Boris Gardiner, le groover jamaïcain fête ses 83 ans (1943-)

Publié le 13 janvier 2026 à 07:29

Si le nom de Boris Gardiner évoque pour le grand public le crooner romantique du tube planétaire "I Wanna Wake Up With You" (1986), les passionnés de quatre cordes savent qu’il est avant tout l’un des bassistes les plus prolifiques et les plus doués de l’histoire de la Jamaïque. En ce 13 janvier, nous célébrons l’anniversaire d’un musicien dont les lignes de basse constituent l’ADN même du reggae.

Rien ne prédestinait Boris Gardiner à devenir un maître de la basse. Né à Kingston en 1943, il commence sa carrière en tant que chanteur au sein des Rhythm Aces au début des années 60. C’est en rejoignant l'orchestre de Carlos Malcolm & the Afro-Jamaican Rhythms que sa vie bascule. Lors d'une tournée aux Bahamas, le bassiste du groupe fait faux bond. Carlos Malcolm tend alors une basse à Boris et lui dit : "Tu es musicien, tu vas apprendre."

Ce qui n'était qu'un dépannage logistique est devenu l’un des chapitres les plus importants de la musique caribéenne. En autodidacte, Gardiner développe une approche mélodique et d'une précision chirurgicale, héritée de sa compréhension du chant et des arrangements de cuivres.

Dans les années 60 et 70, Boris Gardiner devient le musicien de session incontournable. Son nom est associé aux plus grands studios, à commencer par le mythique Studio One de Clement "Coxsone" Dodd.

Il a posé les fondations de morceaux légendaires, souvent sans être crédité sur les pressages originaux. On lui doit notamment les lignes de basse de :

  • "Feel Like Jumping" de Marcia Griffiths

  • "Nanny Goat" de Larry & Alvin (considéré comme l'un des premiers morceaux de l'ère reggae)

  • "On Top" des Heptones

Sa collaboration avec Lee "Scratch" Perry au sein des Upsetters est également fondamentale. Il est la force tranquille derrière le chef-d’œuvre "Police and Thieves" de Junior Murvin. Son style se caractérise par un "bounce" (rebond) irrésistible, capable de passer de la soul-funk sophistiquée au dub le plus dépouillé.

À l'instar de ses contemporains comme Robbie Shakespeare ou Aston "Family Man" Barrett, Boris a largement contribué à populariser le son "fat" et profond de la basse électrique en Jamaïque.

Durant les années 60 et 70, Boris a principalement utilisé des Fender Precision Bass et des Fender Jazz Bass. Sur les photos d'époque et les sessions chez Dynamic Sounds, on l'aperçoit souvent avec une Precision Bass, instrument de prédilection pour obtenir ce claquement mat et cette assise dans les bas-médiums.

Le secret du son de Gardiner résidait dans l'utilisation de cordes Flatwound (filets plats) déjà rodées, voire "vieilles", pour éliminer les harmoniques trop brillantes. Il jouait majoritairement aux doigts, mais avec une attaque très proche du manche pour obtenir une résonance plus ronde, presque semblable à celle d'une contrebasse, tout en conservant le sustain de l'électrique.

En studio à Kingston, les bassistes branchaient souvent leurs instruments directement dans la console ou utilisaient des amplificateurs à lampes de type Ampeg B-15 Portaflex, dont la saturation naturelle apportait cette chaleur organique si particulière aux productions de l'époque.

Au-delà de ses succès en solo comme "Elizabethan Reggae", l'influence de Gardiner a touché les sphères les plus inattendues de la musique moderne. En 2015, le rappeur Kendrick Lamar a samplé le morceau de Boris, "Every Nigger Is a Star", pour l'ouverture de son album culte To Pimp a Butterfly, remettant ainsi la basse de Gardiner au centre de la culture populaire contemporaine.

Aujourd'hui, à 83 ans, Boris Gardiner reste une figure respectée, un "bassiste de bassiste" dont chaque note jouée était une leçon d'économie et de groove.

Joyeux anniversaire, Mr. Gardiner, et merci pour ces milliers de mesures qui font vibrer nos enceintes !

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