Stuart Fletcher, l'explorateur indie rock (1976-)

Publié le 16 janvier 2026 à 06:38

En ce 16 janvier 2026, le monde de la basse célèbre un anniversaire symbolique : les 50 ans de Stuart Fletcher. Si son nom reste indissociable de l’aventure fulgurante des Seahorses à la fin des années 90, Fletcher est avant tout un musicien de l'ombre dont la rigueur technique et le sens inné de la mélodie ont marqué la scène Britpop et au-delà. Retour sur le parcours d'un "bassiste de bassiste".

Né à York en 1976, Stuart Michael Fletcher ne se destinait pas immédiatement à la quatre-cordes. Dès l’âge de 6 ans, il s'initie au violon. C'est le passage au collège qui va tout changer : l'établissement n'ayant plus les moyens de fournir des violons aux élèves, le jeune Stuart doit trouver une alternative.

Son père, lui-même batteur dans un groupe de rock local, lui achète alors sa première basse. L'argument paternel est aussi simple qu'efficace : c'est un instrument moins coûteux qu'un violon et qui possède également quatre cordes. Ce pragmatisme économique va donner naissance à l'une des carrières les plus intéressantes du rock britannique des années 90. À seulement 11 ans, Stuart intègre son premier groupe, Double Vision, sous la direction managériale de son père.

Le tournant décisif de sa vie survient le 22 mars 1996 au club Fibbers de York. Stuart dépanne ce soir-là un groupe de blues local, The Blueflies, dont le bassiste habituel souffre de micro-traumatismes répétés. Dans le public se trouve John Squire, le guitariste légendaire qui vient tout juste de quitter les Stone Roses. Squire cherche des musiciens pour son nouveau projet et est immédiatement impressionné par le jeu de Fletcher, qui ne semble pas intimidé par la présence de la star. Après le concert, Squire lui tend une cassette de démos et, quelques jours plus tard, Stuart Fletcher devient officiellement le bassiste de The Seahorses.

Fletcher n'a que 21 ans lorsqu'il s'envole pour Los Angeles pour enregistrer l'album Do It Yourself sous la houlette du producteur mythique Tony Visconti. Sur cet album, il ne se contente pas de suivre la guitare virtuose de Squire. Il apporte une assise solide mais inventive, particulièrement audible sur des tubes comme "Love Is The Law" ou "Blinded by the Sun". Son jeu, à la fois très "dans la poche" et capable de lignes mélodiques audacieuses, devient la signature rythmique du groupe.

Après la séparation brutale des Seahorses en 1999, Fletcher ne s'arrête jamais de jouer. Sa réputation de musicien fiable et créatif lui permet de naviguer entre divers projets d'envergure. Il rejoint d'abord Rick Witter & The Dukes, collaborant avec l'ancien chanteur de Shed Seven pour une aventure rock efficace. En 2000, sa carrière prend une dimension spectaculaire lorsqu'il officie comme bassiste de session pour la tournée des Happy Mondays, partageant notamment l'affiche avec Oasis au stade de Wembley devant des dizaines de milliers de personnes.

Il continue ensuite d'explorer des sonorités indie et rock avec les formations The Yards et Hurricane #1, confirmant ainsi sa grande polyvalence. Plus récemment, il s'est illustré dans des registres plus progressifs et folk-rock au sein du Heather Findlay Band et de Mantra Vega. Ces collaborations variées démontrent sa capacité rare à adapter son toucher et sa sensibilité à n'importe quel contexte musical, du rock le plus brut aux arrangements les plus complexes.

Pour les lecteurs de ce blog qui s'intéressent à la technique pure, Stuart Fletcher est un véritable cas d'école. Son approche de l'instrument est profondément ancrée dans l'héritage de géants tels que Paul McCartney pour le sens de la mélodie, James Jamerson pour la précision du groove et Flea pour l'énergie. Bien qu'il ait exploré divers instruments au cours de sa carrière, sa Fender Jazz Bass des années 70 reste son outil de prédilection absolu. Ce choix s'explique par la capacité unique de ce modèle à produire le claquant nécessaire aux lignes mélodiques tout en conservant la rondeur chaleureuse indispensable aux passages plus bluesy.

En ce qui concerne ses réglages, Fletcher privilégie généralement un équilibre entre les deux micros de sa Jazz Bass. Il n'hésite toutefois pas à mettre légèrement en avant le micro chevalet lorsqu'il a besoin de percer dans le mixage sonore, notamment pour exister face aux parties de guitare techniquement denses de John Squire. Ce dosage subtil lui permet de maintenir une présence constante sans jamais sacrifier la clarté de ses notes.

Sur scène, Fletcher reste fidèle à un matériel robuste capable d'encaisser la dynamique importante de son jeu. On le retrouve ainsi fréquemment sur des configurations Ampeg, et plus particulièrement sur le classique SVT-VR couplé à un baffle 8x10. C'est pour lui le standard incontournable pour obtenir ce grognement rock organique et puissant qui définit son identité sonore.

Sa technique repose principalement sur un jeu aux doigts, ce qui lui offre un contrôle total sur la dynamique et l'attaque. On sent poindre son expérience passée de violoniste dans sa gestion experte des intervalles et dans sa faculté à construire des lignes de basse qui chantent véritablement en contrepoint du chant principal.

À 50 ans, Stuart Fletcher incarne cette génération de bassistes britanniques qui ont su allier l'énergie brute du rock à une sophistication musicale héritée des années 60 et 70. Qu'il joue dans un pub de York ou sur la scène principale de Glastonbury, Fletcher reste fidèle à la philosophie transmise par son père : quatre cordes suffisent amplement pour faire vibrer le monde, à condition de savoir les faire chanter avec sincérité.

Joyeux anniversaire, Stuart !

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