Donald Ray Payne, né le 7 janvier 1933 à Wellington, Texas, incarne une trajectoire fascinante et paradoxale. Comment un bassiste texan est-il devenu la cheville ouvrière de l'un des albums les plus radicaux de l'histoire du jazz, pour ensuite devenir l'un des musiciens de studio les plus demandés de New York?
Payne commence sa carrière dans les années 50, une époque où le jazz est tiraillé entre le respect de la tradition bebop et l'envie de briser les codes. Installé en Californie, il se retrouve au cœur de la scène West Coast. C'est là, en 1958, qu'il participe à l'enregistrement de l'album Something Else!!!! d'Ornette Coleman pour le label Contemporary Records.
Sa présence sur cet album est historique. Coleman cherchait à s'affranchir des structures harmoniques conventionnelles. Il fallait un bassiste capable non seulement de comprendre cette vision, mais surtout de ne pas s'y perdre. Don Payne, avec le pianiste Walter Norris, a fourni un ancrage tonal rassurant qui a permis à Coleman et Don Cherry d'explorer l'atonalité sans aliéner totalement l'auditeur. Sur des titres comme The Blessing, Payne maintient un swing inébranlable, créant une tension magnifique entre la base rythmique traditionnelle et les envolées libertaires du saxophone.
Après cette incursion dans l'histoire, Payne ne s'est pas enfermé dans le free jazz. Il a déménagé à New York et a entamé une carrière prolifique de musicien de studio ("session cat"). Sa capacité à lire la musique à vue et à s'adapter à n'importe quel genre l'a conduit à jouer avec des géants aussi divers que Stan Getz, Herbie Mann (sur l'album fusion The Five Faces of Jazz), et la chanteuse folk Janis Ian. Il a même enregistré avec Leonard Cohen, prouvant que sa sensibilité musicale transcendait les frontières du jazz.
Il décède le 25 février 2017 en Floride, laissant derrière lui une discographie qui ressemble à une traversée de la musique américaine du XXe siècle.
Don Payne était un "walking bassist" classique dans le meilleur sens du terme. Sa force résidait dans la clarté de son intonation et la rondeur de son son.
Dans le contexte avant-gardiste d'Ornette Coleman, Payne jouait souvent les fondamentales de manière très explicite. C'était un choix conscient : si la basse était devenue aussi abstraite que le saxophone, la musique se serait effondrée. Payne était le fil d'Ariane pour l'auditeur.
Dans les années 70, Payne a su adopter la basse électrique (Fender Jazz Bass) pour s'intégrer aux productions pop et fusion. Son jeu sur l'album Between the Lines de Janis Ian (notamment sur le tube At Seventeen) est un modèle de sobriété et de goût, soutenant la chanson sans jamais empiéter sur la voix.
Équipement
Payne était méticuleux concernant son matériel, cherchant toujours le confort de jeu optimal pour les longues sessions.
| Instrument | Période/Usage | Détails Techniques |
|---|---|---|
| Contrebasse Acoustique | 1950s - 1960s | Instrument principal pour les sessions Ornette Coleman et Herbie Mann. |
| Fender Jazz Bass | 1970s - 2000s | Basse de travail standard pour les sessions studio pop/rock. |
| Tobias Signature Bass | 1980s | Une basse boutique haut de gamme (5 ou 6 cordes). Une anecdote technique révèle qu'il avait fait modifier l'attache-courroie avec un système de fermoir supplémentaire pour équilibrer parfaitement l'instrument lors des longues performances debout. |
Discographie Clé
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Ornette Coleman – Something Else!!!! (1958) : Le document historique indispensable.
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Herbie Mann – The Five Faces of Jazz (1967) : Une fusion jazz-world où Payne navigue entre rythmes afro-cubains et swing.
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Janis Ian – Between the Lines (1975) : Un classique de la pop folk, Grammy Award du meilleur album.
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John Tropea – Tropea (1975) : Funk-jazz fusion de haute voltige avec des collègues de studio comme Will Lee.
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