Né le même jour que Muzz Skillings, le 6 janvier 1964, mais de l'autre côté de l'Atlantique à Liverpool , Mark O'Toole a connu une trajectoire parallèle mais musicalement divergente. Bassiste fondateur de Frankie Goes to Hollywood (FGTH), il est souvent, à tort, réduit au statut de simple figurant dans la grande machinerie pop orchestrée par le producteur Trevor Horn.
Or, une analyse musicologique sérieuse révèle que Mark O'Toole fut l'âme punk et l'énergie motrice d'un groupe qui a défini l'excès et l'hédonisme des années 80. Sans son jeu de basse agressif et viscéral, les compositions comme "Relax" ou "Two Tribes" n'auraient été que des exercices de programmation stériles. O'Toole a apporté la sueur et le danger dans la pop électronique.
De la Scouse Punk à la Gloire Mondiale
Mark O'Toole grandit dans le Liverpool économiquement sinistré de l'ère Thatcher. La musique est une échappatoire. En 1980, il fonde FGTH avec son frère Jed (qui quittera le navire avant la gloire) et des amis de la scène locale, dont Holly Johnson. Le groupe répète dans une ancienne cellule de prison, le Bridewell Centre, ce qui forge une cohésion brute et une attitude "nous contre le monde".
À ses débuts, O'Toole n'est pas un musicien de funk raffiné. C'est un bassiste d'attaque, influencé par l'énergie du punk mais fasciné par le groove du disco américain. Cette tension entre l'agression rock et la danse funk deviendra la signature sonore du groupe.
L'Ère ZTT et la Controverse "Relax"
Le tournant s'opère lors d'une performance télévisée sur The Tube en 1983. Trevor Horn, génie de la production (Buggles, Yes), repère le groupe. Il signe FGTH sur son label ZTT Records. S'ensuit une période de mythologie intense. On a souvent dit que les musiciens du groupe n'avaient pas joué sur l'album Welcome to the Pleasuredome, remplacés par des machines et des musiciens de studio.
La réalité est plus nuancée. Si Trevor Horn a effectivement utilisé le Fairlight CMI (échantillonneur) pour séquencer les lignes de basse finales afin d'obtenir une précision inhumaine, c'est bien Mark O'Toole qui a composé ces lignes et fourni les prises "guides" essentielles. De plus, sur scène, O'Toole assurait des parties de basse redoutables, prouvant sa légitimité technique. Lorsque "Relax" est banni par la BBC pour son contenu sexuel explicite, O'Toole se retrouve propulsé star mondiale à 20 ans, icône d'une révolution sexuelle et musicale.
La Vie Après le Pleasuredome
L'implosion du groupe en 1987, après une tournée européenne coûteuse et des tensions internes exacerbées par le succès soudain, laisse O'Toole désabusé. Contrairement au chanteur Holly Johnson, O'Toole fuit la célébrité. Il s'installe en Floride, USA, et mène une vie de musicien plus anonyme, jouant dans des formations comme Trapped by Mormons. Il reste une figure respectée pour les bassistes de New Wave, gardien d'un son qui a marqué une génération.
L'Homme vs La Machine
L'apport de Mark O'Toole à la basse des années 80 réside dans sa capacité à fusionner l'organique et l'électronique.
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Le Groove "Four-on-the-Floor" : Sur "Relax", la basse martèle les croches avec une constance hypnotique. O'Toole joue souvent avec un médiator, près du chevalet, pour obtenir un son brillant qui tranche à travers les nappes de synthétiseurs.
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L'Influence Funk-Disco : Sur le morceau "Welcome to the Pleasuredome", les lignes de basse sont plus complexes, utilisant des octaves (tonique grave / tonique aiguë) typiques du disco, mais jouées avec une agressivité rock. C'est ce mélange qui donne au titre son urgence dramatique.
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L'Endurance Live : Les concerts de FGTH étaient des marathons énergétiques. Les vidéos live de l'époque montrent O'Toole tenant des tempos effrénés (comme sur "Two Tribes") sans faiblir, assurant une fondation solide pendant que le spectacle visuel explosait autour de lui.
IV. Le Laboratoire Sonore : Gear et Matériel
L'équipement de Mark O'Toole est emblématique de la recherche sonore des années 80, cherchant à rivaliser avec la puissance des synthétiseurs basses (Moog, ARP).
| Type de Matériel | Modèle Utilisé | Caractéristiques Sonores | Usage |
|---|---|---|---|
| Basse Principale | Fender Precision Bass | Son lourd, médiums creusés, attaque franche. | Utilisée pour l'enregistrement et les morceaux rock. |
| Basse de Tournée | Washburn Bantam (Headless) | Légèreté, look futuriste, clarté "Hi-Fi". | Privilégiée pour les concerts visuels et la mobilité scénique. |
| Amplification | Trace Elliot AH500 / Series 6 | Le célèbre "Green Light". Son très propre, puissant, avec une réponse transitoire rapide. | Permettait de reproduire les fréquences sub-basses des synthés en live. |
| Effets | Chorus (Boss CE-2) | Ajoute une modulation "liquide" et épaissit le son. | Typique du son New Wave/Pop 80s pour élargir l'image stéréo. |
Note sur l'amplification Trace Elliot : Mark O'Toole a été l'un des ambassadeurs involontaires de la marque britannique Trace Elliot. Ces amplis, avec leur préampli graphique 11 ou 12 bandes, permettaient de sculpter le son avec une précision chirurgicale, compensant les acoustiques difficiles des grandes arènes.
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