Joel Quarrington n'est pas seulement l'un des plus grands contrebassistes de sa génération ; il est un visionnaire qui a transformé la perception de cet instrument souvent relégué au second plan. Pour les lecteurs de notre blog, Quarrington représente l'équilibre parfait entre la rigueur de l'orchestre symphonique et la liberté d'un soliste de renommée internationale.
Né à Toronto dans une famille d'artistes — ses frères Tony et Paul ont également fait carrière dans la musique et la littérature — Joel commence l'étude de la contrebasse à l'âge de 11 ans (certaines sources citent 13 ans pour ses études formelles). Très vite, son talent exceptionnel se manifeste. Après avoir obtenu son diplôme à l'Université de Toronto avec la prestigieuse bourse Eaton, il part se perfectionner en Italie auprès du légendaire Francesco Petracchi.
Cette influence européenne marquera son jeu, lui apportant une lyre et une technique de main gauche d'une précision chirurgicale.
La trajectoire professionnelle de Quarrington est jalonnée de postes de premier plan au sein des plus grands ensembles mondiaux. Il a d'abord forgé sa réputation comme contrebasse solo au Hamilton Philharmonic Orchestra entre 1979 et 1991, avant de rejoindre le Toronto Symphony Orchestra (TSO) pour y occuper les mêmes fonctions pendant quinze ans. Son parcours l'a ensuite mené à Ottawa, à l'Orchestre du Centre national des Arts (CNA), de 2006 à 2013, pour finalement atteindre un sommet de carrière au London Symphony Orchestra (LSO). Son passage au sein de cette institution londonienne entre 2013 et 2015 a définitivement consolidé sa stature internationale, prouvant qu'un musicien canadien pouvait diriger la section de l'un des orchestres les plus prestigieux d'Europe.
Pour les passionnés de technique, le nom de Joel Quarrington est indissociable d'une innovation majeure : l'accordage en quintes. À l'opposé de l'accord standard en quartes (Mi-La-Ré-Sol), Quarrington a choisi d'accorder son instrument comme un violoncelle, mais une octave plus bas, soit Do-Sol-Ré-La.
Ce choix repose sur la conviction profonde que la contrebasse appartient techniquement à la famille du violon plutôt qu'à celle de la viole de gambe. Cette approche offre avant tout une résonance supérieure, car les harmoniques naturelles de l'instrument s'alignent plus harmonieusement avec celles des violons, altos et violoncelles. De plus, la clarté sonore se trouve grandement améliorée, offrant un timbre plus précis qui élimine le côté parfois sourd de l'accordage traditionnel. Enfin, cette méthode permet d'élargir considérablement la tessiture vers le grave, atteignant le Do sans nécessiter de cinquième corde ou d'extension mécanique, tout en préservant une agilité remarquable dans le registre aigu.
Joel Quarrington joue sur un instrument d'exception : une contrebasse italienne fabriquée en 1666 par le maître Santo Paolo Maggini. Cet instrument, doté d'une sonorité profonde et riche, est le compagnon idéal pour ses explorations en quintes.
Côté cordes, il a longtemps collaboré avec des fabricants pour développer des jeux spécifiques supportant la tension particulière de l'accord en quintes, utilisant notamment des cordes Pirastro Obligato adaptées.
Quarrington a collaboré avec les plus grands, de傾as Zukerman aux quatuors de renom (Tokyo, Vermeer, St. Lawrence). Fait notable pour l'histoire de la musique canadienne : il a participé à l'une des dernières sessions d'enregistrement du légendaire pianiste Glenn Gould en 1982.
Son album Garden Scene (2009) a remporté le Prix Juno du meilleur album classique, une rareté pour un disque de contrebasse solo, prouvant que l'instrument peut porter des mélodies de Korngold ou de Bottesini avec une grâce infinie.
Aujourd'hui, Joel Quarrington transmet son savoir au Conservatoire de musique de Montréal et à l'Université McGill. Il est également "Visiting Artist" à la Royal Academy of Music de Londres. Pour les bassistes souhaitant approfondir leur technique, il a lancé "The Joel Quarrington Method", une série de cours en ligne qui décortique son approche de la main gauche et du maniement de l'archet.
Joel Quarrington reste une inspiration pour tout bassiste cherchant à repousser les limites de son instrument. Son anniversaire, le 15 janvier, est l'occasion de célébrer un musicien qui a prouvé que la contrebasse pouvait chanter avec autant de clarté qu'un violon.
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