Nom : Keith Anthony Joseph "Lee" Jackson Date de Naissance : 8 Janvier 1943 Lieu de Naissance : Newcastle upon Tyne, Angleterre Groupes Principaux : The Nice, Refugee, Jackson Heights Instrument Principal : Basse Électrique (Gaucher)
Né le 8 janvier 1943 en pleine Seconde Guerre mondiale à Newcastle, Lee Jackson a grandi dans une ville industrielle qui allait devenir, dans les années 60, un creuset bouillonnant pour le rock britannique. Avant que le terme "Rock Progressif" n'existe, Jackson a fait ses armes dans le circuit impitoyable des clubs de jazz et de R&B du Nord de l'Angleterre, notamment au célèbre Club a'Gogo de Newcastle. C'est dans cette atmosphère enfumée, où l'on jouait pour faire danser une jeunesse ouvrière exigeante, que Jackson a développé son style percussif.
Il rejoint d'abord The Vandykes, puis The Invaders, avant de trouver sa place au sein de Gary Farr & The T-Bones. Ce groupe est fondamental pour deux raisons : d'une part, il ancre Jackson dans la tradition du blues électrique américain ; d'autre part, c'est là qu'il rencontre un claviériste prodige du nom de Keith Emerson. Leur collaboration allait redéfinir les limites du rock.
L'Épopée de The Nice (1967-1970)
En 1967, Jackson et Emerson, accompagnés du guitariste David O'List et du batteur Brian Davison, sont recrutés par Andrew Loog Oldham (manager des Rolling Stones) pour servir de groupe de soutien à la chanteuse soul P.P. Arnold. Cependant, l'alchimie entre les musiciens est telle qu'ils s'émancipent rapidement pour former The Nice.
The Nice occupe une place unique dans l'histoire. Ils sont le chaînon manquant entre le psychédélisme mod des années 60 et la grandeur symphonique des années 70. Après le départ du guitariste David O'List, le groupe devient un trio clavier/basse/batterie. C'est ici que le rôle de Lee Jackson devient crucial. Sans guitare rythmique pour remplir l'espace sonore, Jackson doit adapter son jeu pour occuper tout le spectre des fréquences basses et médiums, luttant littéralement contre le volume sonore massif de l'orgue Hammond d'Emerson.
Jackson Heights et Refugee
Après la dissolution de The Nice en 1970 (Emerson partant former ELP avec Greg Lake), Jackson forme Jackson Heights, un projet virant vers le folk-rock acoustique, montrant une facette plus douce de sa personnalité musicale. Cependant, son retour au rock virtuose se fait avec Refugee en 1974. Réunissant le batteur de The Nice, Brian Davison, et le claviériste suisse Patrick Moraz, Refugee est souvent considéré par les puristes comme la version la plus aboutie de la vision musicale de Jackson. L'album éponyme de Refugee reste un chef-d'œuvre méconnu de basse technique, où Jackson déploie une vélocité impressionnante.
Le style de Lee Jackson est l'antithèse du bassiste "de fond". Il est un bassiste de premier plan, un combattant sonore.
Gaucher naturel, Jackson joue exclusivement au médiator. Cette technique n'est pas un choix de facilité, mais une nécessité acoustique au sein de The Nice. Pour percer à travers les nappes d'orgue saturées et les percussions jazz-rock foisonnantes de Davison, Jackson avait besoin d'une attaque franche, riche en aigus et en harmoniques. Son coup de médiator est lourd, créant un son "clack" distinctif qui fonctionne presque comme une percussion additionnelle.
Dans la configuration trio de The Nice (sans guitariste), Jackson ne se contentait pas de jouer les fondamentales. Il jouait des accords, des lignes mélodiques doubles et utilisait la distorsion (fuzz) bien avant que cela ne devienne courant (comme chez Chris Squire ou Geddy Lee plus tard). Sur des morceaux comme Rondo ou la reprise de America de Leonard Bernstein, sa basse rugit, comblant le vide harmonique laissé par l'absence de guitare électrique.
Jackson était également le chanteur principal de The Nice. Sa voix, souvent décrite comme un grognement râpeux et peu académique, apportait une texture "working class" et psychédélique qui contrastait avec les prétentions classiques de la musique d'Emerson. C'était le "gravier" dans la machine symphonique, empêchant le groupe de devenir trop précieux ou distant.
Matériel et Équipement
L'identité sonore de Lee Jackson est indissociable de ses choix d'instruments, souvent atypiques.
| Catégorie | Équipement | Détails et Utilisation |
|---|---|---|
| Basse Principale (The Nice) | Vox Teardrop (Mark III) | C'est l'instrument signature de Jackson. Une basse semi-acoustique (ou solid body selon les modèles) en forme de goutte d'eau. Son diapason court et ses micros simples bobinages produisaient un son médium, "boisé" et percutant, idéal pour le son psychédélique de la fin des années 60. |
| Basse Secondaire | Rickenbacker 4001 | Utilisée plus tardivement (notamment avec Refugee), cette basse (modèle gaucher) offrait plus de sustain et de clarté dans les aigus, s'alignant sur le standard du rock progressif des années 70. |
| Basse Modifiée | Fender Precision (Modifiée) | Il a parfois utilisé des modèles Fender, mais souvent modifiés ou traités avec beaucoup d'effets pour s'éloigner du son Motown traditionnel. |
| Amplification | Hiwatt / Marshall | Pour rivaliser avec les murs d'amplis Leslie d'Emerson, Jackson utilisait des piles d'amplification britanniques (Hiwatt notamment) poussées à la limite du "breakup" (saturation naturelle des lampes). |
| Effets | Fuzz / Distorsion | Utilisation pionnière de pédales de fuzz pour épaissir le son lors des solos ou des passages orchestraux. |
Lee Jackson est souvent injustement éclipsé par la célébrité de ses collègues (Emerson ou Moraz). Pourtant, il a posé les jalons de la basse rock moderne. Il a prouvé qu'un bassiste pouvait être un frontman, qu'il pouvait porter la mélodie et que la basse pouvait être un instrument de violence sonore autant que de soutien rythmique. Son influence se fait sentir chez des bassistes comme Jean-Jacques Burnel (The Stranglers) ou même Lemmy Kilmister (qui fut roadie pour The Nice! ), qui ont tous deux adopté cette approche agressive et saturée.
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