteur Bill Bruford (Yes, King Crimson). Sur des albums comme One of a Kind (1979), il redéfinit le rôle de la basse. Le morceau "5G" reste à ce jour une référence absolue : Jeff y fait preuve d'une virtuosité slap et d'un sens du timing qui placeront la barre très haut pour ses pairs.
Ironiquement, bien qu'il ait été l'un des pionniers du slap et du tapping à deux mains (notamment sur son premier album solo Champion en 1985), il a fini par délaisser ces techniques, les jugeant souvent "accessoires" par rapport à la connaissance pure de l'harmonie.
C'est sans doute l'aspect le plus célèbre et le plus clivant de Jeff Berlin aujourd'hui. Fondateur de la Players School of Music en Floride, il mène depuis des décennies une croisade contre les méthodes d'enseignement modernes. Il s'oppose farouchement aux tablatures, qu'il considère comme un véritable obstacle empêchant le musicien de comprendre la langue de la musique, et prône à la place un retour rigoureux au solfège et à la lecture à vue. Sa vision rejette également l'usage excessif du métronome, Jeff soutenant avec conviction que le rythme doit émaner d'une compréhension profonde des notes et de l'harmonie plutôt que d'un simple clic mécanique extérieur.
Cette approche, qu'il qualifie d'académique, vise à faire de chaque bassiste un musicien complet capable d'évoluer dans n'importe quel style (jazz, rock, classique) par la simple maîtrise de l'harmonie.
Pour obtenir ce son "chantant" et précis, Jeff Berlin a toujours privilégié un matériel simple mais extrêmement performant.
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Basse Cort Rithimic : Sa basse signature actuelle (disponible en 4 et 5 cordes). C'est un instrument sobre, avec un corps en aulne et une table en érable/noyer, mais équipé de micros Bartolini Jeff Berlin Custom et d'un chevalet Babicz. Le but ? Une réponse plate, sans électronique active complexe, pour que le son vienne avant tout des mains.
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Amplification Markbass : Jeff est l'un des ambassadeurs historiques de la marque italienne. Son combo signature, le CMD 121P JB, est devenu un standard pour les bassistes de jazz et de fusion cherchant un son pur, sans coloration artificielle.
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Cordes : Il utilise généralement des cordes à filet rond (roundwound) pour conserver cette brillance nécessaire à ses envolées solistes.
À 73 ans, Jeff Berlin ne montre aucun signe de ralentissement. Qu'il partage une vidéo pédagogique sur les réseaux sociaux ou qu'il se produise en trio, il reste fidèle à son crédo : la musique est un langage qui s'apprend avec rigueur.
Pour nous, bassistes, son parcours nous rappelle que si la technique est un outil, la connaissance de l'harmonie est la véritable liberté. Joyeux anniversaire, Jeff, et merci de continuer à nous pousser vers l'excellence, même si c'est parfois en nous secouant un peu !
Et vous, quel est votre morceau préféré de Jeff Berlin ? Plutôt l'époque Bruford ou ses albums de "High Standards" ? Dites-le nous en commentaire !
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