Le 30 octobre, le power trio aixois Cold Machine publie un nouvel EP de cinq titres, plus sombre et plus ouvertement new wave que tout ce que le groupe avait enregistré jusqu'ici. Son bassiste, Mathieu Formisano, nous en raconte la fabrication morceau par morceau. Au programme : une Warwick Streamer sauvée de la poussière, deux baffles Ashdown, la difficulté de faire jouer ses compos dans le Sud, une lettre au management de The Cure et une déclaration d'amour à Bandcamp.
Formé en 2019 dans le sud de la France, Cold Machine a trouvé son line-up définitif en 2021 autour de Simon van Liemt (guitare, chant), Mathieu Formisano (basse) et Michel Triai (batterie). Le trio revendique un « rock wave » nourri de post-punk et de new wave anglaise. Après Chain Reaction (2024), Escape Lines (2025) et un Live In Marseille paru au printemps, il revient avec Post Digital Syndrome, enregistré entre la fin 2025 et février 2026.
Un EP plus sombre, plus new wave
Grave Basse : Alors, ce nouvel EP de Cold Machine, il raconte quoi ?
Mathieu Formisano : On a énormément travaillé, avec l'envie de revenir vers quelque chose de plus sombre que le précédent, en renouant un peu avec l'esprit de notre premier EP. Il a fallu sortir cinq chansons, et le choix a été difficile parce qu'on en a pas mal en stock. On a retenu les cinq qui formaient l'ensemble le plus cohérent et qu'on avait vraiment envie d'enregistrer.
Je pense notamment à Broken Doll, un titre très particulier pour Simon, notre guitariste-chanteur, parce qu'il est assez autobiographique. Ce côté profondément humain de ses textes, on avait envie de le faire entendre.
Grave Basse : Vous l'avez enregistré quand ?
Mathieu Formisano : Une première partie à la fin de l'année dernière, et on a terminé en février. Ensuite, il a fallu le temps du mixage : les mixes définitifs sont arrivés début octobre, juste à temps pour une sortie le 30.
Grave Basse : Une sortie uniquement numérique ?
Mathieu Formisano : Pour l'instant, oui. On réfléchit très sérieusement à un pressage CD dans un premier temps, parce que le vinyle, ce n'est pas encore dans les projets.
Grave Basse : À l'écoute, j'ai trouvé l'EP beaucoup plus new wave que ce que vous aviez fait jusqu'à présent. C'est un petit virage pour Cold Machine.
Mathieu Formisano : Nos influences principales ont toujours été le post-punk et la new wave. Sur scène, on sonne d'ailleurs davantage dans ce registre. Mais sur disque, notre son restait plutôt rock, et ces influences ne transparaissaient que dans les textures. Cette fois, on voulait vraiment qu'on les entende.
On a beaucoup travaillé avec Jean-Michel Bouillaud, qui nous a enregistrés, mixés et masterisés. Il aime mixer seul et nous envoyer une première vision, puis on reprend tout avec lui : là, il faut que la basse perce dans le mix ; là, on veut que la guitare sonne autrement ; ça, c'est trop fort… La version qui figure sur l'EP est la quatrième. Il y a eu énormément de modifications, mais on est arrivés au son qu'on voulait.
De la Harley Benton à la Warwick Streamer
Grave Basse : Cette année a aussi été celle d'un changement de matériel pour toi.
Mathieu Formisano : Tout est parti de la fête de la musique, à Aix. On devait partager la soirée avec un autre groupe qui ne s'est pas présenté, et l'autre formation prévue s'est désistée au dernier moment. On s'est retrouvés seuls et on a enchaîné trois sets d'une heure et demie : quatre heures et demie de concert ! Ça nous a bien chauffés, et c'est ce qui m'a décidé à changer de basse. Il m'en fallait une plus légère.
La dernière fois qu'on s'était parlé, je jouais sur une Harley Benton type Precision. Je suis passé sur une Warwick Streamer, ce qui est quand même un sacré upgrade. Elle est très légère et sa palette sonore est absolument incroyable : les potards répondent vraiment, on peut travailler le son en profondeur.
C'est une Streamer d'une dizaine d'années dont le propriétaire ne se servait plus. Il avait une autre basse et celle-ci prenait la poussière. Un petit nettoyage des frettes, des cordes neuves évidemment, et elle était comme neuve. Franchement, elle sonne du feu de Dieu.
Grave Basse : Et côté amplification ?
Mathieu Formisano : Je reste fidèle à Ashdown. J'ai aussi changé de baffles pour en prendre deux de la marque : un 4x10 et un 1x15. Selon les concerts et la taille des salles, je peux prendre les deux ou n'en emmener qu'un. Parce que quand il faut tout transporter, c'est très beau, mais qu'est-ce que c'est lourd !
Grave Basse : C'est vrai qu'aujourd'hui, on privilégie des baffles beaucoup plus légers.
Mathieu Formisano : Mes anciens étaient d'ailleurs bien plus légers, mais ils sonnaient moins bien. Là, ça ronronne, on sent qu'il y a de la vraie basse. J'adore ce que fait Ashdown, je suis un grand fan de leurs amplis. J'aimerais d'ailleurs essayer leurs basses : j'ai vu qu'ils en avaient sorti, et elles ont l'air vraiment chouettes.
Grave Basse : La dernière, la Saint Avant, est effectivement très sympathique. Mais c'est une multiscale, il faut s'y habituer.
Mathieu Formisano : C'est ce que j'ai vu… Je ne suis pas encore prêt !
Grave Basse : Ça se joue pourtant assez facilement. La première fois que j'ai posé les doigts sur une multiscale, la vision était déroutante, mais on retrouve ses repères extrêmement vite. Cette espèce de cadran d'horloge sur le manche, on le voit, mais on ne le sent pas vraiment en jouant. C'est un peu comme passer d'un diapason de 30 à 35 pouces : les écarts ne sont plus les mêmes. Ça ne demande vraiment une autre gymnastique que si l'on joue beaucoup en accords.
Mathieu Formisano : Ça tombe bien, ce n'est pas ce que je fais le plus, comme tu as pu l'entendre ! Je joue surtout au médiator, avec quelques accords de temps en temps en live. Ça me donne envie d'essayer.
Cinq titres à la loupe avant la sortie le 30 octobre 2026
Grave Basse : Revenons à l'EP. On a eu la chance de pouvoir l'écouter en avant première. Tu peux nous le décrire morceau par morceau ? Il n'y en a que cinq, ce n'est pas un best of de quarante titres ;-)
Mathieu Formisano : Ahahah pas encore ! Le jour où on sortira le triple vinyle en édition limitée, on t'appellera :-)
Animal Instinct
Mathieu Formisano : C'est un morceau qu'on avait depuis un moment, sans arriver à trouver la formule idéale. Il est assez répétitif, et la basse, au départ très droite sur le début, nous laissait l'impression qu'il manquait quelque chose. On a fini par trouver, et c'est là qu'on s'est dit qu'il était temps de l'enregistrer : désormais, il fonctionne de bout en bout.
C'est le titre le plus rock brut de l'EP. La batterie est par moments un peu plus disco, la basse aussi, mais comparé aux autres morceaux et à nos influences post-punk, il est clairement plus rock.
C'est une composition de Simon, qui écrit la plupart de nos chansons. Il l'avait prête depuis un moment, on la jouait déjà, et il avait même posé ses premières parties de basse. Simon travaille beaucoup en amont sur GarageBand : à une époque, il enregistrait toutes ses démos avec la basse, la guitare et une batterie programmée. Il nous montre le morceau, chacun se l'approprie, puis on le travaille en groupe. Ici, c'est une petite ligne mélodique de basse, arrivée sur le tard, qui a tout débloqué. À ce moment-là, on s'est dit : « Ça y est, il est bon. »
Wheel of Creation
Mathieu Formisano : Par rapport à la version que je t'avais envoyée, on a changé l'ordre des morceaux : on ouvre toujours avec Animal Instinct, et Wheel of Creation arrive juste derrière. C'est le morceau le plus Joy Division de l'EP. Lui aussi existe depuis longtemps, il était prêt depuis une éternité, mais on n'avait jamais osé l'enregistrer parce qu'il ne collait pas à nos deux EP précédents. Et on avait vraiment très envie de le graver.
Dans l'écriture, c'est un hommage assumé à Joy Division. Même fonctionnement que pour Animal Instinct : Simon est arrivé avec sa trame, puis on l'a travaillé en groupe. C'est aussi pour ce genre de morceaux, très années 80, qu'on aimerait qu'on nous connaisse.
Grave Basse : Vous avez déjà pensé à intégrer un clavier ?
Mathieu Formisano : On y pense parfois, mais plus on est nombreux, plus il est difficile de trouver des créneaux qui conviennent à tout le monde pour les répétitions. À trois, ça tourne bien. Parfois, on se dit qu'on pourrait ajouter un clavier, ou même que, sur certains futurs morceaux, je laisse la basse pour passer au synthé. Peut-être qu'un jour il y aura une quatrième personne. Être trois, c'est l'avantage des plannings, mais sur scène, avec seulement une guitare, une basse et une batterie, il faut que ça joue !
Grave Basse : Il existe aussi des pédales synthé pour basse : tu gardes ton son, mais tu ajoutes une nappe derrière. Ça pourrait donner une deuxième tessiture au groupe.
Mathieu Formisano : Je ne m'y suis jamais vraiment penché, mais ça pourrait être cool. Il faudrait que j'aille voir sur gravebasse.com ce qui se fait de mieux en pédales synthé ! (rires)
Opposite Natures
Mathieu Formisano : Sur ce troisième titre, on change de chanteur : c'est Michel, notre batteur, qui le chante. Il a écrit le texte et Simon a composé la musique à la guitare. Cette fois, Simon n'est pas arrivé avec une chanson complète, juste un petit riff, et tout s'est développé très vite. J'ai immédiatement trouvé la partie de basse, avec sa partie mélodique du début, et le morceau s'est mis en place en un rien de temps.
On l'avait ensuite laissé de côté un moment, jusqu'au jour où, en réécoutant des enregistrements de répétition, on s'est dit : « Mais il est vachement chouette, ce morceau ! » C'est en le retravaillant que Michel a sorti un texte et que la chanson a pris forme.
Grave Basse : C'est la première fois que Michel chante ?
Mathieu Formisano : Non, il avait déjà chanté sur nos précédents enregistrements, et il lui arrive de retravailler des paroles avec Simon. Là, il a apporté le texte et Simon y a ajouté quelques lignes. Michel a quelques textes sous le coude, et il a été bien inspiré.
Ce qui est génial avec lui, c'est qu'on répète la plupart du temps dans son garage. Il a une batterie électronique et une table de mixage, ce qui nous permet de jouer en direct et de beaucoup travailler les morceaux. Il enregistre souvent les répétitions et les retravaille seul. Il lui arrive de nous envoyer un message du genre « Regardez les gars, j'ai trouvé ça », avec une ligne de chant qui marche parfaitement. Bravo Michel !
Grave Basse : Finalement, la composition ne repose pas que sur le guitariste.
Mathieu Formisano : Sur celle-ci, c'est vraiment un morceau monté en groupe. Simon avait déjà toute la base musicale à la guitare, qui reste la plus grosse partie de la chanson. Mais il y a eu cette ligne de basse, c'est assez étonnant : c'est le genre de truc que tu trouves du premier coup, que tu gardes, et qui fonctionne.
Grave Basse : L'alignement des étoiles, en somme. Donc, si je résume bien, il n'y a que toi qui ne fais rien dans ce groupe !
Mathieu Formisano : (rires) La plupart du temps, je m'occupe de la communication, de l'envoi aux plateformes et de tout ce genre de choses. Je suis le geek du groupe, comme ils disent ! Pour l'instant, Simon a tellement de compositions qu'on part quasiment toujours des siennes, d'autant que c'est lui qui est à l'initiative du groupe. J'en ai glissé une que j'avais écrite, qui n'est pas encore enregistrée et qu'on va retravailler. Et composer mes parties de basse, c'est déjà pas mal.
Broken Doll
Mathieu Formisano : Pour moi, c'est le titre le plus fort de l'EP sur le plan émotionnel. Il est aussi un peu plus long que ce qu'on fait d'habitude. C'est une chanson qui tient à cœur à Simon, parce qu'elle est très personnelle. Comme Opposite Natures, elle est arrivée très vite : on l'a jouée deux ou trois fois et elle était en place.
La petite ligne mélodique des refrains, puis celle de la longue épopée où la guitare part en solo puis en noise, je les ai trouvées instantanément. L'idée était de garder ce motif répétitif qui tourne en boucle pendant que la guitare travaille par-dessus, avec ce côté atmosphérique qui bascule ensuite dans le solo noise.
Ça a été très dur à capter, parce qu'il fallait que l'ingénieur du son comprenne bien ce qu'on voulait faire. Il y a eu beaucoup de travail sur l'atmosphère pour préserver tout ce que la chanson devait contenir. Avec Wheel of Creation, c'est l'un des deux sommets de l'EP, mais celle-ci reste vraiment la plus forte.
Invisible
Grave Basse : Et pour finir ?
Mathieu Formisano : Invisible. Elle devait peut-être figurer sur l'EP précédent, mais on n'avait jamais eu le temps de l'enregistrer ; la batterie était déjà en boîte. Cette fois, les paroles sont entièrement de Michel, je crois que Simon n'y a pas touché. La musique est de Simon : on l'avait depuis un moment et elle a mis du temps à trouver sa forme, parce qu'il nous manquait quelque chose sur le deuxième couplet. Comme le morceau est assez répétitif lui aussi, je pars à cet endroit sur une partie de basse plus mélodique, plus aiguë, pour faire voyager la chanson.
C'est le titre le moins raccord avec le reste de l'EP, plus sombre : c'est un peu le point lumineux du disque. Les quatre premiers sont assez lourds, assez durs, et celui-ci permet de respirer à la fin. Une petite sortie lumineuse, avec une chanson un peu plus légère.
Faire jouer ses compos dans le Sud
Grave Basse : En tout cas, ça fait un très bel EP, que j'ai eu plaisir à écouter. Ce qu'il lui faut maintenant, c'est tourner. Comment s'est passée votre année côté concerts ?
Mathieu Formisano : Merci beaucoup ! On a joué plusieurs fois à Marseille : au Leda Atomica et deux fois au Molotov, une petite salle marseillaise, avec quelques premières parties vraiment chouettes. Mais c'est toujours un peu difficile, dans la région, de trouver des salles pour des groupes de compositions. Les groupes de reprises trouvent plus facilement où jouer ; pour nous, c'est plus compliqué. Et puis on est dans une niche, et il existe tellement de groupes.
Grave Basse : Il y a pourtant un public pour votre musique, et des salles aussi. Vous restez cantonnés à votre secteur ?
Mathieu Formisano : On essaie d'aller plus loin. Le plus loin, c'était Nice, au Brassitorium, un bar très cool qui fait jouer plein de groupes. On leur a envoyé nos morceaux, ils étaient partants, alors on y est allés : plus d'une heure et demie de route… pour quatre personnes dans la salle, je crois. On était un peu dégoûtés, même si on s'est quand même régalés. Mais trois heures d'aller-retour, ça fait réfléchir.
À l'inverse, on a fait une soirée au Leda Atomica, à Marseille, avec deux autres groupes, et ça s'est très bien passé : cinquante ou soixante personnes pour trois groupes pas connus du tout, dans une soirée plutôt darkwave. Tout le monde était dans l'ambiance. La darkwave revient un peu à la mode, alors on s'est infiltrés dans cette scène pour dire : « Hé, les gars, on existe ! »
Grave Basse : L'idée, c'est quand même de sortir un peu de votre région. Rien qu'à Dijon, il y a des lieux où jouer. Et en remontant vers Lyon, Valence ou Annecy, il y a un vrai public et des salles pour ce genre de musique.
Mathieu Formisano : On nous a parlé de Dijon, effectivement, et de Toulon aussi, plus près de chez nous. On a essayé de contacter quelques lieux. On démarche pas mal, mais on a du mal à obtenir des réponses : je pense qu'ils reçoivent énormément de demandes.
Grave Basse : Il ne faut pas lâcher. Il faut appeler, discuter, les pousser à écouter, relancer.
Mathieu Formisano : Ce n'est pas évident, mais on essaie. On travaille tous, sauf Michel, le seul retraité de la bande. Il a mille activités et ne s'arrête jamais, mais il est plus libre pour aller faire des dates. Se faire un nom aujourd'hui, c'est difficile, même si les retours sont encourageants : à chaque concert, des gens viennent nous dire qu'ils ont adoré, et on voit dans nos statistiques Spotify qu'ils nous écoutent ensuite. Ceux qui nous découvrent en live accrochent.
Grave Basse : Il y a une vraie écoute après chaque concert.
Mathieu Formisano : Oui. Je crois que c'est parce qu'on est sincères dans ce qu'on fait. On ne compose pas en se disant que ça plaira à untel ou à untel. On fait des chansons qui nous plaisent d'abord à nous, et on ne les sort que lorsqu'on en est satisfaits. Animal Instinct, on aurait pu la sortir plus tôt, mais tant qu'un morceau n'est pas à notre goût, on ne le sort pas. On veut toujours donner le meilleur de nous-mêmes, même si on trouvera toujours de petites imperfections en réécoutant.
Grave Basse : Le fameux « on aurait pu faire ceci ». On a une vision à un instant T, qui peut dévier au fil des années.
Mathieu Formisano : C'est sûr, et beaucoup de nos morceaux vont encore évoluer. C'est ce qui est intéressant : ils ne restent pas figés, ça les fait vivre. Notre but, c'est de faire les choses avec sincérité et avec nos tripes. En musique, c'est ce qui compte. On reste des amateurs, mais on essaie de bien faire le travail, et je pense qu'on entend que les enregistrements sont propres et travaillés.
Grave Basse : Tout groupe commence en amateur, et je serais même tenté de dire qu'on est tous des amateurs. Combien de musiciens aussi talentueux, aussi monstrueux techniquement puissent-ils être, restent inconnus parce qu'ils ont un autre métier ou que se montrer ne les intéresse pas ?
La mélodie avant la démonstration
Mathieu Formisano : On en voit beaucoup en ce moment sur Internet, des musiciens très techniques qui font des vidéos. Ça n'a jamais trop été mon truc, même si j'ai eu ma période grands techniciens : ado, Van Halen me faisait rêver. Quand j'entendais cette guitare, je trouvais ça incroyable. Aujourd'hui, je suis beaucoup plus attiré par la mélodie parce que la démonstration, au bout d'un moment, c'est mignon mais c'est ennuyeux. Il y a un seul groupe très technique que j'écoute vraiment sans m'ennuyer : Mörglbl, avec Ivan Rougny à la basse, Christophe Godin à la guitare et Aurélien Ouzoulias, un monstre, à la batterie. C'est instrumental, très technique, mais il y a toujours des touches d'humour et c'est remarquablement construit. Une musique de fous, jouée par des gens qui ne se prennent pas la tête. Et Ivan Rougny à la basse, c'est du costaud !
Sinon, ce qui m'éclate le plus, ce sont les lignes mélodiques d'un McCartney ou d'un Peter Hook. Des parties qui ne sont pas forcément complexes, mais devant lesquelles on se demande comment ils ont pu trouver ça. Avec tous ces techniciens qu'on voit passer sur Internet, j'ai parfois l'impression d'être un peu en décalage, mais chacun son truc.
Une lettre au management de The Cure
Grave Basse : Quels sont vos projets pour cette fin d'année ?
Mathieu Formisano : On a quelques nouveaux morceaux en chantier. On va continuer à les travailler, peut-être retourner en studio au début de l'année prochaine, et jouer un maximum en live.
Grave Basse : Des dates prévues ?
Mathieu Formisano : Pas d'ici la fin de l'année. Notre dernier concert, c'était au Leda Atomica il y a deux ou trois semaines. Mais une date peut toujours se débloquer d'un coup : il arrive qu'une salle cherche une première partie au dernier moment, et là, on se jette dessus.
Grave Basse : Ça vous arrive d'être sollicités pour ça ?
Mathieu Formisano : Oui. On a même tenté un truc un peu fou cette année : quand on a vu que The Cure passait aux Arènes de Nîmes, on a écrit à leur management. Et figure-toi qu'ils m'ont répondu !
Grave Basse : Pour te dire non ?
Mathieu Formisano : (rires) Pour me remercier de notre candidature et m'expliquer que toutes les premières parties étaient déjà bookées. J'ai trouvé ça vraiment classe qu'ils prennent la peine de répondre. En plus, je m'étais d'abord trompé d'adresse, et la personne qui a reçu le mail l'a transféré au bon service. Incroyable !
D'autant qu'ils avaient choisi un groupe français en première partie, que Robert Smith aurait repéré dans un bar, si j'ai bien compris. Finalement, on aurait pu avoir notre chance… Je réécrirai à la prochaine tournée. Parfois, de petites salles ne te répondent même pas, et là, le management de The Cure, en Angleterre, te répond de manière hyper pro.
Bandcamp, CD et albums écoutés en entier
Mathieu Formisano : C'est vrai, il faut qu'on cherche ailleurs. Et puis on n'écoute plus la musique comme avant : beaucoup de gens écoutent des playlists et n'achètent plus ni vinyles ni CD. Moi, j'ai toujours tendance à acheter, parce que j'aime écouter un album en intégralité. J'ai gardé ce principe.
Grave Basse : Un principe qui se perd. Pendant longtemps, on ne concevait pas d'écouter un album autrement que de la première à la dernière piste. Avec le temps, cela se fait de moins en moins.
Mathieu Formisano : On zappe davantage les chansons qu'on aime moins, alors qu'avant, on les écoutait quand même.
Grave Basse : C'est aussi lié à la profusion. Si mes chiffres sont bons, il se produit chaque jour dans le monde quelque chose comme 5 000 heures de musique, sans même parler de la musique générée par IA. Cela fait plus de 200 jours d'écoute produits… chaque jour !
Mathieu Formisano : Pour de petits groupes comme nous, c'est fabuleux d'être sur les plateformes : on se dit qu'on fait comme les grands. Avant, c'était réservé à d'autres ; aujourd'hui, pour une somme modique versée chaque année à un distributeur, on peut être partout. Parfois, on se demande si on a vraiment notre place là-dedans. Je pense que oui, parce qu'on a quelque chose à proposer. Et ça permet de découvrir énormément de choses.
Grave Basse : Être présent sur les plateformes, c'est une chance.
Mathieu Formisano : Et Bandcamp, c'est super. Dommage que ce soit si peu connu en France : la plupart des gens ne savent même pas ce que c'est. Nous, par exemple, on a un fan en Irlande qui achète chacun de nos EP sur Bandcamp, et qui attend toujours le Bandcamp Friday pour qu'on soit le mieux payés possible. Un vrai passionné, qui soutient les groupes. Je trouve ça génial.
La sortie de leur troisième EP, Post Digital Syndrome, aura lieu le vendredi 30 octobre 2026 !
Cinq nouveaux titres, entre post-punk et new wave, sur lesquels ils ont mis toute leur énergie et une bonne partie de leurs tripes.
5 titres au programme : Animal Instinct / Wheel Of Creation / Opposite Natures / Broken Doll / Invisible
L'EP sera disponible sur toutes les principales plateformes de streaming, ainsi que sur leur Bandcamp.
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