Souvenir, Dennis Irwin, le Son "Barnyard" (1951-2008)

Publié le 28 novembre 2025 à 13:53

En ce 28 novembre, nous allumons une bougie (et un ampli à lampes, doucement) pour honorer la mémoire de Dennis Irwin, né ce jour en 1951. Si le grand public ne connaît pas son visage, vos oreilles, elles, le connaissent intimement. Dennis Irwin n'était pas un bassiste qui cherchait la lumière des projecteurs ; il était celui qui s'assurait que la scène ne s'effondre pas sous les pieds des solistes.

De la Fanfare au Village Vanguard L'histoire de Dennis est celle d'une métamorphose. Imaginez un gamin de l'Alabama, soufflant dans une clarinette et frappant sur des timbales dans les fanfares de lycée. Ce n'est qu'à 19 ans, presque par accident, qu'il pose les mains sur une contrebasse à l'université. Peut-être est-ce cette découverte tardive qui lui a donné cette humilité caractéristique : il n'a jamais joué pour épater la galerie, mais toujours pour servir la musique.   

La Révolution des Cordes en Boyau Dans les années 80, alors que la mode était aux basses électriques ultra-rapides et aux sons "hifi", Dennis a fait un pas de côté audacieux. Il est revenu aux sources : les cordes en boyau (gut strings). Pourquoi ce choix? Dennis cherchait ce qu'il appelait son "son de basse-cour" (barnyard sound). Il voulait que sa contrebasse sonne comme du bois et de la peau, pas comme un câble électrique. Il expliquait que ce son, plus court et plus percussif, permettait à la batterie de "s'imbriquer" parfaitement avec la basse, créant un coussin rythmique moelleux et indestructible. C'était un son physique, qui demandait une force herculéenne dans les doigts, mais qui donnait au groupe une assise incomparable.   

Le Sideman Ultime Regardez son CV, c'est le panthéon du Jazz moderne :

  • Art Blakey & The Jazz Messengers : Il a tenu la boutique derrière le batteur le plus explosif de l'histoire. Si vous écoutez les enregistrements de 1977-1980, c'est Dennis qui maintient le navire à flot pendant les tempêtes de Blakey.   

  • Mel Lewis & The Vanguard Jazz Orchestra : Il fut le cœur battant des lundis soirs mythiques au Village Vanguard de New York.

  • Scofield & Lovano : Dans les années 90, sa complicité avec le batteur Bill Stewart a défini le son du quartet de John Scofield. Écoutez l'album Hand Jive : c'est une leçon de groove acoustique.   

Dennis nous a quittés en 2008, mais il laisse derrière lui une leçon essentielle pour nous tous, bassistes : le son vient d'abord des doigts, du cœur, et d'une écoute attentive des autres.

Ajouter un commentaire

Commentaires

Il n'y a pas encore de commentaire.