Alvin "Buddy" Banks, le jazz canadien (1927-2005)

Publié le 15 janvier 2026 à 11:32

Certains noms résonnent comme des évidences. D'autres, comme celui d'Alvin "Buddy" Banks, demandent que l'on s'y attarde pour en saisir toute la richesse. Né le 15 janvier 1927 à St. Thomas, en Ontario (Canada), Buddy Banks a été l'un des piliers de la scène jazz européenne des années 50, avant de mener une carrière atypique entre Hawaii et Las Vegas.

En ce jour anniversaire de sa naissance, plongeons dans le parcours de ce contrebassiste qui a su marier la rigueur classique à la liberté du bebop.

Bien qu'il soit né au Canada, Buddy Banks grandit aux États-Unis dans un environnement baigné par la musique. Sa mère, Daisy Young, est une pianiste accomplie qui exerce une influence déterminante sur lui. Dès l'âge de 7 ans, le jeune Alvin s'essaie au piano en autodidacte. Au lycée, il explore d'autres instruments, notamment la clarinette.

C'est pourtant l'armée qui va sceller son destin de bassiste. Engagé dans les forces armées américaines à la fin des années 40, il est intégré à l'orchestre militaire. Manquant de bassistes, l'armée l'oriente vers cet instrument. Ce choix forcé devient une passion dévorante.

En 1948, Buddy Banks débarque en Europe avec l'armée américaine. C'est à Vienne qu'il fait ses premières armes sérieuses, enregistrant avec Thurmond Young et se produisant dans les clubs de la ville, comme le célèbre Colored Club.

Au début des années 50, il s'installe à Paris, alors épicentre du jazz mondial. La capitale française accueille à bras ouverts les musiciens afro-américains, fuyant la ségrégation et trouvant en Europe un public plus attentif et respectueux. Buddy devient rapidement le contrebassiste "de service" pour les géants de passage ou exilés :

  • Bill Coleman : Il l'accompagne à Berne, en Belgique et au Havre.

  • Sidney Bechet : Il participe à plusieurs tournées à travers l'Europe centrale avec le célèbre clarinettiste.

  • Lionel Hampton & Buck Clayton : Sa solidité rythmique et son sens harmonique en font un partenaire privilégié pour ces légendes du swing et du mainstream.

Buddy Banks ne se contente pas de jouer les standards traditionnels. Il est l'un des premiers contrebassistes à Paris à adopter pleinement le langage du bebop. En 1954, il co-dirige une session d'enregistrement historique intitulée Jazz de chambre avec le saxophoniste belge Bobby Jaspar. Entouré de musiciens comme Roy Haynes (batterie) et Jimmy Gourley (guitare), Banks y démontre une agilité incroyable, notamment sur le morceau "Yesterdays" où son jeu en solo fait sensation.

En 1956, Buddy Banks réintègre l'US Air Force, mais cette fois pour diriger des orchestres militaires à Hawaii. Ce virage marque le début d'une période plus stable mais moins médiatisée. Jusqu'en 1968, il dirige des formations à la base de Hickam.

Après sa retraite militaire, il entame une carrière pour le moins surprenante : il devient machiniste sur les docks de Pearl Harbor. Cependant, le musicien ne s'efface jamais derrière l'ouvrier. Pendant près de vingt ans, il mène une double vie : le jour sur le port, le soir sur scène. Il joue avec l'Orchestre Symphonique d'Honolulu et accompagne des artistes comme Stanley Morgan des Ink Spots ou le saxophoniste Gabe Baltazar.

En 1993, il s'installe à Las Vegas avec sa famille. Jusqu'à ses derniers jours, Buddy Banks reste actif sur la scène locale, jouant dans des clubs intimistes (comme le Paddy's Pub) ou dans les grands hôtels du Strip comme le MGM Grand. Il s'éteint le 7 août 2005, à l'âge de 78 ans, des suites d'un cancer.

Buddy Banks incarne un modèle de sobriété et d'efficacité. Son style se distinguait avant tout par une justesse irréprochable, héritée de sa formation classique initiale et de sa pratique précoce du piano. Cette rigueur technique servait un drive puissant, moteur rythmique indispensable pour soutenir l'énergie de solistes d'envergure tels que Sidney Bechet ou Lionel Hampton. Enfin, sa remarquable intelligence harmonique lui permettait de naviguer avec aisance entre les structures du swing traditionnel et les explorations plus complexes du bebop.

Pour ceux qui souhaitent explorer son œuvre, l'album Jazz in Paris - Buddy Banks Quartet édité par Gitanes/Universal constitue la meilleure porte d'entrée pour apprécier son jeu en tant que leader. Sa contribution historique au disque Jazz de chambre de 1954 aux côtés de Bobby Jaspar est également incontournable, tout comme sa participation majeure à l'album Lionel Hampton and his French New Sound paru en 1955, qui témoigne de son rôle central dans le jazz de l'époque.

Buddy Banks reste le symbole d'une époque où la contrebasse jazz cherchait son émancipation, entre rôle de métronome et instrument soliste à part entière.

Ajouter un commentaire

Commentaires

Il n'y a pas encore de commentaire.