Robert Matheson : le contrebassiste qui fait dialoguer bois et électronique

Publié le 19 juillet 2026 à 19:39
Robert Matheson gravebasse photo Dona Conversano DR

Dans le paysage de la contrebasse contemporaine, peu d'artistes ont poussé aussi loin que Robert Matheson la fusion entre l'instrument acoustique et les technologies numériques. Contrebassiste, compositeur et technologue basé à Saint George, dans l'Utah, Matheson a bâti une carrière à la croisée du classique, du jazz et de la musique électro-acoustique, tout en menant en parallèle une activité pédagogique reconnue à l'Utah Tech University (anciennement Dixie State University).

De la Californie à l'Arizona

Le parcours musical de Robert Matheson s'est construit dans plusieurs institutions américaines réputées pour leurs départements de contrebasse. Il étudie d'abord avec Barry Green à l'Université de Californie à Santa Cruz, puis avec le Dr David Young à la California State University de Long Beach. Il complète ensuite sa formation par un Doctorate of Musical Arts (DMA) en performance de contrebasse à l'University of Arizona, où il travaille l'instrument auprès de Patrick Neher — compositeur et pédagogue bien connu du répertoire contrebassistique — et se forme à la musique technologique aux côtés des professeurs Norman Weinberg et Craig Walsh. C'est durant ces années en Arizona que Matheson commence à se faire connaître : dès 2007, il apparaît comme « bassiste d'Arizona » dans un épisode du podcast Contrabass Conversations, aux côtés du pédagogue Peter Tambroni.

Une carrière académique à Saint George

Depuis le milieu des années 2000, Robert Matheson enseigne à Dixie State University, devenue Utah Tech University en 2022. Il y occupe aujourd'hui le poste de professeur associé (Associate Professor) et y enseigne la contrebasse et la basse électrique en cours individuels, la technologie musicale, la musique populaire et la musicologie. Il y dirige également le DEAP Ensemble (Digital Electro-Acoustic Performance Ensemble), un cadre qui prolonge naturellement ses propres recherches sur l'interaction entre instruments acoustiques et outils numériques. Matheson est aussi à l'origine de l'UT Bass Day, une journée annuelle dédiée à la contrebasse organisée sur le campus de l'université, à l'Eccles Fine Art Center de Saint George.

Sa vie s'organise entre l'enseignement et la scène : il joue notamment au sein de l'orchestre du Tuacahn Center for the Arts, un théâtre en plein air réputé du sud de l'Utah. Selon le blog spécialisé Jason Heath's Double Bass Blog, Matheson vit à Saint George avec son épouse et leurs trois enfants.

L'invention d'une contrebasse MIDI

Ce qui distingue le plus nettement Robert Matheson dans le monde de la contrebasse, c'est son travail sur l'instrument lui-même. Cherchant une interaction plus fluide entre le son acoustique et l'électronique, il a conçu et construit sa propre contrebasse MIDI, équipée d'un capteur polyphonique personnalisé intégré au chevalet. Ce dispositif lui permet de contrôler en temps réel des effets électroniques à partir de gestes instrumentaux — glissandi, frappes sur les cordes, etc. — tout en conservant intacte la sonorité acoustique naturelle de l'instrument. Ce système, qu'il a développé et perfectionné au fil de ses performances solo, est au cœur de son identité artistique : un dialogue permanent entre lutherie traditionnelle et lutherie numérique, plutôt qu'une simple superposition de pistes préenregistrées.

Ses concerts solo, mêlant contrebasse acoustique et dispositifs électro-acoustiques interactifs, l'ont mené à travers les États-Unis et en Europe, en plus de ses activités avec plusieurs ensembles : l'Ironwood Duo, Portable Masterpieces, le Tucson Chamber Orchestra ou encore le Rebel Jazz Band.

Discographie

Le catalogue de Robert Matheson, disponible sur sa page Bandcamp (robertmatheson.bandcamp.com), reflète la diversité de ses activités, entre créations électro-acoustiques solo, collaborations en duo et travail sur le répertoire patrimonial de la contrebasse.

Ironwood Duo (avec Michael Lich, sorti le 6 novembre 2014) — Ce disque de treize morceaux documente le travail du duo formé avec le guitariste et compositeur Michael Lich. Présentés comme des « interprètes et compositeurs reconnus internationalement », les deux musiciens y traversent un répertoire allant des préludes pour clavecin de Bach au bebop de Thelonious Monk, en passant par des compositions originales teintées de funk et de bluegrass (« Funk #1 – Little Green Alien », « Suite Espagnole », « Box Canyon »…).

Day's End (sorti le 6 novembre 2014) — L'album solo le plus marquant de Matheson est né d'un projet d'improvisation mené quotidiennement entre septembre et octobre 2013 : chaque jour de semaine, il enregistrait une improvisation en direct — sans montage ni surdub, à l'aide des logiciels Reason, Sooperlooper et Ableton Live — puis la publiait sur son site. Les neuf premières pistes de l'album sont issues de ce projet ; les trois dernières, réunies sous le titre « Zion Landscapes », s'inspirent du Zion National Park. Le morceau « Duet » fait intervenir le percussionniste Glenn Webb, collègue de Matheson à Dixie State University. Dans sa critique d'octobre 2015, le site Textura a salué l'ampleur expressive du disque, de l'énergie brute de « Day One » à l'intimité de « Weeping Rock », en passant par « Charlie », possible hommage à Charlie Haden. En 2015, Matheson avait lancé une campagne de financement participatif sur Kickstarter (« Help bring electro-acoustic double bass music to new spaces ») afin de pouvoir emmener ce répertoire électro-acoustique en tournée ; la campagne avait récolté 4 045 dollars auprès de 36 donateurs, dépassant son objectif de 3 550 dollars.

Theodor Albin Findeisen : Works for Double Bass (sorti le 19 avril 2022) — Cet album de six pistes est consacré au compositeur allemand Theodor Albin Findeisen et rassemble sa Romantische Suite en quatre mouvements, ainsi que ses pièces Elegie et Nixenreigen. Le projet prolonge un travail éditorial entamé une décennie plus tôt par Matheson : en 2012, il avait déjà édité la partition de Nixenreigen — une fantaisie pour contrebasse et piano — pour la maison spécialisée ISG Publications, qui la décrit comme le voyage d'un contrebassiste croisant des fées dans les bois sur le chemin du retour.

Discarded Garden (sorti le 16 décembre 2023) — Une œuvre en quatre parties (« Discarded Garden I » à « IV »), dans la veine solo électro-acoustique qui caractérise ses créations les plus personnelles.

Desert Duologue (sous le nom de MY Duo, sorti le 12 juin 2025) — Ce disque de onze pistes explore le répertoire pour violoncelle et contrebasse, réunissant des pages de Jules Massenet, Léo Delibes, Alfred Schnittke, Libby Larsen, Domenico Dragonetti et du compositeur russe contemporain Mikhaïl Ossokine, ainsi qu'une pièce intitulée « For Michele », signée par son ancien professeur Patrick Neher.

Un artiste-pédagogue entre tradition et innovation

Ce qui frappe dans le parcours de Robert Matheson, c'est la cohérence entre ses différentes casquettes : interprète classique capable d'aborder Bottesini, Dragonetti ou Findeisen avec la même rigueur que le grand répertoire romantique pour contrebasse, improvisateur électro-acoustique construisant ses propres outils de lutherie numérique, et pédagogue engagé dans la transmission via l'UT Bass Day et le DEAP Ensemble. Cette triple identité fait de lui une figure singulière de la contrebasse américaine contemporaine — un musicien pour qui l'instrument séculaire et la technologie la plus récente ne sont jamais en concurrence, mais en conversation.


Sources : page Bandcamp de Robert Matheson, fiche du Music Department de l'Utah Tech University, fiche Castle Rock Music Camp (Utah Tech), Jason Heath's Double Bass Blog, critique de Day's End sur Textura, page ISG Publications, campagne Kickstarter de Day's End, Contrabass Conversations, fiche All About Jazz.

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