Jennifer Finch (1966-2026) : la bassiste de L7 s'en est allée

Publié le 20 juillet 2026 à 14:19

Jennifer Precious Finch, bassiste, chanteuse, autrice-compositrice, photographe et figure emblématique de la scène punk de Los Angeles, est décédée le 18 juillet 2026, à l'âge de 59 ans, des suites d'un cancer du cerveau agressif. Membre fondatrice de l'un des line-up les plus marquants du groupe L7, elle aura traversé quatre décennies de musique, d'art et d'activisme, laissant une empreinte indélébile sur le rock alternatif et le grunge des années 1990.

Jeunesse et formation à Los Angeles

Jennifer Finch naît le 5 août 1966 à Los Angeles et grandit dans le quartier de West Los Angeles. Adoptée en 1967 par Robert Edward Finch, ingénieur en aéronautique, et son épouse Sandra Jacobson, elle voit ses parents adoptifs divorcer en 1974. C'est son père, photographe amateur à ses heures, qui lui offre son premier appareil photo alors qu'elle n'a que 13 ans — un geste qu'elle décrira plus tard comme déterminant pour toute sa vie créative.

Dès son plus jeune âge, elle photographie ses amis dans le Los Angeles underground, documentant sans le savoir la naissance de la scène punk locale avant même de rejoindre L7. Cette collection, intitulée 14 and Shooting, comprend des clichés de groupes aujourd'hui légendaires comme Red Hot Chili Peppers, Bad Religion, Red Kross ou encore The Cramps. Exposée en 2006 à la galerie Aidan Ryley Taylor de Hollywood sous l'égide de LA Weekly, cette œuvre photographique voyagera jusqu'au Rock and Roll Hall of Fame en janvier 2007.

En 1980, elle suit un stage d'art d'été à l'Otis Parsons (aujourd'hui Otis College of Art and Design). Elle commence également la guitare à 11 ans avant de se tourner définitivement vers la basse.

Les débuts musicaux : Sugar Babydoll et la scène de San Francisco

Avant L7, Finch s'installe à San Francisco où elle intègre, entre 1984 et 1986, le groupe Sugar Babydoll (parfois orthographié Sugar Baby Doll ou Sugar Babylon). La formation réunit alors trois futures figures majeures du rock alternatif : Jennifer Finch elle-même, Courtney Love — qui fondera plus tard Hole — et Kat Bjelland, future fondatrice de Babes in Toyland. Ce line-up explosif ne laissera derrière lui qu'une maquette, restée inédite à ce jour.

Finch joue ensuite brièvement dans The Pandoras, groupe hollywoodien de courte durée fondé par la bassiste Gwynne Kahn, avant de trouver sa véritable famille musicale.

L'ère L7 (1986-1996) : la consécration

En 1986, Jennifer Finch rejoint le groupe de punk rock L7, formé un an plus tôt à Los Angeles par Donita Sparks et Suzi Gardner. Dans le documentaire L7: Pretend We're Dead, sa comparse Donita Sparks se souvient d'une musicienne « persistante », dont l'énergie scénique et le sens du réseau ont donné une impulsion décisive au groupe. Un profil de 2017 dans Rolling Stone la décrira comme « une bassiste indisciplinée et sans formation qui apportait une verve instantanée à leurs prestations live ».

Finch reste au sein de L7 pendant toute la période la plus faste du groupe, contribuant à quatre albums fondateurs :

  • L7 (1988), l'album éponyme qui lance le groupe
  • Smell the Magic (1990)
  • Bricks Are Heavy (1992), produit par Butch Vig (Nirvana, Garbage), disque pivot qui installe L7 au croisement du punk, du metal et du grunge, porté par des titres comme « Shove » et « Pretend We're Dead »
  • Hungry for Stink (1994)

Autrice-compositrice à part entière, elle signe seule plusieurs morceaux du répertoire du groupe, dont « (Right On) Thru », « Everglade », « One More Thing » et « Shirley ».

En 1994, elle collabore avec sa comparse batteuse Dee Plakas aux côtés du musicien japonais hide (X Japan), apparaissant notamment dans le clip original de son titre « Doubt ». La même année, à la suite de la mort par overdose de Kristen Pfaff, bassiste originelle de Hole, Finch apparaît dans le clip d'un titre de l'album Live Through This du groupe de Courtney Love — la boucle se referme avec son ancienne camarade de Sugar Babydoll.

En 1995, après le décès de son père, elle adopte le second prénom « Precious » en hommage à lui — nom qu'elle conservera professionnellement jusqu'à la fin de sa vie (Jennifer Precious Finch).

Finch quitte officiellement L7 en 1996, à 30 ans. Elle expliquera son départ par un faisceau de raisons : des difficultés de santé et financières, le deuil de son père, la mort du roadie et ami du groupe surnommé Umbar, et sa sobriété nouvellement acquise, alors qu'elle peinait à répondre aux attentes pesant sur elle. « Quand on est jeune, il y a tellement de pression sur tout », confiera-t-elle à Rolling Stone. « Je sais que j'ai craqué sous cette pression précise — celle de ne pas réussir à être tout ce qu'on attendait de moi. »

Une carrière multiple : musique, cinéma, photographie

Loin de s'arrêter après L7, Jennifer Finch multiplie les projets créatifs pendant près de vingt ans.

OtherStarPeople. Avec Xander Smith, elle fonde le groupe OtherStarPeople, pour lequel elle écrit et chante. Leur premier album, Diamonds in the Belly of the Dog, sort en août 1999 chez A&M Records/Interscope. Le critique Joshua Clover, dans le magazine Spin, salue un disque apportant « moins de lourdeur et plus d'étrangeté que l'ancienne bande de Finch — à la fois typiquement L.A. et sale comme le punk ».

Betty Blowtorch. Elle est associée au groupe Betty Blowtorch et apparaît dans le documentaire Betty Blowtorch and Her Amazing True Life Adventures (2003).

The Shocker. En 2002, elle fonde à Los Angeles le groupe punk The Shocker, dont elle est l'autrice-compositrice principale et la chanteuse. Le groupe se produit sur le Warped Tour en 2003 et 2005, publie l'EP Up Your Ass Tray en 2003 (Oglio Records) puis un album complet du même nom en 2006 chez Go-Kart Records.

Sex in Progress. En janvier 2011, elle cofonde ce nouveau projet avec Evie Evil, du groupe Evil Beaver.

Little Pusher Records. Finch lance son propre label indépendant, à travers lequel elle produit notamment Brats on the Beat, un album hommage aux Ramones dans des versions adaptées aux enfants, réunissant de nombreux musiciens punk, au profit du St. Jude Children's Research Hospital.

Cinéma et télévision. Sa filmographie comprend une apparition dans The Census Taker (1984) et un rôle marquant dans Serial Mom (1994) de John Waters, où elle incarne un membre du groupe fictif The Camel Lips aux côtés de Suzanne Somers. Elle apparaît également dans ses propres rôles dans le documentaire Punk's Not Dead (2007). Sa musique est utilisée dans le film culte Office Space (1999) et dans la série Degrassi: The Next Generation (2008).

Photographie. Sa pratique photographique se poursuit en parallèle de la musique, avec une reconnaissance qui culminera par l'exposition de ses clichés au Rock and Roll Hall of Fame.

Sur le plan personnel, Finch a été en couple, au début des années 1990, avec Dave Grohl (Nirvana, futur Foo Fighters) puis avec Billy Corgan (The Smashing Pumpkins). Elle épouse l'acteur, musicien et pilote automobile Chris Pedersen en 2000 ; le couple divorce en 2007. Elle vivait à Culver City, en Californie.

En 2011, elle est diagnostiquée d'un cancer de la thyroïde, dont elle se remettra.

Le retour de L7 (2014-2026)

En 2014, L7 se reforme avec sa formation classique : Jennifer Finch, Suzi Gardner, Donita Sparks et Dee Plakas. Le groupe repart en tournée intensivement et publie de nouveaux singles en 2017 et 2018. Cette même année 2016 sort le documentaire L7: Pretend We're Dead, réalisé par Sarah Price, retraçant l'histoire du groupe à travers des interviews et des images d'archives ; Finch y livre des réflexions personnelles marquantes sur l'ascension et les difficultés du groupe. Le film sera nommé aux NME Awards dans la catégorie meilleur film musical.

Le 3 mai 2019, L7 publie Scatter the Rats chez Blackheart Records, premier album studio du groupe en vingt ans, accueilli favorablement par la critique. Finch y signe le titre « Garbage Truck ». Le groupe entame ensuite une tournée nationale de six semaines à partir du 10 mai 2019.

Le diagnostic, la mobilisation et la disparition

Début juillet 2026, Jennifer Finch annonce publiquement suivre un traitement après avoir été diagnostiquée d'une forme agressive de cancer du cerveau. Ce qui semblait initialement pouvoir être traité par radiothérapie se complique rapidement : plusieurs interventions chirurgicales sont nécessaires, la laissant avec de sévères limitations physiques et un besoin de soins médicaux intensifs, de rééducation et d'assistance à domicile.

Une cagnotte GoFundMe est lancée par ses proches et sa famille pour financer ses soins, sa convalescence, ainsi que la constitution d'une archive de son travail et l'achèvement d'un projet créatif d'envergure dont la sortie était prévue pour l'année suivante. La cagnotte dépasse rapidement son objectif de 350 000 dollars, recevant des contributions de musiciens de Green Day, Pearl Jam et Tool, entre autres, témoignage de l'estime dans laquelle elle était tenue par ses pairs.

Le 13 juillet 2026, L7 annonce que Finch ne pourra pas participer à la tournée d'adieu du groupe, Last Hurrah Tour, dont le volet américain devait débuter en octobre. Elle demande alors elle-même à ses camarades de poursuivre la tournée comme prévu, malgré son absence.

Jennifer Finch meurt le samedi 18 juillet 2026, à l'âge de 59 ans, au terme de ce qui est décrit comme un long et courageux combat contre la maladie.

L7 annonce la nouvelle sur Instagram : « C'est le cœur lourd que nous annonçons que notre bien-aimée camarade de groupe, amie et complice de toujours, Jennifer Finch, nous a quittés. Elle a mené un long et courageux combat contre un cancer du cerveau et était aimée par de nombreux amis merveilleux, pairs musicaux et fans du monde entier. Nous t'aimons, Jennifer. »

Un communiqué plus détaillé, diffusé par l'intermédiaire de leur attachée de presse, ajoute : « Nous sommes anéantis par la perte de notre bien-aimée camarade de groupe, sœur et amie Jennifer Finch, dont l'esprit farouche, l'humour et la créativité sans limites ont façonné L7 et changé nos vies à jamais. Jennifer était une véritable original qui a vécu entièrement selon ses propres termes, et l'impact qu'elle a eu sur la musique, l'art et tous ceux qui ont eu la chance de la connaître ne peut être mesuré. Nous l'aimons au-delà des mots et la porterons toujours avec nous. Repose en paix, chère amie. » Le communiqué, signé « With Love, L7 », salue également « l'extraordinaire élan d'amour et de soutien » reçu par Finch et ceux qui s'occupaient d'elle durant sa maladie.

Héritage

Pilier de la formation classique de L7 aux côtés de Donita Sparks, Suzi Gardner et Dee Plakas, Jennifer Finch a contribué à définir la place du groupe au carrefour du punk, du metal, du grunge et du rock alternatif — un son distordu, mordant et politiquement engagé, porté par un humour féroce. Sa basse, décrite comme « brute, mélodique et taillée pour l'impact maximal », a marqué des titres devenus des classiques du rock alternatif des années 1990 comme « Pretend We're Dead », « Shove », « Andres » ou « Fuel My Fire ».

Au-delà de la scène, Finch aura mené une vie créative protéiforme — photographe, réalisatrice occasionnelle, actrice, productrice, fondatrice de label — incarnant jusqu'au bout un esprit punk résolument indépendant et autodéterminé. Sa disparition, survenue quelques mois seulement avant la tournée d'adieu que L7 s'apprêtait à mener sans elle, laisse un vide immense dans la scène punk et grunge de Los Angeles qu'elle a contribué à documenter, en photos comme en musique, dès l'adolescence.

Jennifer Finch laisse derrière elle une discographie fondatrice, un héritage visuel unique à travers ses photographies, et le souvenir d'une musicienne qui, selon les mots de son groupe, a « vécu entièrement selon ses propres termes ».


Sources : Rolling Stone, Billboard, Variety, Wikipedia (Jennifer Finch), Paste Magazine, Stereogum.

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