Eldee Young, le soul jazz de Chicago (1936-2007)

Publié le 7 janvier 2026 à 05:59

Né le 7 janvier 1936 sur la rive sud de Chicago, Eldee Devon Young a grandi au cœur d'un bouillonnement culturel qui allait donner naissance à une forme de jazz distinctement urbaine, bluesy et accessible : le Soul-Jazz. L'histoire d'Eldee Young est indissociable de l'émancipation de la section rythmique. Là où la basse était traditionnellement un instrument de soutien discret, Young a imposé une présence physique et vocale qui a transformé le trio piano-basse-batterie en une entité de divertissement total.   

Initié à la contrebasse dès l'âge de 13 ans, soutenu par un frère guitariste, Young a rapidement intégré les circuits professionnels de Chicago. Son éducation musicale formelle à l'American Conservatory of Music lui a donné une maîtrise technique rigoureuse, qu'il a immédiatement mise au service du "feeling" de la rue. Sa carrière prend un tournant décisif en 1955 lorsqu'il forme, avec le pianiste Ramsey Lewis et le batteur Isaac "Red" Holt, le Ramsey Lewis Trio.   

Pendant une décennie (1955-1965), ce trio va redéfinir le jazz commercial. Leur musique n'était pas celle des clubs enfumés réservés aux initiés, mais une musique de fête, de danse, qui a culminé avec l'album The In Crowd en 1965. Ce disque, enregistré live au Bohemian Caverns, a capturé l'énergie brute de Young : ses lignes de basse ne se contentaient pas de marcher ("walking"), elles dansaient.   

En 1966, sentant le vent tourner et désirant plus d'autonomie créative, Young et Holt se séparent de Lewis pour former Young-Holt Unlimited (initialement Young-Holt Trio). Cette formation allait devenir l'un des piliers du label Brunswick, fusionnant le jazz avec les rythmes funk naissants. Leur tube planétaire, Soulful Strut (1968), reste un monument de l'instrumental pop, bien que l'histoire retienne une controverse fascinante : la piste instrumentale était initialement prévue pour la chanteuse Barbara Acklin. Quoi qu'il en soit, l'ADN musical de Young — ce mélange de sophistication et de groove viscéral — imprègne chaque mesure de leur discographie.   

Après la dissolution du groupe en 1974, Young a continué à être une figure tutélaire à Chicago et à l'international, collaborant notamment pendant plus de vingt ans avec le pianiste singapourien Jeremy Monteiro, jusqu'à son décès tragique par crise cardiaque à Bangkok le 12 février 2007.   

Le "Pocket" Ultime

Le style d'Eldee Young est l'antithèse de la démonstration technique gratuite. Il est le maître du "pocket" — cette capacité à placer la note exactement là où elle génère le plus de mouvement physique chez l'auditeur.

Le Violoncelle comme Seconde Basse

L'une des innovations majeures de Young fut l'intégration du violoncelle dans un contexte jazz rythmique. Contrairement aux violoncellistes classiques ou aux expérimentateurs du free jazz, Young jouait du violoncelle comme d'une "basse piccolo". Il l'accordait souvent en quartes (comme une basse électrique) plutôt qu'en quintes, ce qui lui permettait de transférer ses schémas de doigts directement de la contrebasse au violoncelle. Sur des morceaux comme la version trio de Jingle Bells ou Wack Wack, son violoncelle grogne, percute et chante avec une intensité bluesy rare.   

La Technique Vocale Unisson

Bien avant que George Benson ne popularise le scat à l'unisson avec la guitare, Eldee Young doublait ses solos de basse et de violoncelle avec sa voix. Cette technique ajoutait une texture humaine et organique au son des cordes, renforçant l'impact mélodique de ses improvisations. On entend clairement cette joie communicative dans ses enregistrements live, où sa voix devient le quatrième instrument du trio.   

L'équipement d'Eldee Young reflète la transition technologique des années 50 et 60.

Type d'Équipement Détails et Usage
Contrebasse Kay ou Engelhardt (modèles standards des jazzmen de Chicago de l'époque). Action haute pour un volume acoustique maximal et un "thump" percussif.
Violoncelle Violoncelle acoustique 4/4. Cordes probablement en boyau ou hybrides pour supporter le jeu pizzicato violent. Accordage probable en quartes (Mi-La-Ré-Sol).
Amplification Utilisation précoce de micros piezo (probablement Underwood ou similaire dans les années 70) pour rivaliser avec le volume des batteries funk.
Ampeg Baby Bass Bien que principalement acoustique, le son percussif et le sustain court de ses enregistrements fin 60s suggèrent l'utilisation occasionnelle de l'Ampeg Baby Bass, très populaire pour le son "Latin/Soul" de l'époque.

Discographie Sélective et Héritage

Avec Ramsey Lewis :

  • The In Crowd (1965) – L'album qui a tout changé. Écoutez attentivement l'interaction sur la chanson titre.

  • Hang On Sloopy (1965) – La suite logique, confirmant la formule gagnante.

Avec Young-Holt Unlimited :

  • Wack Wack (1966) – Le premier hit majeur du duo, introduisant leur signature sonore.

  • Soulful Strut (1968) – L'hymne instrumental absolu.

  • Born Again – Une pépite funk plus tardive.

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