Date de naissance : 30 Novembre 1932 - Lieu de naissance : Nashville, Tennessee, États-Unis - Genre : Country, Pop, Nashville Sound - Décès : 22 septembre 2021
Bob Moore est la fondation géologique sur laquelle repose une grande partie de la musique populaire américaine du milieu du XXe siècle. Né au cœur de la Grande Dépression, Moore a grandi dans une Amérique où la musique était souvent le seul échappatoire.
Dès l'âge de 15 ans, Moore quitte l'école pour rejoindre les "tent shows" (spectacles itinérants sous chapiteau), jouant de la contrebasse pour des groupes affiliés au Grand Ole Opry. À cette époque, le rôle du bassiste dans la musique country était souvent ingrat : il servait autant de percussionniste harmonique que de "comic relief" (ressort comique), s'habillant parfois de manière grotesque pour divertir le public rural. Moore, cependant, avait une vision plus noble de l'instrument.
Sa trajectoire change radicalement lorsqu'il intègre le cercle d'Owen Bradley, producteur visionnaire de Decca Records. Bradley, avec Chet Atkins, cherchait à moderniser la country music, à la débarrasser de son image "hillbilly" pour toucher un public urbain plus large. C'est la naissance du "Nashville Sound". Moore devient alors le bassiste résident de la célèbre "A-Team" de Nashville, un groupe de musiciens d'élite capables d'enregistrer trois ou quatre tubes en une seule séance de trois heures.
L'Homme aux 17 000 Sessions
Le chiffre donne le vertige : on estime que Bob Moore a participé à plus de 17 000 sessions d'enregistrement au cours de sa carrière. Cette omniprésence fait de lui le bassiste le plus enregistré de l'histoire de la musique country. Il ne s'agissait pas d'abattage industriel, mais d'une exigence de qualité. Les producteurs savaient qu'avec Moore, la fondation rythmique serait inébranlable dès la première prise.
Il a accompagné les plus grands :
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Elvis Presley : Sur des classiques comme "(You're the) Devil in Disguise" et "Are You Lonesome Tonight?".
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Patsy Cline : Ses lignes de basse sur "Crazy" et "I Fall to Pieces" sont des modèles de retenue et de soutien mélodique.
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Roy Orbison : Il ancre les structures dramatiques de "Crying" et "Running Scared".
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Roger Miller : L'introduction de basse emblématique de "King of the Road", c'est lui.
La Carrière Solo : L'Orchestre de Bob Moore
Fait rare pour un musicien de studio de l'époque, Bob Moore a connu un succès commercial sous son propre nom. En 1961, il enregistre l'album Mexico avec son orchestre. Le titre éponyme devient un succès international, atteignant la première place des charts en Allemagne pendant neuf semaines et se classant dans le Top 10 aux États-Unis. Ce morceau, mêlant sonorités mariachis et pop orchestrale, démontre que la basse (et son instrumentiste) pouvait tenir le devant de la scène.
L'apport technique le plus significatif de Bob Moore à l'histoire de la basse est sans doute sa maîtrise et son développement du son "Tic-Tac". Dans les années 50 et 60, la reproduction des basses fréquences sur les petits haut-parleurs des radios AM et des tourne-disques bon marché était problématique. Une contrebasse seule produisait un son rond et profond ("Boom") qui risquait de se perdre dans le mix ou de devenir boueux.
Pour remédier à cela, les producteurs de Nashville ont mis au point une technique de doublage :
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Le "Boom" : Bob Moore jouait la ligne de basse sur sa contrebasse acoustique, fournissant le corps, la chaleur et la note fondamentale.
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Le "Click" (Tic-Tac) : Un guitariste (souvent Harold Bradley ou Hank Garland) doublait exactement la même ligne, note pour note, sur une guitare basse à six cordes (souvent une Danelectro) ou une guitare baryton, en étouffant les cordes (palm mute) et en jouant au médiator.
Le mélange des deux créait un son composite unique : l'attaque percussive de la basse électrique et la résonance boisée de la contrebasse. Bob Moore était le maître de cet exercice de synchronisation parfaite. Sur "I Fall to Pieces" de Patsy Cline, cette symbiose est audible : la basse semble à la fois énorme et tranchante.
Contrairement aux bassistes de Bluegrass qui se limitaient souvent à la tonique et à la quinte (I-V), Moore intégrait des éléments de jazz et de swing dans ses lignes. Owen Bradley lui avait appris à visualiser "l'intérieur des accords". Cela se traduit par l'utilisation fréquente de notes de passage chromatiques (walking bass) pour relier les accords, créant une fluidité mélodique qui guidait le chanteur sans jamais l'encombrer. Sur des ballades comme celles de Jim Reeves, Moore utilisait l'archet ou laissait résonner les notes longues pour créer un tapis harmonique.
Bien qu'amoureux de la contrebasse, Moore a su s'adapter. Il commence à utiliser la basse électrique Fender vers la fin des années 50 pour certains morceaux nécessitant plus d'attaque, comme sur les sessions de Jerry Lee Lewis. Sur le tube "The Gambler" de Kenny Rogers (1978), c'est bien une basse électrique que l'on entend, jouée avec la même précision métronomique qui caractérisait son jeu acoustique.
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