Avant les cheveux crêpés, le rouge à lèvres et le spleen gothique, The Cure était un trio post-punk nerveux, tranchant comme une lame de rasoir. Ce son originel, sec et mélodique, reposait en grande partie sur les épaules de Michael Dempsey, né le 29 novembre 1958. Bassiste fondateur du groupe, il a imposé une vision de l'instrument qui continue d'influencer la scène indie-rock : la basse "Lead".
Réécoutez le premier album culte de 1979. Ce qui saute aux oreilles, c'est l'omniprésence de la basse. Robert Smith, encore à ses débuts, laissait volontairement des espaces béants dans ses compositions. C'est Dempsey qui les remplissait. Sur des hymnes comme "10:15 Saturday Night" ou "Fire in Cairo", il ne se contente pas de suivre la grosse caisse. Il tricote des lignes nerveuses, rapides, pleines de chromatismes et de contre-chants. Armé de sa Guild B-301 au look futuriste, il produisait un son riche en médiums, agressif, qui portait la mélodie bien plus souvent que la guitare. Il a même chanté (fait rare!) sur la reprise de "Foxy Lady" de l'album, prouvant son importance centrale dans le trio initial.
Pourquoi Dempsey a-t-il quitté le navire juste avant la gloire mondiale? Ironiquement, par intégrité musicale. Quand Robert Smith a voulu ralentir le tempo pour créer le son "Cold Wave" sombre de Seventeen Seconds, Dempsey a résisté. Il voulait du mouvement, de la dynamique, de la vie. Il trouvait les nouvelles démos trop statiques. Il est donc parti rejoindre The Associates, un groupe de pop baroque écossaise où il a pu laisser libre cours à son inventivité au milieu d'arrangements orchestraux luxuriants.
Souvent éclipsé par son successeur Simon Gallup, Michael Dempsey a enfin reçu les lauriers qu'il méritait lors de son intronisation au Rock and Roll Hall of Fame en 2019. Il reste pour l'histoire le bassiste qui a prouvé que dans le post-punk, la basse n'est pas un meuble : c'est le moteur et le volant.
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