Dominic Lash, contrebassiste et théoricien

Publié le 17 juillet 2026 à 06:59

Contrebassiste, guitariste, improvisateur, compositeur et, plus discrètement, théoricien du cinéma, l'Anglais Dominic Lash est depuis le milieu des années 2000 l'une des figures les plus actives et les plus respectées de la scène improvisée britannique. Passé par Oxford, New York, Bristol puis Cambridge, il a construit au fil de plus de deux décennies un réseau de collaborations impressionnant, du Convergence Quartet à Pat Thomas, en passant par John Butcher, Alexander Hawkins ou Alex Ward, tout en développant en parallèle une œuvre de musicologue et une carrière universitaire consacrée au cinéma.

Né le 18 janvier 1980 à Cambridge, Dominic Lash grandit dans une famille où l'exigence intellectuelle occupe une place centrale : il est le fils unique du théologien Nicholas Lash, professeur à Cambridge, et de Janet Lash, ce qui fait de lui, par ailleurs, le cousin germain des acteurs Ralph Fiennes et Joseph Fiennes ainsi que de la réalisatrice Sophie Fiennes. Sa formation musicale commence pourtant loin des cercles académiques : il se met à la basse électrique dès 1994, étudiant avec Hugh Boyd et Pascha Milner, puis se perfectionne à Londres auprès de Rob Burns et Terry Gregory, à la Basstech.

Le basculement vers la contrebasse survient en 2001. Lash se décrit volontiers comme autodidacte sur l'instrument, tout en reconnaissant une dette particulière envers le contrebassiste et compositeur Simon H. Fell, dont l'influence sur toute une génération de bassistes improvisateurs britanniques reste considérable. En parallèle de cet apprentissage instrumental, Lash suit un cursus universitaire solide : une maîtrise (MA) de composition à Oxford Brookes University en 2003, sous la direction de Paul Whitty et Ray Lee, puis un doctorat à la Brunel University, encadré par les compositeurs Richard Barrett et John Croft. Cette double culture — pratique instrumentale issue de l'improvisation libre et formation savante à la composition — irriguera durablement son travail, qui refuse toute frontière étanche entre jazz, musique improvisée et musique contemporaine écrite.

Un pilier de la scène d'Oxford

Pendant près d'une décennie, Dominic Lash s'installe à Oxford et devient l'une des chevilles ouvrières du collectif Oxford Improvisers, plaque tournante locale de la musique improvisée britannique. C'est dans ce terreau qu'il tisse la plupart de ses collaborations les plus durables : le pianiste Alexander Hawkins, la violoniste Angharad Davies, le violoncelliste Bruno Guastalla, le violoniste Philipp Wachsmann, le clarinettiste et guitariste Alex Ward, le guitariste Tim Hill ou encore la musicienne Samantha Rebello. C'est également à cette époque qu'il commence à croiser la route de figures majeures de l'improvisation britannique et internationale, parmi lesquelles les saxophonistes John Butcher et Evan Parker, le batteur Steve Noble, le guitariste John Russell ou le violoniste et cinéaste expérimental américain Tony Conrad, avec lequel il aura l'occasion de se produire.

C'est également au cours de cette période oxonienne que naît, en 2006, le projet qui fera connaître Lash au-delà des frontières britanniques : le Convergence Quartet. Formé à l'initiative d'Alexander Hawkins et de Dominic Lash, qui font appel au batteur canadien Harris Eisenstadt — que Lash connaissait déjà — puis invitent le cornettiste américain Taylor Ho Bynum, le groupe se présente comme une sorte de « super-groupe » transatlantique, où les quatre musiciens contribuent tous à l'écriture. Le quartet publie plusieurs albums marquants, de Live in Oxford (FMR, 2007) à Song/Dance (2009), Slow and Steady (NoBusiness, 2013) et Owl Jacket (NoBusiness, 2015), qui installent durablement la réputation de Lash comme l'un des contrebassistes les plus subtils de sa génération, capable, selon la formule consacrée à son propos, de « démarrer un morceau sur une marche alerte pour finir par explorer les possibilités d'un drone grinçant ».

Braxton, Pat Thomas et les collectifs

Au fil des années 2010 et 2020, l'intérêt de Dominic Lash pour la musique d'Anthony Braxton devient l'un des fils rouges de son parcours. Il rejoint The Locals, le groupe du pianiste Pat Thomas qui revisite le répertoire brackonien sous une forme funk, et développe en parallèle son propre projet consacré au compositeur américain, le quintette Kelvin, aux côtés de la trompettiste Charlotte Keeffe, du batteur Andrew Lisle, de la clarinettiste Heather Roche et du musicien Huw Williams.

Sa collaboration avec Pat Thomas, l'un de ses partenaires musicaux les plus constants, prend également la forme du trio Bley School, complété par le batteur Tony Orrell, qui revisite avec un mélange d'irrévérence et de tendresse le répertoire du pianiste canadien Paul Bley : un premier album éponyme paraît en 2019, suivi de Where? (577 Records, 2024), puis d'un disque électronique, Lifeline (Discus Music, 2025), sur lequel le trio troque cordes et peaux pour l'électronique tout en conservant son écoute fine et sa volatilité caractéristique. Autre fruit de cette complicité de longue date : le duo guitare-piano New Oxford Brevity, sur lequel Lash abandonne temporairement la contrebasse pour la guitare électrique, instrument qu'il pratique « plus récemment » selon ses propres mots, mais avec une conviction qui n'a rien d'anecdotique. Toujours à la guitare, il forme également le trio Action Theory avec le contrebassiste John Edwards et le batteur Emil Karlsen, autre disque publié sur son propre label.

Le début des années 2020 voit aussi se multiplier les projets en petites formations autour de figures historiques de l'improvisation britannique : le quartet réuni par Lash pour son quarantième anniversaire au Café Oto de Londres en janvier 2020, avec le guitariste John Russell, le saxophoniste John Butcher et le batteur Mark Sanders, donne naissance à l'album Discernment (Spoonhunt, 2021) — un enregistrement rendu plus poignant encore par la disparition de Russell un an plus tard. On retiendra également Fathom (577 Records, 2024), premier enregistrement officiel du quatuor formé avec Butcher, Pat Thomas et Steve Noble malgré des années de croisements sur la scène londonienne, Antonyms (Copepod Records, 2022), duo avec Alex Ward, ou encore Live at Café Oto London (ezz-thetics, 2024), avec le saxophoniste suisse Christoph Gallio et Mark Sanders.

Spoonhunt et l'indépendance éditoriale

En 2015, Dominic Lash fonde son propre label, Spoonhunt, pensé comme un espace pour ses travaux les moins catégorisables. Après une gestation assez longue, les trois premiers disques du label paraissent en 2021 : deux albums de quartet (avec, selon les formations, John Butcher, Javier Carmona, John Russell, Mark Sanders, Ricardo Tejero et Alex Ward) et un enregistrement du grand ensemble Consorts. Un quatrième disque suit en 2022. Spoonhunt permet également à Lash de faire appel à des compositeurs contemporains pour enrichir le répertoire solo de la contrebasse : Jürg Frey, Richard Glover et Éliane Radigue ont ainsi écrit des pièces spécialement pour lui, signe de la reconnaissance dont il jouit également du côté de la musique contemporaine écrite, au-delà du seul champ de l'improvisation.

Il faut noter que son travail a également été publié sur un nombre impressionnant d'autres labels indépendants, reflet de l'étendue de son réseau : Another Timbre, b-boim, Bead, Cathnor, Clean Feed, Compost and Height, Confront, Discus, Emanem, Empty Birdcage, Erstwhile, 577 Records, FMR, Foghorn, HatHut, Iluso, Intonema, Leo, Meenna, Mikroton, NoBusiness, Otoroku, Raw Tonk, Shrike, Takuroku ou encore Tresor.

De Manhattan à Cambridge, en passant par Bristol

La géographie a toujours compté dans le parcours de Dominic Lash. Après ses années oxoniennes, il passe une grande partie de l'année 2011 installé à Manhattan, où il continue de se produire et de nouer des collaborations, avant de s'établir à Bristol de 2011 à 2022. Il y devient l'un des animateurs de la scène locale, impliqué dans l'organisation de concerts sous les bannières Bang the Bore, Insignificant Variation et Several 2nds. En 2013 et 2014, il participe également à Take Five, le programme de développement professionnel pour musiciens administré par l'organisation britannique Serious.

Depuis le début de l'année 2022, Dominic Lash est basé à Cambridge, sa ville natale, où il coorganise avec le guitariste N.O. Moore la série mensuelle de musique improvisée Soundhunt, qui se tient le dernier dimanche de chaque mois au Thrive, sur Norfolk Street.

Une carrière internationale et une reconnaissance critique

Au fil de ces années, Dominic Lash s'est produit à travers l'Europe et au-delà : Autriche, Canada, Finlande, France, Allemagne, Pays-Bas, Norvège, Portugal, Espagne, Suisse, Turquie et États-Unis. On le retrouve dans la programmation de festivals prestigieux du champ improvisé et contemporain, parmi lesquels l'Akbank Jazz Festival d'Istanbul, le Huddersfield Contemporary Music Festival, les Konfrontationen de Nickelsdorf, le Manchester Jazz Festival, le Tampere Jazz Happening, All Ears à Oslo, Amplify à New York, Audiograft à Oxford, Freedom of the City à Londres, Hurta Cordel à Madrid, le LMC Festival de Londres, le Ruhr Jazz Festival ou Suoni per il Popolo à Montréal. Son travail a également été diffusé sur plusieurs stations de radio, dont BBC Radio 1, BBC Radio 3 et la radio allemande SWR2.

La critique salue régulièrement l'étendue de son vocabulaire instrumental et la singularité de son approche de l'instrument. All About Jazz le situe ainsi « dans la lignée prestigieuse qui va de Barry Guy à Simon Fell », tandis que le site The Watchful Ear juge que « sa palette n'a quasiment pas d'équivalent ». The Guardian a pu évoquer son « jeu de basse en accords explosif », le Newcastle Journal ses « efforts incessants pour dévier de chaque note ou accord attendu », et le magazine Nightshift « un jeu de basse habile qui déborde d'énergie ».

Le contrebassiste devenu théoricien du cinéma

Moins connue du public des musiques improvisées, l'activité universitaire de Dominic Lash constitue pourtant un pan à part entière de son travail. Chercheur en études cinématographiques, il a publié deux ouvrages remarqués : The Cinema of Disorientation: Inviting Confusions, paru chez Edinburgh University Press en 2020, et Robert Pippin and Film: Politics, Ethics, and Psychology after Modernism, publié par Bloomsbury en 2022. Cette double vie de musicien-improvisateur et de théoricien académique, rare dans le paysage des musiques improvisées, illustre bien la démarche d'ensemble de Lash : une curiosité qui refuse les cases et qui trouve, dans chacun de ses domaines d'activité, la même exigence d'écoute et d'analyse fine.

Aujourd'hui installé à Cambridge, Dominic Lash continue de mener de front ses activités de contrebassiste, de guitariste, de label indépendant et de chercheur, tout en restant l'un des piliers discrets mais essentiels de la scène improvisée britannique — un musicien dont on ne compte plus les collaborations, et dont l'œuvre continue de s'enrichir année après année, disque après disque.

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