Mike Hall, la basse en solo

Publié le 25 juillet 2026 à 16:18

Dans le petit monde très masculin des bassistes qui ont fait de leur instrument un orchestre à eux seuls, Mike Hall occupe une place à part. Originaire de Madison, dans le New Jersey, ce musicien né le 23 octobre 1989 a mis une quinzaine d'années à passer du rôle de soutien rythmique au sein d'un groupe pop-rock à celui de soliste capable de réinterpréter seul, sur quatre ou cinq cordes, des morceaux aussi différents que Stairway to Heaven de Led Zeppelin, Clair de Lune de Debussy ou les thèmes de Final Fantasy VII. Entre harmoniques suspendues, tapping à deux mains et emprunts au flamenco, il a construit un langage instrumental reconnaissable entre tous, qui lui vaut aujourd'hui d'être cité aux côtés de Victor Wooten ou Michael Manring dans la presse spécialisée américaine.

Des origines classiques à la scoliose qui a tout changé

L'histoire de Mike Hall avec la musique commence loin de la basse électrique. Élevé dans une famille de musiciens à Madison, il débute le violoncelle à l'école primaire, un instrument dont il dira plus tard qu'il admirait déjà la richesse et la polyvalence. C'est une scoliose diagnostiquée dans l'enfance qui va bouleverser sa trajectoire : sa mauvaise posture au violoncelle finit par lasser son professeur d'orchestre, qui le réoriente au collège vers la contrebasse, jugée plus confortable pour son dos. Hall gardera longtemps un ton amusé pour raconter cet épisode, y voyant a posteriori le prétexte parfait pour son enseignante de ne plus avoir à corriger son maintien. Il conservera pourtant la contrebasse jusqu'à la fin du lycée, diplômé de Madison High School en 2008, avant de basculer définitivement vers la basse électrique en entrant à l'université.

Running Late : les années de scène aux côtés des grands noms

C'est à la Centenary University, où il double-diplôme en science politique et justice pénale, que Mike Hall cofonde et prend en main la direction du groupe pop-rock Running Late, en 2010. Pendant près d'une décennie, il en est à la fois le bassiste et le manager, une double casquette qui le familiarise très tôt avec les rouages économiques du métier : programmation de salles, négociation avec les label managers, structuration d'une tournée. Running Late signe avec le label indépendant Canadian-American Records et sillonne la côte Est des États-Unis, partageant l'affiche avec une liste impressionnante d'artistes venus du grand circuit des labels majors, parmi lesquels 3 Doors Down, Plain White T's, Lifehouse, Joan Jett and the Blackhearts, Collective Soul, MGMT, America, Creedence Clearwater Revisited, Third Eye Blind, Gin Blossoms, Hot Chelle Rae, Vertical Horizon, Blondie, Sugar Ray, Neon Trees, Blues Traveler, Smash Mouth, The Wallflowers, Howie Day, Eve 6, Switchfoot ou encore Everclear. Un des souvenirs qu'il cite volontiers comme fondateur reste son tout premier grand concert, au Starland Ballroom de Sayreville, où la tension avait été telle qu'il avait crispé son avant-bras gauche sur le manche de sa basse au point d'en garder une raideur pendant près d'une semaine : c'est ce soir-là, dit-il, qu'il a su que la musique serait sa vie.

Diplômé pré-droit, Hall envisage un temps une carrière d'avocat, avant de renoncer à la faculté de droit pour se consacrer pleinement à la tournée. Quelques années plus tard, il reprend pourtant le chemin des études, cette fois à la Fairleigh Dickinson University, où il obtient en 2019 un MBA en marketing avec une spécialisation en comportement du consommateur. C'est peu après, alors que le groupe touche à sa fin avec l'arrivée de la pandémie, qu'il choisit de quitter Running Late pour se réinventer en soliste.

La bascule vers le solo : naissance de « Mike Hall Bass »

Le confinement du printemps 2020 agit comme un déclencheur. Mike Hall raconte avoir longtemps rêvé de se lancer en solo, nourri par l'écoute assidue de bassistes virtuoses comme Victor Wooten, Michael Manring ou Zander Zon, sans jamais trouver le temps ni la méthode pour concrétiser ce projet tant qu'il était accaparé par la gestion de son groupe. Confiné chez lui, il apprend en autodidacte, jour après jour, les bases de la production audio et vidéo, avec cette idée en tête de pouvoir enfin composer sans contrainte extérieure. Il enregistre alors, seul, dans son appartement, sur un MacBook Pro équipé d'une interface Focusrite Scarlett et du logiciel Logic Pro X, les arrangements qui deviendront son premier EP solo, The Next Step, publié en janvier 2021 sous le nom de scène Mike Hall Bass.

L'EP, trois titres qui revisitent notamment des morceaux de Guns N' Roses et de Michael Jackson, est salué par la presse spécialisée : Bass Magazine loue « une balance magistralement construite entre agressivité contrôlée et simplicité de bon goût », tandis que Jon Liebman, du site For Bass Players Only, y voit des reprises « d'une originalité saisissante ». Dans la foulée, ses vidéos de reprises solo commencent à circuler largement sur les réseaux sociaux : sa version de Fireflies d'Owl City approche les soixante mille vues sur Facebook, et l'ensemble de son contenu cumule plusieurs centaines de milliers de vues en quelques mois seulement.

Un style bâti sur les tunings alternatifs et les harmoniques

Ce qui distingue la musique de Mike Hall tient moins à un seul truc technique qu'à une méthode de composition qu'il a affinée reprise après reprise. Chaque arrangement démarre par la recherche d'un accordage permettant de jouer la note la plus grave du morceau sur corde à vide, condition selon lui indispensable pour restituer les basses fréquences sans effort excessif ; pour sa reprise de Californication des Red Hot Chili Peppers, en si mineur, il descend ainsi sa corde de mi jusqu'au si, avant de retenir un accordage final en si, si, mi, la, du grave à l'aigu. Une fois cette base posée, il construit ses arrangements autour d'une note de bourdon, tenue en corde à vide ou en harmonique d'octave grave, sur laquelle il superpose la mélodie jouée en harmoniques et en registre aigu.

Vient ensuite l'habillage technique : des notes fantômes jouées en triolets étouffés pour créer de la respiration rythmique, du tapping à deux mains pour interpréter simultanément la ligne de basse et la mélodie, et des passages de slap, de pop et de grattage façon flamenco pour construire les montées en intensité, en particulier avant les refrains. Il n'est pas rare que Hall modifie l'accordage d'une ou plusieurs cordes en plein morceau, pendant un pont par exemple, afin de suivre un changement de tonalité de l'original, une gymnastique qu'il exécute en quelques secondes en laissant sonner des harmoniques aiguës pour masquer la manipulation. L'ensemble est enrobé d'un chorus, d'une reverb et d'un delay appliqués avec parcimonie, qui donnent à ses arrangements cette couleur éthérée et mélancolique souvent relevée par les critiques, et que renforcent ses cordes piccolo.

Le matériel : de Schecter à Skjold Design Guitars

Au tout début de sa carrière solo, Mike Hall joue sur trois instruments aux usages bien distincts : une Schecter Stargazer montée en cordes piccolo D'Addario, qu'il réserve aux arrangements rapides nécessitant une grande clarté dans les harmoniques ; une basse acoustique Ibanez, alternée entre cordes piccolo et cordes traditionnelles, idéale selon lui pour les morceaux mélodiques ou les passages inspirés du flamenco ; et une Ernie Ball Music Man StingRay, réservée aux couleurs plus rock et funk. Côté amplification, son rig scénique repose sur un préampli Hartke, une baffle Ampeg, des câbles Boss, une pédale de reverb et delay Strymon BigSky devenue un pilier indispensable de ses concerts, et un accordeur Polytuner.

En 2021, sa présence grandissante sur Instagram attire l'attention de Pete Skjold, luthier réputé de Skjold Design Guitars, basse artisanale haut de gamme fabriquée dans l'Ohio. Après plusieurs échanges, Hall devient artiste endossé par la marque, rejoignant un roster où figurent des bassistes comme Damian Erskine, David Dyson, Dezron Douglas, Jon von Boehm, Alex Ryan ou Bill Bodily. Il joue aujourd'hui principalement sur des modèles Skjold, dont un Drakkar Cathedral qu'il a présenté en détail dans une vidéo de démonstration pour la marque. Interrogé sur cet instrument, il le décrit en une formule reprise depuis sur le site du luthier : une basse Skjold parvient selon lui à combiner timbre, étendue, jouabilité et polyvalence sans le moindre compromis, un instrument d'une classe à part.

Collaborations et vie de scène après Running Late

Si son identité publique s'est largement construite autour du solo, Mike Hall n'a jamais totalement quitté le jeu collectif. Il reste impliqué dans divers « sit-ins » avec d'autres musiciens et participe à un projet de reprises baptisé Governor Radio, qui réunit d'anciens membres de son entourage musical, dont son frère et Noah Giglio, ancien chanteur et guitariste de Running Late. En parallèle de sa carrière artistique, il exerce également une activité de consultant marketing indépendant auprès d'autres musiciens, mettant à profit son MBA pour aider ses pairs à structurer leur communication et leur stratégie de développement, un pan de son parcours qu'il évoque volontiers comme le prolongement naturel de ses années passées à gérer Running Late.

Une discographie de reprises devenue catalogue

Depuis The Next Step, Mike Hall a construit, single après single, un catalogue de reprises solo qui traverse les genres avec une belle liberté : après Fireflies d'Owl City, You'll Be in My Heart de Phil Collins, Californication des Red Hot Chili Peppers et Heartless de The Weeknd en 2021, il enchaîne avec Everlong de Foo Fighters la même année, puis Clair de Lune de Debussy, Playing God de Polyphia, My Immortal d'Evanescence et Carol of the Bells en 2022. Suivent Stairway to Heaven de Led Zeppelin et Fade to Black de Metallica en 2023, avant une incursion plus prononcée du côté du jeu vidéo en 2024 et 2025 avec Simple and Clean (Kingdom Hearts), Through the Fire and Flames (DragonForce), Toxicity (System of a Down), puis Zelda's Lullaby et Tifa's Theme, et enfin Aerith's Theme, extrait de Final Fantasy VII, sorti en 2025. C'est justement sa reprise de Stairway to Heaven qui lui offre son premier véritable succès viral, avec plus de 1,1 million de vues sur le seul réseau Facebook et plusieurs centaines de milliers de vues additionnelles à travers les republications sur les autres plateformes, un chiffre qu'il qualifie encore aujourd'hui de confirmation que sa musique peut toucher un public de masse.

Une reconnaissance qui dépasse le cercle des bassistes

La trajectoire de Mike Hall a fini par intéresser des titres bien au-delà de la presse spécialisée en guitare basse. Bass Musician Magazine, Bass Magazine et Music Connection lui ont chacun consacré un article ou un entretien, tout comme Music Mecca à Nashville ou For Bass Players Only. The Aquarian Weekly, référence de la scène musicale du New Jersey, lui a dédié un portrait intitulé « All About That Bass », tandis que le magazine de mode et de culture Flaunt l'a présenté comme « le pionnier moderne de la basse en solo ». The Source Magazine a salué sa reprise de Heartless, et Deitra Magazine lui a offert en 2024 un long entretien où il revient sur son parcours et sa méthode de composition sous le titre « Expression Without Consequence ». Il dispose depuis 2021 d'une page Wikipédia qui retrace sa carrière et sa discographie, alimentée notamment par des articles de Keyline Magazine et de la presse locale du New Jersey.

Actualités récentes

Le début de l'année 2025 marque une nouvelle étape dans la reconnaissance de Mike Hall à l'échelle de son État natal : NJ.com lui consacre un portrait qui le présente comme une « sensation virale du New Jersey » bien décidée à imposer la basse solo comme instrument à part entière sur le devant de la scène. Cette période coïncide avec la sortie de sa série de reprises tirées de Final Fantasy VII, Zelda's Lullaby, Tifa's Theme puis Aerith's Theme, qui confirment son goût assumé pour les musiques de jeu vidéo comme terrain de jeu harmonique. Il reste actif sur Instagram, YouTube, Facebook et TikTok sous le pseudonyme mikehall.bass, où il continue de publier régulièrement de nouvelles reprises et des extraits de son travail en studio, et propose à ses abonnés les plus fidèles, via sa page Patreon, un accès à des MP3, des tablatures et un aperçu de son processus créatif. Toujours artiste endossé par Skjold Design Guitars, il poursuit en parallèle sa collaboration avec la marque, entre vidéos de démonstration et apparitions sur son site, tout en évoquant régulièrement son envie de remonter davantage sur scène, seul ou aux côtés d'autres musiciens partageant sa même exigence artistique.

Sources : mikehallbass.com, mikehallbass.bandcamp.com, Wikipédia (en), Skjold Design Guitars, Music Connection, Music Mecca, For Bass Players Only, Flaunt Magazine, Deitra Magazine, Mastertemps Bass Blog, NJ.com (janvier 2025).

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