Plus connu pour ses têtes ABM et leur vumètre que pour sa lutherie, Ashdown présente la Saint Avant, une basse multiscale déclinée en 4 et 5 cordes, équipée de trois micros simple bobinage. Un cahier des charges de basse « prog » moderne, vendu au prix d'une instrument d'entrée de gamme sérieuse. Décryptage.
D'abord des amplis, maintenant des basses
Pour toute une génération de bassistes, Ashdown, c'est une tête d'ampli avec un gros vumètre lumineux en façade. La marque britannique est née en 1997 sous l'impulsion de Mark Gooday, qui dirigeait auparavant Trace Elliot, et s'est imposée avec la série ABM sur les scènes du monde entier. Le nom reste associé à des bassistes comme John Entwistle, Mark King ou Jean-Jacques Burnel.
Depuis quelques saisons, Ashdown élargit pourtant son terrain de jeu. Après la série Roasted Saint, des PJ au manche torréfié pensées comme des basses tout-terrain, puis la gamme Artisan, la marque d'Essex s'attaque avec la Saint Avant à un territoire plus pointu : celui des basses multiscale, longtemps réservé aux luthiers spécialisés et aux modèles haut de gamme avant que quelques fabricants n'en proposent des versions accessibles.
Le pari est clair : offrir la géométrie en éventail, un manche stable et une palette sonore étendue, sans faire exploser le budget.
La multiscale, pourquoi faire ?
Le principe des frettes en éventail (« fan fret ») consiste à donner à chaque corde une longueur vibrante différente. Les cordes graves bénéficient d'un diapason plus long, les aiguës d'un diapason plus court. Le sillet et le chevalet sont donc inclinés, et les frettes s'écartent progressivement en éventail d'une extrémité à l'autre du manche.
L'intérêt est double : Un grave plus tendu et plus défini. À tirant égal, une corde plus longue est plus tendue. Le Si grave d'une 5 cordes, souvent mou et flou sur un diapason classique de 34 pouces, gagne en fermeté, en articulation et en justesse. Une tension plus homogène. Le diapason plus court côté aigu évite que les cordes de Sol et de Ré deviennent dures sous les doigts. L'ensemble paraît plus équilibré, d'une corde à l'autre.
Côté jeu, l'éventail demande une courte phase d'adaptation, surtout dans les premières cases. Mais la position du bras gauche épouse souvent naturellement l'angle des frettes, et beaucoup de musiciens finissent par trouver la multiscale plus ergonomique qu'une basse classique.
Sur la Saint Avant, Ashdown annonce un diapason évoluant entre 34 et 36 pouces (environ 864 à 914 mm). Certains revendeurs n'affichent que la valeur de référence de 864 mm : il s'agit de la longueur côté aigu, la corde la plus grave montant à 36 pouces.
Lutherie : la recette Ashdown
Le corps est taillé dans le peuplier, une essence de plus en plus courante sur les instruments de cette gamme de prix. Elle a l'avantage d'être légère et stable, avec une réponse assez neutre qui laisse de la place aux micros. Ashdown a aussi choisi une épaisseur de corps de 40 mm, nettement plus fine que les 45 mm environ d'une Jazz Bass classique. Combiné à la légèreté du peuplier, ce choix doit garder le poids sous contrôle, un point loin d'être anecdotique sur une 5 cordes à long diapason.
Comme sur ses Roasted Saint, Ashdown mise sur l'érable torréfié (roasted maple), pour le manche comme pour la touche. Le procédé, qui consiste à cuire le bois à haute température pour en extraire l'humidité et les résines, donne une teinte caramel et, surtout, une meilleure stabilité face aux variations d'hygrométrie. Un argument concret pour un instrument appelé à passer d'un local de répétition humide à une scène surchauffée.
Le manche est vissé, avec un profil en C et une finition naturelle mate, plus agréable sous la main qu'un vernis brillant. Le radius de touche de 350 mm (environ 13,8 pouces) est assez plat, favorable au jeu en accords, au tapping et aux techniques modernes. Le tout est maintenu par une double action truss rod de 640 mm, qui permet de corriger la courbure dans les deux sens.
Le manche reçoit 24 frettes en acier inoxydable de 2,9 mm de large. L'inox est un vrai plus à ce prix : quasiment inusable, il évite les reprises de frettes, offre un glissé très doux et un toucher un peu plus brillant. Le repérage se fait via des incrustations hexagonales noires, signature visuelle discrète de la série.
La largeur au sillet est de 38 mm sur la 4 cordes, comme sur une Jazz Bass, et de 47 mm sur la 5 cordes, une valeur assez compacte qui conviendra à ceux qui viennent de la 4 cordes. L'accastillage est entièrement noir : chevalet à pontets individuels de style vintage, mécaniques noires (Ashdown parle de mécaniques « modernes » dans sa fiche technique et de « style vintage » dans son texte de présentation) et boutons noirs. Les basses sont livrées montées en cordes D'Addario XL165, un tirant 45-105 classique.
Le cœur du sujet : trois micros J
C'est sans doute l'élément le plus original de la Saint Avant. Là où la plupart des multiscales optent pour une paire de humbuckers, Ashdown aligne trois micros simple bobinage de type J, avec aimants Alnico V et, selon plusieurs revendeurs, bobinés à la main. Une configuration JJJ peu courante, qui évoque certaines basses de luthier.
L'électronique est passive et volontairement simple :
- un volume général ;
- un potentiomètre de mélange (blend) des micros ;
- une tonalité passive.
La question que tout bassiste va se poser : comment un seul blend gère-t-il trois micros ? La fiche officielle ne détaille pas le câblage exact. Le principe annoncé reste de faire glisser le son du micro manche, rond et profond, vers le micro chevalet, sec et incisif, en passant par des mélanges intermédiaires où le micro central apporte du médium et de la présence. Un point à vérifier en main, car le comportement du micro central dans la course du blend conditionnera une bonne part de la polyvalence de l'instrument.
Sur le papier, la combinaison est séduisante. Trois simples bobinages espacés offrent des positions de mélange inédites, des « creux » de médium typés Jazz Bass jusqu'à un son plus centré et percutant. Les Alnico V, réputés pour leur sortie généreuse et leur aigu chantant, devraient aussi bien servir le slap que le jeu aux doigts. L'éventail, de son côté, devrait apporter au micro chevalet un grave plus tenu que sur une basse à diapason fixe.
Revers de la médaille : des simples bobinages peuvent capter un peu de ronflette, en particulier en solo. L'électronique passive limite aussi les possibilités de correction embarquée. Ceux qui ont l'habitude d'un préampli actif trois bandes devront compter sur leur ampli ou leurs pédales.
La fiche technique
| Modèle | Ashdown Saint Avant (Avant 4 / Avant 5) |
|---|---|
| Configuration | 4 ou 5 cordes, multiscale (frettes en éventail) |
| Diapason | 34 à 36 pouces (864 à 914 mm environ) |
| Corps | Peuplier, épaisseur 40 mm |
| Manche | Érable torréfié, vissé, profil C, finition naturelle mate |
| Touche | Érable torréfié, radius 350 mm |
| Frettes | 24, acier inoxydable, 2,9 mm |
| Repères | Hexagones noirs |
| Largeur au sillet | 38 mm (4 cordes) / 47 mm (5 cordes) |
| Truss rod | Double action, 640 mm |
| Micros | 3 simples bobinages type J (JJJ), aimants Alnico V |
| Électronique | Passive : volume, blend, tonalité |
| Chevalet | Pontets individuels, style vintage, noir |
| Mécaniques | Noires |
| Cordes d'origine | D'Addario XL165 |
| Finitions | Matt Black, Lambo Metallic Blue |
| Accessoire | Housse fournie (selon revendeurs) |
| Garantie constructeur | 5 ans (achat direct Ashdown) |
Deux finitions, deux personnalités
Ashdown propose la Saint Avant en deux habits. Le Matt Black joue la carte du monochrome : corps noir mat, plaque noire, accastillage noir, seul le manche torréfié apporte une touche chaude. Une esthétique sobre, presque furtive, qui colle bien aux univers metal et prog. Le Lambo Metallic Blue, un bleu métallisé clin d'œil assumé à l'automobile de luxe, est nettement plus démonstratif sur scène.
La forme de corps, à double pan coupé avec des cornes affinées, reste dans l'esprit des basses modernes de type « super-J », sans tomber dans l'agressivité de certaines multiscales orientées djent.
Prix et disponibilité
Sur la boutique officielle Ashdown, en version France, la Saint Avant est affichée à 525 € en 4 cordes et 625 € en 5 cordes, quelle que soit la finition. Attention toutefois : Ashdown précise ne pas expédier hors du Royaume-Uni depuis sa boutique en ligne et renvoie vers son réseau de revendeurs. Les précommandes britanniques étaient annoncées pour une livraison fin octobre 2026.
En France, plusieurs revendeurs ont déjà référencé la gamme, avec des tarifs constatés en dessous du prix catalogue, autour de 470 € pour la 5 cordes noire chez certains. Les dates d'arrivée varient selon les finitions : certaines versions bleues sont annoncées en précommande pour début décembre 2026. Comme toujours sur un nouveau modèle, il faudra surveiller les stocks et les prix, qui devraient se stabiliser dans les mois à venir.
Face à la concurrence
La Saint Avant arrive sur un segment où la multiscale abordable n'est plus une nouveauté. Plusieurs grandes marques asiatiques et européennes proposent déjà des 4 et 5 cordes en éventail sous la barre des 1 000 €, le plus souvent avec deux humbuckers et une électronique active.
C'est précisément là qu'Ashdown se distingue, la configuration JJJ, rare à ce prix, qui promet une palette plus « vintage » et plus organique que les doubles humbuckers actifs habituels ; l'électronique passive, qui plaira aux puristes et évite la question de la pile ; le combo érable torréfié et frettes inox, deux arguments généralement réservés à des gammes plus chères ; un tarif agressif, en particulier pour la 5 cordes, version où l'éventail a le plus de sens.
À l'inverse, ceux qui cherchent une égalisation active embarquée, un sillet très large pour jouer en accords ou une 6 cordes ne trouveront pas leur bonheur dans la gamme actuelle. Passez votre chemin !
Notre avis
Sur le papier, la Saint Avant coche beaucoup de cases. Ashdown n'a pas cherché à copier la recette habituelle des multiscales abordables : il a choisi une identité sonore à part, avec trois micros J en passif, et l'a habillée d'une lutherie sérieuse pour le prix. Rien de superflu, mais rien de bâclé non plus.
Une chose est sûre : en démocratisant une configuration aussi singulière, la marque à l'aile double affirme qu'elle n'est plus seulement un fabricant d'amplis qui vend aussi des basses. Gravebasse ne manquera pas de la passer sur le banc d'essai dès qu'elle sera disponible.
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