Connue pour ses ukulélés, la marque californienne Ohana signe sa première basse électrique solid body. Un instrument fabriqué à la main dans son atelier de Long Beach, avec un diapason de 28 pouces qui la place entre la basse ukulélé et la short scale classique. Décryptage.
Une maison de ukulélés qui passe à la basse
Ohana Music est née en 2006 avec une idée simple : proposer aux musiciens des instruments acoustiques qui sonnent bien à un prix raisonnable. Pendant près de vingt ans, la marque fondée par Louis Wu s'est fait un nom dans l'univers du ukulélé, du modèle d'entrée de gamme aux pièces plus travaillées.
Le tournant se fait avec l'ouverture de l'Ohana Custom Shop, installé au siège de l'entreprise à Long Beach, en Californie. Tout y est conçu et fabriqué sur place : dessin technique, choix et approvisionnement des bois, construction sous la direction d'un luthier maison. L'atelier mélange outils traditionnels et équipements modernes, avec des manches, touches et chevalets usinés en commande numérique, et des gabarits et moules fabriqués spécialement pour la boutique.
Ce luthier, c'est Brad Kahabka. Au NAMM Show de janvier 2025, le Custom Shop présentait déjà des ukulélés électriques ténor et baryton en corps plein, plutôt bien accueillis par la presse spécialisée. La basse est arrivée dans la foulée, à l'automne 2025. Ohana la présente comme le pendant électrique de son OBU-22, une basse électro-acoustique short scale qui figure au catalogue depuis plusieurs années.
Kahabka explique la démarche ainsi : les demandes pour une basse solid body se multipliaient, et il voulait un instrument plus compact qu'une short scale, mais aussi abouti qu'une basse de taille standard. Il la destine autant aux bassistes confirmés qu'aux guitaristes et joueurs de ukulélé qui veulent passer à la basse.
Le choix des 28 pouces
C'est la donnée qui définit l'instrument. Avec un diapason de 28 pouces, soit environ 711 mm, l'Ohana se situe deux pouces sous la short scale classique (30 pouces, 762 mm, celle de la Fender Mustang ou de la Höfner Violin Bass) et six pouces sous le standard long scale de 34 pouces (864 mm) qu'on trouve sur une Precision ou une Jazz Bass.
Louis Wu revendique la première basse 28 pouces du marché. L'affirmation mérite une nuance : l'Ibanez Mikro, avec ses 28,6 pouces (environ 727 mm), occupe ce créneau depuis longtemps. La différence tient au positionnement. La Mikro est une basse d'entrée de gamme pensée pour les enfants et les voyageurs, alors qu'Ohana propose une fabrication artisanale américaine sur un format comparable.
Ce diapason court a des conséquences directes au jeu. Les écarts entre les frettes sont réduits, ce qui facilite les extensions dans le bas du manche et rend l'instrument abordable pour les petites mains. La tension des cordes baisse aussi, à tirant égal. Ohana monte un jeu S.I.T. en 45-105, accordé en Mi-La-Ré-Sol standard. Sur 28 pouces, ce tirant donne un toucher plus souple qu'une basse longue, avec une attaque plus ronde et un sustain généralement plus court. Pour un musicien qui vient de la basse 34 pouces, il faudra quelques heures pour s'habituer au repérage et doser l'attaque de la main droite.
L'instrument mesure 952,5 mm de long au total (37,5 pouces), pour un corps de 273 mm de large et 57 mm d'épaisseur. C'est une basse qui tient dans une housse de guitare électrique et qui voyage facilement en cabine ou dans un coffre déjà chargé.
Lutherie : une construction proche de la guitare
Le corps associe une table en érable ondé massif, sculptée, à un dos en acajou massif. Cette recette rappelle davantage la Les Paul que la tradition Fender de la basse électrique. L'acajou apporte du grave et de la chaleur, l'érable de la définition dans les médiums aigus. Le dos reçoit des chanfreins de confort, et le corps une découpe pour accéder aux aiguës.
Le manche, également en acajou massif, est vissé avec une plaque. Ohana justifie ce choix par la stabilité, et il facilite aussi les réglages et l'entretien. La touche en palissandre a un radius de 9,5 pouces (241 mm), une valeur courante sur les basses vintage, qui offre une sensation arrondie sous la main gauche. Le sillet mesure 38,1 mm (1,5 pouce), la largeur classique d'un manche de Jazz Bass. Le constructeur n'indique ni le nombre de frettes ni le profil du manche.
La finition est soignée : filet d'abalone sur le pourtour, repères trapézoïdaux en nacre dessinés par Ohana, plaque de tête en érable ondé avec incrustation d'abalone et logo en nacre. La tête possède une volute qui renforce la jonction avec le manche. Le vernis est un polyuréthane brillant, sur la table comme sur le dos.
Côté accastillage, on trouve des mécaniques Gotoh, un chevalet à quatre pontets cylindriques (barrel saddles) et une barre de réglage double action accessible par la tête, sous un cache. La prise jack est montée sur le flanc, et le corps dispose de deux attaches courroie, en haut et en bas.
Électronique : deux simples bobinés main
Ohana a développé ses propres micros. Deux simples bobinages, un en position manche et un en position chevalet, sont bobinés à la main dans l'atelier de Long Beach. Ils reçoivent des capots imprimés en 3D, dessinés pour l'occasion. Les commandes reprennent le schéma Volume, Volume, Tonalité.
Cette architecture rappelle directement celle de la Jazz Bass : on dose le mélange des deux micros avec les volumes, du son rond du micro manche seul au grain plus nasal du micro chevalet, en passant par le creux de médiums caractéristique des deux micros ouverts à fond. Il faut en revanche s'attendre au léger ronflement propre aux simples bobinages lorsqu'un seul micro est engagé.
Les sources se contredisent sur un point. Un revendeur britannique parle de micros actifs, alors que la presse spécialisée et la configuration des commandes indiquent une électronique passive, sans préampli ni pile mentionnés. La fiche officielle ne précise rien. Nous retenons l'hypothèse passive, qui correspond à ce qu'Ohana décrit.
Pour se faire une idée du son, Ohana a confié la démonstration officielle au multi-instrumentiste Abe Lagrimas Jr., visible sur la chaîne YouTube de la marque.
Fiche technique
- Diapason : 28 pouces (711 mm)
- Table : érable ondé massif, sculptée
- Dos : acajou massif, chanfreins de confort
- Manche : acajou massif, vissé avec plaque, volute à la tête
- Touche : palissandre, radius 9,5 pouces (241 mm)
- Repères : trapèzes en nacre
- Filets : abalone
- Largeur au sillet : 38,1 mm (1,5 pouce)
- Micros : 2 simples bobinages Ohana bobinés main, capots imprimés en 3D
- Commandes : Volume, Volume, Tonalité
- Chevalet : 4 pontets cylindriques
- Mécaniques : Gotoh
- Barre de réglage : double action, réglage par la tête
- Cordes d'origine : S.I.T. 45-105, accordage Mi-La-Ré-Sol
- Finition : polyuréthane brillant
- Dimensions : longueur 952,5 mm, largeur 273 mm, épaisseur 57 mm
- Coloris : Emerald Green, Ocean Blue, Midnight Purple, Wine Red
- Livrée avec : housse souple, chiffon de polissage, fiche de construction
- Fabrication : Long Beach, Californie (Ohana Custom Shop)
- Prix public : 2 195 dollars US
Prix, fabrication et disponibilité
L'Ohana Custom Electric Bass est affichée à 2 195 dollars sur la boutique en ligne du Custom Shop. Elle est fabriquée à la commande, avec un délai annoncé de quatre à six semaines, et l'équipe d'Ohana prend contact avec l'acheteur après la commande. Quatre coloris translucides sont proposés, et Ohana précise que l'aspect de chaque exemplaire varie selon le dessin de l'érable ondé.
Pour la France, l'achat direct implique des frais d'expédition depuis les États-Unis, des droits de douane et la TVA à l'importation, qui alourdiront nettement la facture finale. En Europe, la basse est référencée chez Southern Ukulele Store au Royaume-Uni, un revendeur spécialisé dans le ukulélé, ce qui confirme qu'Ohana vise d'abord sa clientèle historique.
Pour qui ?
Le prix situe l'Ohana très loin des basses de voyage d'entrée de gamme, et au niveau de basses short scale de marques établies, voire de certaines long scale fabriquées aux États-Unis. Ce qu'on paie ici, c'est une fabrication artisanale en petite série, des micros maison et une finition de lutherie de belle facture.
Elle s'adresse en priorité à trois profils. Le joueur de ukulélé basse (U-Bass) qui se sent à l'étroit et veut une vraie basse électrique sans changer complètement de repères. Le guitariste ou le ukuléliste qui veut ajouter la basse à son jeu avec un instrument compact. Et le bassiste confirmé qui cherche une seconde basse pour voyager, composer sur le canapé ou enregistrer à la maison, et qui accepte un toucher et un sustain différents de sa basse principale.
Deux points restent à vérifier avant de se décider. Le choix de cordes est plus limité sur 28 pouces que sur 30 ou 34, et il faudra s'assurer de la compatibilité des jeux short scale avec la longueur de ce diapason et le chevalet. Le poids de l'instrument n'est pas communiqué, alors que l'association acajou et érable n'est pas la plus légère.
Ohana ne se contente pas de décliner un ukulélé basse en version électrique. La Custom Electric Bass est une basse à part entière, avec une construction inspirée de la guitare, des micros conçus en interne et un diapason choisi pour son confort et sa portabilité. Sur le papier, la recette est cohérente et la fabrication soignée. Reste à juger sur pièce le rendu sonore d'un diapason aussi court en situation de groupe, et à savoir si le tarif, élevé pour un format encore marginal, trouvera son public au-delà des fidèles de la marque.
Sources
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Ohana Custom Shop, page de la collection Electric Bass et fiche produit (ohanacustomshop.com)
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Ohana Custom Shop, page « About Us »
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Bass Musician Magazine, « New Gear: Ohana Custom Electric Bass », octobre 2025
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No Treble, présentation de l'Ohana Custom Shop Electric Bass
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The Bluegrass Situation, « Ohana Means Family »
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Southern Ukulele Store, fiche Ohana USA Custom 28
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