Paul Webb, l'homme rouillé (1962-)

Publié le 16 janvier 2026 à 06:05

Paul Webb possède l'une des trajectoires les plus fascinantes de la pop britannique. Il débute sa carrière dans la frénésie des années 80 avec Talk Talk, un groupe initialement catalogué "Nouveaux Romantiques" aux côtés de Duran Duran. Leurs premiers succès, comme "Talk Talk" et "It's My Life", sont des pépites de synth-pop où la basse de Webb, souvent fretless (sans frettes), apporte une touche mélodique et chantante typique de l'époque.   

Cependant, sous la direction du chanteur Mark Hollis, le groupe opère une mutation spectaculaire vers 1986 avec l'album The Colour of Spring, puis Spirit of Eden (1988). Webb suit cette évolution en déconstruisant totalement son jeu. Il passe du rôle de bassiste pop, fournissant un groove constant, à celui de peintre sonore, plaçant des notes avec parcimonie dans des paysages musicaux vastes et silencieux.   

Après la séparation de Talk Talk, Webb ne s'arrête pas. Il forme le duo expérimental .O.rang, puis adopte le pseudonyme Rustin Man. Sous ce nom, il collabore avec Beth Gibbons (Portishead) pour l'album culte Out of Season (2002), avant de revenir en solo avec Drift Code (2019), confirmant son statut de compositeur majeur.   

Paul Webb est l'anti-virtuose, dans le sens le plus noble du terme.

  • L'Approche "Dub" : Avant Talk Talk, Webb a joué dans un groupe de reggae, Eskalator. Il en a gardé une compréhension profonde de l'espace. Dans le reggae et le dub, ce que l'on ne joue pas est aussi important que ce que l'on joue. Sur les derniers albums de Talk Talk, Webb laisse respirer la musique, jouant des notes profondes qui ancrent l'harmonie sans jamais l'étouffer.

  • La Basse Fretless : Webb a beaucoup utilisé la basse fretless dans les années 80. Contrairement au style "jacobien" (rapide et jazz-fusion), Webb utilisait la fretless pour ses qualités vocales, créant des glissements (slides) lents et mélancoliques qui se mariaient parfaitement à la voix plaintive de Mark Hollis.

L'équipement de Paul Webb reflète sa quête de texture.

  • Wal Bass : Comme beaucoup de bassistes britanniques de son époque (Mick Karn, John Entwistle), Webb a utilisé les basses Wal. Ces instruments actifs offrent une palette sonore très large et un médium très riche, idéal pour percer à travers les synthétiseurs.

  • Fender Precision (Vintage) : Pour ses travaux plus récents en tant que Rustin Man, Webb privilégie souvent des sons plus "vintage", boisés et authentiques, revenant à la simplicité d'une Precision Bass montée avec des cordes à filet plat (flatwound) pour un son sourd et chaud rappelant les années 60.

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