Isao Suzuki, le "Jazz Godfather" du Japon (1933-2022)

Publié le 2 janvier 2026 à 06:38

Né le 2 janvier 1933 à Tokyo, Isao Suzuki (né Hisao Oma Suzuki) est une figure tutélaire du jazz japonais. Sa disparition le 8 mars 2022 à Kawasaki a marqué la fin d'une ère pour la musique improvisée en Asie.   

Genèse d'un Maître et Influence des Bases Américaines

Le parcours de Suzuki commence dans le contexte singulier du Japon de l'après-guerre. C’est sur les bases militaires américaines implantées au Japon qu’il découvre la contrebasse. Il y apprend l'instrument de manière organique, en écoutant et en jouant avec des musiciens de jazz en garnison. En 1956, il entame sa carrière professionnelle, se forgeant rapidement une réputation d'accompagnateur solide auprès de pionniers comme Shotaro Moriyasu, Hidehiko Matsumoto et Sadao Watanabe.   

En 1970, sur les conseils d'Art Blakey, Suzuki s'installe à New York, l'épicentre mondial du jazz. Cette période américaine est décisive : il rejoint les légendaires Jazz Messengers de Blakey et collabore avec des géants tels que Thelonious Monk, Charles Mingus, Ella Fitzgerald, Wynton Kelly et Bobby Timmons. L'influence de Mingus, en particulier, se fera sentir dans son jeu, à la fois puissant et audacieux, où la contrebasse n'est plus seulement un instrument de soutien mais une voix soliste à part entière.   

L'Innovation Technique : Piccolo Bass et Cello Jazz

De retour au Japon en 1971, Suzuki entame sa phase de création la plus prolifique. Il fonde ses propres ensembles et commence à expérimenter avec des instruments hybrides pour étendre le registre de la basse. Il devient un pionnier du piccolo bass (une contrebasse accordée une octave plus haut) et du violoncelle jazz, lui permettant d'explorer des lignes mélodiques complexes avec une agilité inhabituelle pour un contrebassiste.   

Son approche est caractérisée par un mélange de hard bop vigoureux et de fusion expérimentale. Sur son album emblématique Self-Portrait (1980), Suzuki joue de plus de 20 instruments différents, démontrant une polyvalence rare. Son groupe "OMA SOUND" est devenu une pépinière pour les jeunes talents du jazz progressif japonais, Suzuki s'attachant à transmettre son savoir aux nouvelles générations jusqu'à ses derniers jours.   

Analyse de l'Équipement et Discographie

L'équipement de Suzuki était souvent adapté à ses besoins de soliste. Il utilisait des cordes à faible tension pour faciliter la vélocité et des microphones de contact haute fidélité pour capturer les nuances boisées de son instrument.

Année Album Notable Label Rôle / Instrument
1973 Blow Up Three Blind Mice Contrebasse, Violoncelle
1975 Orang-Utan Three Blind Mice Basse, Compositeur
1976 Black Orpheus Three Blind Mice Contrebasse (Trio)
1980 Self-Portrait Paddle Wheel Multi-instrumentiste
1986 Approach Art Union Basse, Piccolo Bass

Suzuki a reçu le prix Fumio Nanri en 2008, l'une des plus hautes distinctions du jazz au Japon. Il laisse derrière lui une discographie de plus de 50 albums qui continue d'influencer les musiciens de jazz fusion à travers le monde.   

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