Trente-six ans après la sortie de Rust in Peace, Jackson ressort de ses archives la toute première basse cinq cordes de son histoire, celle que David Ellefson emportait sur la tournée de 1990. Corps en aulne, manche traversant, micros EMG, sharkfins nacrées et noir brillant : la Legend Series Limited Edition Signature David Ellefson Concert Bass CB V ne cherche pas à moderniser un classique, elle le recopie. Avec quelques questions laissées en suspens.
Septembre 1990, le thrash change de braquet
Le 24 septembre 1990, Capitol publie Rust in Peace, quatrième album studio de Megadeth. Dave Mustaine vient enfin de stabiliser un line-up qui fera date : Marty Friedman à la guitare solo, Nick Menza derrière les fûts, et David Ellefson, compagnon de la première heure, à la basse. Mike Clink coproduit avec Mustaine. Le résultat tient encore aujourd'hui du manuel d'école : Holy Wars... The Punishment Due, Hangar 18, Tornado of Souls, des morceaux à tiroirs où le tempo change toutes les quatre mesures et où la section rythmique doit tenir la cadence sans jamais lâcher la précision.
A la basse, l'exercice est ingrat et passionnant à la fois. Ellefson, joueur au médiator, double les riffs de Mustaine à des vitesses qui ne pardonnent rien, mais il a aussi ses moments. C'est sa basse qui ouvre Poison Was the Cure, et c'est encore elle qui porte Dawn Patrol, courte pièce cosignée avec Mustaine où la ligne de basse et la batterie accompagnent seules la voix parlée du chanteur. L'album vaudra au groupe sa première nomination aux Grammy Awards.
Un détail compte pour la suite de l'histoire : en studio, Ellefson enregistre Rust in Peace sur sa Jackson Concert quatre cordes. La cinq-cordes, elle, naît pour la scène.
Une basse pensée pour la tournée
Selon Jackson, c'est pour la tournée Rust in Peace de 1990 que la marque et son bassiste conçoivent ensemble le premier modèle cinq cordes de l'histoire de Jackson, un instrument censé encaisser le son écrasant du thrasher. À l'époque, la corde de si grave reste une rareté dans le thrash, où la quatre-cordes accordée en mi règne sans partage. La nouvelle venue devient pourtant l'instrument principal d'Ellefson pendant les trois années de tournées mondiales qui suivent, de la tournée européenne Clash of the Titans à l'automne 1990 jusqu'au cycle suivant. Ellefson l'utilise aussi pour enregistrer Countdown to Extinction en 1992, et c'est sur ce plan que Jackson bâtira ensuite toute sa gamme de basses cinq cordes signature.
Le modèle de départ, la Concert Bass, a la cote auprès d'Ellefson depuis longtemps. Dans le communiqué accompagnant la sortie de la Legend Series, il la décrit comme « la version élancée et survitaminée de ce que je considère comme une grande basse ». Il y explique que son corps un peu plus compact et son action basse collaient à son jeu agressif, et que sa Concert originale de 1987 lui avait permis de développer son jeu sans être bridé par l'instrument.
Ce que la Legend Series reproduit
Jackson présente le modèle comme une reproduction de la basse de 1990, et la fiche technique s'en tient à la recette d'origine. Le corps est en aulne, finition noir brillant. Le manche traversant est taillé dans trois pièces d'érable sur quartier et renforcé par des tiges en graphite placées de part et d'autre de la tige de réglage. Sa finition huilée contraste avec le vernis du corps et promet un toucher plus sec sous le pouce. La tête, pointue et alignée cinq mécaniques en ligne, est inclinée vers l'arrière, ce qui dispense de tout guide-cordes.
La touche en ébène suit un radius composé de 12 à 16 pouces (305 à 406 mm), arrondi près du sillet et plus plat vers les aigus, et accueille 22 frettes jumbo. Le manche et la tête sont bordés de blanc, les repères sont les fameuses sharkfins en nacroïd, et le logo « Radiation » blanc tranche sur la tête noire. La signature d'Ellefson figure sur le cache de la tige de réglage et sur la tête. Le diapason est de 34 pouces (864 mm), et la largeur au sillet de 44,45 mm, une valeur plutôt serrée pour une cinq-cordes qui favorise les déplacements rapides.
Deux éléments trahissent tout de même 2026. Les repères latéraux sont des Luminlay photoluminescents, bien pratiques dans la pénombre d'une scène et forcément absents de l'instrument de 1990, et le sillet est un Graph Tech TUSQ XL. Côté accastillage, tout est noir : chevalet Jackson HiMass cinq cordes, que la marque présente comme un ajout de masse destiné à prolonger le sustain et resserrer le grave, et mécaniques Hipshot à engrenages apparents.
Électronique : la paire EMG et l'égaliseur trois bandes
La basse est active, équipée d'un EMG 40DC en position chevalet, un double bobinage au format 40 conçu pour les cinq-cordes, et d'un EMG 40CS côté manche. Une précision au passage : la présentation de Jackson parle simplement d'un « CS » pour le micro manche, tandis que la fiche technique du même site indique bien 40CS. Les commandes se résument à un volume général, un potentiomètre de balance entre les micros et un égaliseur EMG à trois bandes (grave, médium, aigu), sans sélecteur. Jackson met en avant un signal sans souffle capable de passer au travers des guitares saturées, et un égaliseur qui permet de retoucher le son en plein morceau sans perte de volume.
Fiche technique
| Modèle | Legend Series Limited Edition Signature David Ellefson CB V Concert Bass (réf. 2916754503) |
|---|---|
| Corps | Aulne, forme Concert Bass, finition Gloss Black |
| Manche | Traversant, érable 3 pièces sur quartier, renforts graphite, finition huilée, filet blanc |
| Touche | Ébène, radius composé 12" à 16" (305 à 406 mm) |
| Frettes | 22, jumbo |
| Repères | Sharkfins nacroïd, repères latéraux Luminlay |
| Diapason | 34" (864 mm) |
| Sillet | Graph Tech TUSQ XL, largeur 44,45 mm |
| Tête | Jackson pointue 5 en ligne, noire, filet blanc, logo « Radiation » blanc |
| Tige de réglage | Double action, réglage côté tête |
| Micros | EMG 40DC (chevalet), EMG 40CS (manche), capots noirs |
| Commandes | Volume général, balance, égaliseur 3 bandes (grave, médium, aigu) |
| Chevalet | Jackson HiMass 5 cordes |
| Mécaniques | Hipshot à engrenages apparents |
| Accastillage | Noir, attaches-courroie surdimensionnées |
| Cordes d'origine | Acier nickelé, .045 à .130 |
| Étui | Étui Jackson DE CB Foam Core inclus |
Prix et disponibilité
Aux États-Unis, Jackson affiche la basse à 2 499,99 dollars. En France, Star's Music la propose à 1 999 euros, annoncée en stock à la date de publication, étui compris. C'est un tarif cohérent avec les autres modèles de la gamme : la Kelly KE-1 signature Marty Friedman, l'autre rescapé de Rust in Peace de cette Legend Series, est annoncée à 2 299,99 dollars.
Deux informations manquent à l'appel. Jackson parle d'édition limitée sans communiquer le nombre d'exemplaires produits, et la page produit ne précise pas le pays de fabrication. Faute de réponse officielle, nous ne les avancerons pas ici.
Quatre façons de célébrer Rust in Peace
Ce n'est pas la première fois que Jackson souffle les bougies de l'album. Pour le 20e anniversaire, en 2011, le Custom Shop américain avait sorti une Rust in Peace Concert Bass limitée à 60 exemplaires en quatre et cinq cordes, en noir ou Quicksilver, avec logo « Fallout » gravé à chaud et étui aux couleurs de l'album. Elle s'inspirait de la Concert utilisée pour l'enregistrement et de celle qu'Ellefson jouait sur la tournée anniversaire de Megadeth.
En 2020, pour les 30 ans, la X Series Signature David Ellefson 30th Anniversary Concert Bass CBX V reprenait déjà la cinq-cordes de 1990, mais en version accessible : corps en peuplier, égaliseur deux bandes, sélecteur trois positions et mécaniques Jackson moulées. Au sommet du catalogue, la USA Signature David Ellefson Concert Bass CB V partage la même paire EMG 40DC et 40CS, le chevalet HiMass et des mécaniques Hipshot, en noir satiné, pour un prix qui tourne autour de 5 200 euros chez un revendeur italien.
La Legend Series vient donc se glisser entre les deux, avec un parti pris historique plus affirmé que la version X et un tarif bien inférieur à la version américaine. Quant au choix du 36e anniversaire, Jackson n'avance aucun chiffre et parle simplement de célébrer l'album. Trente-six bougies, ce n'est pas un compte rond, mais personne ne devrait s'en plaindre.
Ellefson en 2026, loin de Megadeth
Le contexte ajoute une couche de complexité. David Ellefson, membre fondateur, a été renvoyé de Megadeth en mai 2021, après la diffusion en ligne de messages et d'une vidéo à caractère sexuel le concernant. Le groupe a depuis publié en janvier 2026 son album final, sobrement intitulé Megadeth, et s'est lancé dans une tournée d'adieu que Dave Mustaine annonce étalée sur plusieurs années. Ellefson a dit publiquement qu'il aurait aimé y participer. Il n'en fait pas partie.
Il tourne en revanche sous son propre nom. En décembre 2026, son Bass Warrior Tour reprend la route en Europe avec Countdown to Extinction joué en intégralité, soit l'album enregistré sur la basse que cette Legend Series reproduit. Jackson, de son côté, continue de miser sur l'association avec le bassiste, et la sortie simultanée des modèles Ellefson et Friedman reconstitue, au moins dans un catalogue, la moitié du line-up de 1990.
Pour qui ?
La CB V Legend s'adresse d'abord aux fans de Megadeth période dorée, qui y trouveront la réplique la plus fidèle de la basse de 1990 jamais proposée à moins de 2 000 euros en France. Mais elle parle aussi au bassiste metal qui cherche une cinq-cordes active à manche traversant, au sillet étroit et au corps compact, construite pour jouer vite et fort. Reste à l'avoir entre les mains pour juger du toucher de ce manche huilé et de la réponse de la paire EMG, ce que nous ne manquerons pas de faire si l'occasion se présente.
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