Souvenir, Coleridge Goode, un siècle de jazz (1914–2015)

Publié le 29 novembre 2025 à 12:35

Imaginez un jeune étudiant en ingénierie quittant la Jamaïque des années 1930 pour l’Écosse, violon sous le bras, et finissant par devenir l'architecte sonore de la révolution jazz à Londres. C’est l’incroyable destin de Coleridge Goode, né un 29 novembre 1914. Géant par la taille et par le talent, il a traversé un siècle de musique (décédé à 100 ans en 2015!) en redéfinissant le rôle de la contrebasse, passant du swing de Django Reinhardt aux expérimentations audacieuses du Free Jazz. En ce jour anniversaire, gravebasse.com rend hommage à un pionnier absolu.

Coleridge Goode n'était pas un contrebassiste comme les autres. Sa formation d'ingénieur électrique l'a poussé à ne jamais accepter les limitations techniques de son instrument. Dans les années 40, fatigué de s'abîmer les doigts pour se faire entendre au milieu des cuivres rugissants, il collabore au développement des amplificateurs Supersound. Il est l'un des tout premiers en Europe à électrifier sa contrebasse. Le résultat? Un son plus riche, un sustain plus long, et surtout, la possibilité d'adopter un toucher plus léger. Là où ses contemporains devaient "frapper" la corde, Goode pouvait la caresser, libérant une vélocité et une nuance mélodique inédites pour l'époque.

Si vous ne devez écouter qu'une seule période de sa vie, plongez dans ses années avec le saxophoniste Joe Harriott (1958-1965). Ensemble, ils ont créé une voie européenne vers le Free Jazz. Sur des albums mythiques comme Abstract, Goode ne se contente pas de "marcher" (le fameux walking bass). Il dialogue. Il utilise l'espace, le silence, et sort son archet pour créer des textures qui répondent aux cris du saxophone. Il prouve que la basse peut être un instrument abstrait, peignant des paysages sonores plutôt que de simplement marquer les temps.

Dans les années 60, Goode devient la clé de voûte de l'expérience Indo-Jazz Fusions. Le défi? Marier le swing du jazz aux rythmes cycliques complexes de la musique indienne. Goode a su trouver le point d'équilibre parfait, ancrant les Ragas avec une solidité qui permettait au sitar et à la batterie de coexister. Écoutez le titre Acka Raga : c'est une leçon de groove transculturel.

Coleridge Goode est la preuve que la technique et l'âme ne sont pas incompatibles. Il a joué jusqu'à ses 90 ans avec une fraîcheur intacte. Son autobiographie, Bass Lines, est un témoignage essentiel. Il nous rappelle qu'être bassiste, c'est être le gardien de la fondation, mais aussi l'explorateur des fondations futures.

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