Trevor Weekz, le Jam Bassiste de Goose

Publié le 25 mai 2026 à 11:10

Dans le paysage actuel du jam band américain, peu de bassistes incarnent aussi bien que Trevor Weekz l'idée d'une basse qui ne s'écoute pas seulement mais qui se ressent. Membre fondateur de Goose, quatuor du Connecticut devenu en quelques années l'un des phares de la scène improvisée nord-américaine, Weekz est ce que ses pairs appellent volontiers « le silencieux du groupe ». Une discrétion de façade, derrière laquelle se cache un musicien d'une exigence rare, élevé au croisement du metal, de la trance, du jazz, de la Motown et de la culture jam — un parcours qui éclaire la singularité de son jeu.

Origines à Wilton

Trevor Weekz naît en 1989 dans la banlieue résidentielle de Wilton, Connecticut, à une heure de New York. Il grandit dans une maison où la musique fait partie du quotidien : sa mère met chaque matin la chaîne hi-fi à fond pour réveiller la famille, et ses plus anciens souvenirs musicaux sont des morceaux des Bee Gees passés en boucle, été comme hiver, pendant une année entière. À l'école élémentaire, il joue d'abord de la trompette, puis du saxhorn baryton (« baritone horn ») dès le CE2, avant d'arrêter momentanément après un changement d'établissement.

Wilton est aussi un territoire propice à la musique : la ville a vu passer John Scofield, dont il est l'ancien élève au lycée, et la famille Brubeck habite à proximité. Cet environnement saturé de musiciens, jeunes et confirmés, jouera un rôle déterminant dans son éducation.

Tout bascule en première année de lycée. Trevor reçoit sa première basse, un Fender Jazz Bass japonais d'occasion équipé de micros EMG. Le déclic vient d'un voisin et ami, dont le père, Rusty Ford, était le bassiste de Lothar and the Hand People, groupe psychédélique culte des années 1960 connu pour ses expérimentations au thérémine et aux premiers synthétiseurs. Le fils joue lui aussi, et Trevor passe des heures à le regarder reprendre des morceaux de Primus sur le vieil iMac familial. Il prend quelques cours, sans vraiment s'investir, jusqu'à ce qu'une « épiphanie » survienne en classe de Première : il décide alors de pratiquer plusieurs heures par jour, après les cours, en jammant avec ses camarades.

Son premier professeur, Tod Baharian, guitariste de formation, lui donne les bases tout en lui transmettant un goût pour les conversations profondes sur la musique. Trevor découvrira bien plus tard que Baharian avait également enseigné à Peter Castaldi, figure tutélaire qui jouera un rôle central dans la formation de Goose.

Du metal nordique au Motown

Le premier amour musical de Weekz est le metal. Il s'attaque aux lignes galopantes de Steve Harris (Iron Maiden) et tombe dans le death metal mélodique des Finlandais de Children of Bodom — son tout premier concert se déroule d'ailleurs au Toad's Place de New Haven en automne 2003, pour voir Children of Bodom. Suit une passion pour la trance, en particulier la scène Goa indienne et des artistes comme Asterix ou Captain Hook, dont les croches doublées de basse à 140 BPM le marqueront durablement (et nourriront plus tard ses passages en « mode méditatif » avec Goose).

C'est seulement en fin de lycée que des amis l'orientent vers la scène jam. Il s'imprègne alors du jeu de Phil Lesh (Grateful Dead) et de Mike Gordon (Phish) — deux références fondatrices auxquelles s'ajouteront bientôt Paul Chambers, Ron Carter et surtout James Jamerson.

Diplômé de Wilton High School en 2007, Trevor reçoit en cadeau de ses parents une Modulus Quantum 5 cordes, et part étudier la psychologie à l'Université du Vermont (UVM) à Burlington, avec une mineure en musique. Il y étudie le jazz et le funk Motown auprès du bassiste John Rivers, et joue dans un bar-band local appelé Fred, qui mêle reprises rock et compositions originales.

Sa première rencontre avec Rick Mitarotonda, le futur leader de Goose, remonte à un concert de réveillon dans le Vermont fin 2007, organisé par Peter Castaldi. Les deux musiciens jamment ensemble durant les étés suivants, et la connexion devient évidente. En 2012, Mitarotonda et le chanteur-claviériste Matt Campbell montent Vasudo, un premier projet sérieux dans lequel Trevor s'investit pleinement — au point de manquer sa propre cérémonie de remise de diplôme universitaire pour partir en tournée. Le batteur s'appelle alors Ben Atkind. Certaines compositions de Vasudo continuent d'ailleurs d'être jouées sur scène par Goose à ce jour.

La naissance de Goose (2014-2017)

Après une mise en pause de Vasudo, Mitarotonda, Atkind et Weekz forment Goose en septembre 2014, avec Peter Castaldi à la guitare. Le premier album, Moon Cabin, est enregistré dès mars 2015. Peter Anspach (chant, claviers, guitare) rejoint la formation fin 2017, et le percussionniste Jeff Arevalo complète le line-up en 2020. Le groupe se définit comme « indie groove », formule qu'ils préfèrent à l'étiquette « jam band » pour ses connotations plus contemporaines.

Le tournant intervient en 2019, avec une série de festivals décisifs — DomeFest en mai, Peach Music Festival en juillet — et la mise en ligne, quelques jours plus tard, de captations YouTube en haute définition qui circulent massivement dans la communauté jam. Les salles commencent alors à se remplir, le Goosemas annuel double sa jauge, et la trajectoire devient verticale.

Pendant le confinement, le groupe transforme une grange du Connecticut en studio pour la série de livestreams Bingo Tour (2020), où le hasard d'une roue de bingo détermine setlist et activités burlesques — c'est l'origine du crédit récurrent « bass, poetry » de Trevor, qui doit ce soir-là lire un poème à un drone. La gimmick a depuis ressurgi sur scène à plusieurs reprises.

Suivront des collaborations marquantes : Trey Anastasio (Phish) à Radio City Music Hall, Bob Weir, Father John Misty, Big Boi, Margo Price, Lucius, sans oublier la fameuse version de 33 minutes de Cape Cod Kwassa Kwassa avec Vampire Weekend en 2024. En 2025, le groupe sort coup sur coup deux albums originaux, Everything Must Go (avril) et Chain Yer Dragon (août, surprise drop). Cotter Ellis remplace Ben Atkind à la batterie en 2024, et Jeff Arevalo quitte le groupe en 2025 : Goose redevient un quatuor. En 2026, le groupe fait ses débuts en tête d'affiche au Madison Square Garden et enchaîne une seconde tournée européenne, dont la captation soundboard du 22 mai à l'Electric Brixton de Londres est sortie sur Bandcamp.

Trevor Weekz se voit comme un régulateur d'équilibre, naviguant entre l'ancrage rythmique sur la grosse caisse et les lignes plus mélodiques qui dialoguent avec les nappes de claviers de Peter Anspach. La présence d'un percussionniste pendant la période Arevalo lui laissait toute liberté de monter en première ligne — un confort qu'il a depuis dû réinventer dans la nouvelle formule à quatre. Sa philosophie : « Trouver des lignes qui servent la musique et les paroles, pas qui se servent d'elles. »

En improvisation, il alterne deux postures : la réactivité au soliste, jouée à l'écoute fine, et le mode trance, où une figure simple et répétitive, presque méditative, conduit l'énergie d'une jam comme le ferait une boucle EDM. C'est dans cette tension entre groove pocket américain et minimalisme hypnotique que se loge son originalité.

Technique

Weekz joue principalement aux doigts (alternance index-majeur), utilise abondamment le mute de main gauche pour les notes fantômes afin de creuser le pocket, et a moins recours au médiator qu'à ses débuts. Il pratique le slap depuis qu'il a découvert le manuel Slap It: Funk Studies for the Electric Bass de Tony Oppenheim — notamment sur le morceau « Thatch », slappé du début à la fin —, et explore plus récemment la technique du double thumbing. Ses solos de basse, dont il a une approche modeste, sont devenus rituels sur « Empress of Organos » et « Hot Tea », et surgissent par ailleurs au gré des regards échangés sur scène.

Côté son, il recherche un mariage entre punch et growl, en ajoutant ces dernières années une dose significative de medium, et travaille en in-ear monitors pour piloter finement l'écart entre ce qu'il entend sur scène et ce qui sort en façade.

Matériel

Basses : Elrick Gold Series bolt-on 5 cordes (instrument principal — « son superbe, action basse, ultra-léger, ce qui préserve mes mains et mon corps »), Modulus Quantum 5, Godin A5 fretless 5, Fender Jazz Bass Seafoam Green des années 1970, Elrick Master Series 35" single-cutaway 5 cordes, Fender Tony Franklin Fretless Precision. Cordes : D'Addario NYXL (.45-.65-.80-.100-.130). Amplification : préampli Alembic F1X dans quatre Bag End PS10N-N, un PS15-N et quatre IPS18E-N ; REDDI DI envoyé en façade. En studio (sur Dripfield), DI couplée à une Ampeg B-15 repiquée, avec parfois une Fender Precision vintage du studio. Effets (utilisés environ 20 % du temps, routés via un Boss ES-8) : Panda Audio Future Impact v3, Aguilar Filter Twin, Electro-Harmonix Freeze, Strymon El Capistan V2, DOD Meatbox Subsynth, EHX Big Muff Pi. Médiators : Dunlop Green Tortex .88 mm. In-ears : JH Audio Roxanne.

Compositions, héros et perspectives

Trevor est crédité comme compositeur sur « Wysteria Lane », méditation sur les couches de perception et les réalités qui s'ouvrent à qui sait écouter. Ses bassistes fétiches mêlent canon et curiosité : Jamerson, Jaco, Victor Wooten côté légendes ; Donny Benét (disco australien), Noah Hill (Parcels), Benjamin Plant (Miami Horror) côté contemporains ; et un clin d'œil à Willie Weeks, « ne serait-ce que pour le nom ». Il a, à plusieurs reprises, évoqué son envie d'enregistrer un disque sous son propre nom, projet qu'il décrit lui-même comme lointain mais qui mûrit au fil des grooves accumulés sur la route.

Discret, méthodique, fidèle à une vision du rôle de la basse comme fondation discrète mais structurante, Trevor Weekz s'inscrit dans la lignée des bassistes de jam band américains pour qui le moins est souvent le plus — tout en y injectant la mémoire d'un metalleux des années 2000 et l'hypnose d'un fan de Goa trance. Sa voix sur l'instrument, désormais identifiable dès quelques mesures, est l'une des plus marquantes de sa génération.


Discographie sélective avec Goose : Moon Cabin (2016), Shenanigans Nite Club (2021), Dripfield (2022), Everything Must Go (2025), Chain Yer Dragon (2025), nombreux live albums.

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