Bob Maize, la figure de Concord Jazz (1945-2004)

Publié le 15 janvier 2026 à 10:01

Né le 15 janvier 1945, Bob Maize arrive à maturité musicale dans les années 60 et 70, une période difficile pour la contrebasse acoustique. Alors que le rock psychédélique et le funk imposent la basse électrique (Fender Bass), Maize fait le choix esthétique de la fidélité à l'instrument acoustique. Il devient une figure centrale du "West Coast Jazz revival" des années 70 et 80, incarné par le label Concord Jazz.   

Ce label, fondé par Carl Jefferson, avait pour mission de préserver le jazz mainstream (Swing, Bop) avec une qualité audiophile irréprochable. Bob Maize, avec son son boisé, précis et dépourvu d'artifices électroniques (micros piézo criards), est devenu l'architecte sonore de cette esthétique.

Contrairement à Ron Carter ou Eddie Gomez qui expérimentaient dans les années 70 avec des micros contact donnant un son très direct et médium ("growl"), Maize privilégiait une prise de son par microphone aérien. Cela donne sur ses enregistrements l'impression d'être assis juste devant l'instrument. On entend l'air bouger.

Ayant débuté par le piano à 7 ans , Maize avait une approche harmonique très développée. Dans les trios sans batterie (comme avec le guitariste Tal Farlow), il remplissait l'espace non pas par le volume, mais par le choix des notes (dixième, renversements) et l'utilisation de cordes à vide pour créer une résonance sympathique.   

Il pouvait passer du swing décontracté d'un Scott Hamilton (saxophoniste ténor revivaliste) aux rythmes syncopés et complexes du Hard Bop d'Horace Silver. Cette capacité d'adaptation témoigne d'une oreille absolue et d'une maîtrise rythmique totale.   

Bob Maize a porté le flambeau de la contrebasse acoustique à travers les décennies électriques. Né à San Diego un 15 janvier 1945 , Maize est resté, jusqu'à sa disparition prématurée en 2004, l'un des secrets les mieux gardés du jazz californien. Musicien des musiciens, pilier du label Concord Jazz, il a prouvé que l'élégance et le groove acoustique avaient toute leur place à l'ère des synthétiseurs. Pour son anniversaire, GraveBasse.com redécouvre cet artisan du son pur.   

Bob Maize grandit à Ontario, Californie, et baigne très tôt dans la musique. Son parcours débute par le piano à l'âge de 7 ans, une fondation qui se révélera cruciale. Lorsqu'il bascule vers la contrebasse à 13 ans, il ne pense pas comme un simple rythmicien, mais comme un orchestrateur. En 1963, à tout juste 18 ans, il s'installe à San Francisco, alors en pleine effervescence culturelle. Il devient le bassiste résident de clubs mythiques comme le Soulville et le Bop City. C'est là, nuit après nuit, qu'il affûte son style au contact des légendes de passage comme Philly Joe Jones ou Sonny Stitt. Tenir la basse derrière de tels monstres sacrés à peine sorti de l'adolescence est une école dont on ne sort pas indemne : soit on coule, soit on devient un maître. Maize est devenu un maître.   

Dans les années 70, alors que le jazz-rock fusion domine, Maize s'impose comme le défenseur de la tradition acoustique. Il devient indissociable du son du label Concord Jazz. Si vous avez écouté des albums de Herb EllisCal Tjader ou Mel Tormé de cette époque, vous avez entendu Bob Maize. Son jeu se caractérise par une rondeur exceptionnelle. Maize ne "taquine" pas les cordes ; il les fait chanter. Sur l'album Tour de Force (1982) avec Al Cohn et Scott Hamilton , sa ligne de basse est un modèle de "walking" fluide. Il propulse les solistes avec une force tranquille, sans jamais saturer l'espace. Il est la définition même du "support" musical.   

Le sommet de sa carrière de sideman est sans doute sa collaboration avec le pianiste Horace Silver au début des années 80. Silver, inventeur du style "Funky Piano" et pionnier du Hard Bop, était notoirement exigeant avec ses bassistes. Il fallait avoir le "beat" au fond des tripes. Maize relève le défi sur l'album The Continuity of Spirit (1985). Dans ce contexte plus moderne et spirituel, Maize déploie un groove plus agressif, plus percussif, prouvant qu'il n'était pas seulement un bassiste de ballades, mais un moteur rythmique capable de rivaliser avec les meilleurs bassistes de New York.   

Comme Shapiro avant lui, Maize était adoré des chanteurs. Il a tourné en Europe et au Japon avec Sarah Vaughan en 1985. Accompagner "Sassy" demandait une vigilance de chaque instant, tant elle aimait modifier les tempos et les tonalités au gré de son inspiration. Maize était son ancre. Il a également travaillé avec Anita O'Day, apportant sa sensibilité harmonique pour souligner les improvisations vocales les plus audacieuses.   

Bob Maize nous a quittés le 20 novembre 2004, à l'âge de 59 ans, des suites d'une crise cardiaque à Los Angeles. Il laisse une discographie immense, témoignant d'une vie dédiée au service de la musique. Il n'a jamais cherché la lumière des projecteurs, préférant l'ombre confortable du fond de scène, là où le cœur de la musique bat réellement.   

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