Hot Like Mars, l'odyssée du groove et son bassiste Lamontè "Tae" Norwood

Publié le 25 octobre 2026 à 08:04

Dans la musique nord-américaine contemporaine, peu de formations parviennent à capturer simultanément l'exigence technique du jazz, la ferveur spirituelle du gospel, la sueur du funk originel et l'esprit d'aventure libertaire des "jam bands". La ville de Chicago, véritable creuset historique ayant enfanté le blues électrique de Muddy Waters, la soul majestueuse de Curtis Mayfield et les pulsations synthétiques de la house music de Frankie Knuckles, a toujours exigé de ses musiciens une authenticité viscérale. C'est dans ce terreau fertile qu'a germé Hot Like Mars, un quintet qui, en l'espace de quelques années, a redessiné les contours du funk moderne et du rock improvisé.

Le Creuset de Chicago : Contexte et Prémices Historiques (2007-2016)

L'histoire de Hot Like Mars ne s'est pas écrite ex nihilo, au détour d'une session de studio fortuite. Elle est l'aboutissement d'une décennie de maturation musicale, de collaborations croisées et d'une quête d'identité sonore au sein d'une scène locale extrêmement compétitive.

Les fondations de ce qui allait devenir l'un des groupes les plus incendiaires du Midwest remontent à l'année 2007. À cette époque, deux jeunes lycéens passionnés par la six-cordes, Patrick Walsh et Frankie "Lightning" Minella, décident d'unir leurs talents pour former le groupe Walsher Clemons, accompagnés de leur tout premier batteur, Mike. Ces années formatrices sont marquées par un apprentissage empirique et une fascination pour les figures tutélaires du mouvement "jam band" américain, avec une vénération particulière pour des groupes capables d'étirer leurs compositions sur scène, tels que le Dave Matthews Band et Phish.

Cependant, les deux guitaristes ne se contentent pas de copier leurs idoles. Patrick Walsh, dont la formation initiale s'est faite au sein d'ensembles de jazz, perfectionne son phrasé sous la tutelle de figures locales éminentes telles que Justin Canavan et Anders Nordstrom. Il intègre progressivement des influences disparates, allant des syncopes reggae de Bob Marley au lyrisme blues d'Eric Clapton. Minella, de son côté, développe une approche rythmique redoutable, forgeant un son de guitare électrique incisif qui deviendra le contrepoint parfait aux textures harmoniques plus douces de Walsh. Ce duo gémellaire sur le plan musical va traverser près d'une décennie de scènes locales, de petits clubs en bars de quartier, apprenant l'art difficile de capter l'attention d'un public qui ne les connaît pas.

L'Ère The North 41 : L'Ascension et la Dissonance Cognitive (2016-2023)

En 2016, le projet musical de Walsh et Minella subit une première mutation génétique majeure. Le groupe se rebaptise The North 41 et commence à intégrer les musiciens qui formeront l'ossature de leur succès futur. C'est durant cette période qu'ils recrutent le bassiste Donoven Brown, affectueusement surnommé "Donnie" ou "Heavy Profit", qui pose les premières briques d'une section rythmique résolument orientée vers le funk.

L'année suivante, en 2017, marque un tournant décisif. Le groupe cherche à étoffer son spectre harmonique et approche Anthony Perry, un musicien prodige de la scène locale. Élevé dans les traditions strictes du gospel, de la soul et du R&B de Chicago, Perry a commencé la batterie à l'âge de 9 ans avant de se tourner vers les claviers. Il possède un pedigree impressionnant, ayant appris le piano à l'oreille dans les églises sous le mentorat bienveillant de Rodney East, avant de formaliser ses connaissances par des études de jazz et d'harmonie au College of DuPage et à la prestigieuse Belmont University de Nashville, Tennessee.

Fait fascinant, lorsque Walsh et Minella lui proposent de rejoindre The North 41, Perry décline d'abord l'offre, estimant que la musique du groupe, très orientée vers un pop-rock poli, ne correspond pas à ses aspirations profondes. Il finit par accepter, apportant avec lui non seulement une maîtrise claviéristique époustouflante (orgue, clavinet, synthétiseurs), mais aussi un talent vocal caché. En effet, Perry confesse n'avoir jamais voulu chanter initialement, détestant sa propre voix, et n'ayant commencé à prendre le micro sérieusement qu'à l'aube de la vingtaine. Son timbre de baryton, chaud et ancré, va pourtant devenir la signature vocale du groupe.

Sous l'incarnation de The North 41, le groupe connaît un succès commercial incontestable. Ils maîtrisent les algorithmes des réseaux sociaux, produisent des vidéos virales, et écument les festivals régionaux, se produisant notamment au Domefest. Pourtant, derrière les millions de vues et les salles remplies, une dissonance cognitive s'installe. Les membres du groupe ressentent un éloignement progressif de leurs racines. La musique de The North 41 est devenue trop lisse, trop produite, trop dépendante des codes de la pop et des formats courts imposés par l'industrie musicale moderne. Les musiciens aspirent à une plus grande liberté, à la sueur des clubs moites, aux improvisations fleuves et à un retour aux sources brutes de la soul et du funk des années 70.

L'Épiphanie et la Naissance de Hot Like Mars (2023-2024)

Face à cette impasse artistique, la décision est prise fin 2023. Plutôt que de tenter de modifier The North 41 de l'intérieur, les membres décident de faire table rase, d'abandonner une marque pourtant établie, et de se réinventer totalement. Ils souhaitent créer une musique non filtrée, un croisement assumé entre la culture "jam", le funk séminal, la soul de la Motown et le gospel.

L'anecdote entourant la genèse du nouveau nom du groupe est désormais célèbre parmi leurs fans et illustre parfaitement la spontanéité qui guide cette nouvelle aventure. En route pour un concert dans la salle du Mad Planet à Milwaukee, roulant sur l'autoroute I-94 dans le Wisconsin, le groupe se livre à un remue-méninges épuisant, testant des centaines de noms de scène. Anthony Perry, plongé dans ses pensées, évoque le légendaire groupe de hip-hop Digable Planets. Quelqu'un dans le véhicule mentionne le "Mars Cheese Castle", une immense forteresse commerciale située en bordure d'autoroute. Cherchant un nom extraterrestre, en trois syllabes percutantes, Perry lâche soudainement : "Hot Like Mars".

Patrick Walsh raconte que le silence s'est fait dans la voiture, suivi d'une approbation générale. Bien que l'astrophysique nous enseigne que Mars est une planète nettement plus froide que la Terre, l'association d'idées fonctionne. Le nom évoque la chaleur incandescente de leur musique, une couleur rougeoyante et un groove qui ne semble pas provenir de ce monde. La transition est actée, l'histoire peut commencer.

Cette mue s'accompagne d'un changement crucial au sein de la section rythmique. Le groupe recrute Wes Julien à la batterie. Originaire des Quad Cities, Julien est un batteur au CV littéralement inscrit dans ses gènes. Fils de pasteur, il a commencé à jouer de la batterie à l'église à l'âge de 5 ans. Plus impressionnant encore, il est le petit-fils d'un membre des légendaires The Meters, les pères fondateurs du funk de la Nouvelle-Orléans. L'arrivée de Julien injecte instantanément un ADN polyrythmique et syncopé au sein de la formation.

C'est dans cette même dynamique de refonte rythmique que Lamontè "Tae" Norwood va s'imposer comme le bassiste définitif de cette nouvelle entité, succédant à Donoven Brown après les tous premiers balbutiements du projet.

La Biométrie Sonore : Anatomie du Quintet

Pour comprendre l'impact musical de Hot Like Mars, il convient d'analyser l'architecture de la formation. Chaque membre occupe un spectre fréquentiel et un rôle harmonique précis, permettant d'éviter la cacophonie souvent inhérente aux groupes comprenant cinq instrumentistes de haut niveau.

Musicien Rôle Principal Formation & Héritage Impact Analytique dans le Mix
Anthony Perry (A.P.) Chant lead, Orgue, Piano, Synthétiseurs, Clavinet, Production Église, Gospel, Jazz (College of DuPage, Belmont Univ.). Mentoré par Rodney East. Le centre de gravité harmonique. Sa voix de baryton ancre les jams. Ses nappes d'orgue comblent le spectre des bas-médiums. Il produit et mixe également une grande partie de la discographie.
Patrick Walsh Guitare électrique, Chœurs Jazz, Jam band (DMB, Phish), Reggae. Apporte une texture rythmique en "skank" et des solos modaux. Son jeu est moins saturé, plus clair, se plaçant dans les hauts-médiums.
Frankie "Lightning" Minella Guitare électrique, Chœurs, Ingénierie sonore Rock classique, Jam band. Mixage de l'album The Red Tapes. Le soliste électrique par excellence. Utilise davantage l'overdrive. Il assure également un rôle de technicien du son fondamental pour le groupe.
Wes Julien Batterie, Chœurs Gospel, New Orleans Funk (descendance The Meters). Le métronome syncopé. Son héritage "second line" de la Nouvelle-Orléans permet au groupe d'explorer des signatures rythmiques complexes sans perdre le côté dansant.
Lamontè "Tae" Norwood Basse électrique, Chœurs Funk classique, R&B, Soul, Gospel. Le trait d'union. Doit faire le lien entre la complexité de Julien et les accords enrichis de Perry. Un placement au fond du temps ("deep pocket").

Lamontè "Tae" Norwood : Le Maître des Fréquences Graves

Pour le lectorat spécialisé de GraveBasse, l'arrivée de Lamontè Norwood (souvent crédité sous le nom de Tae Norwood, Lamontae Norwood, ou sur les réseaux sociaux via son pseudonyme taefinessemusic) au sein de Hot Like Mars constitue un sujet d'étude fascinant.

Il est crucial de dissiper une confusion courante générée par l'homonymie dans l'ère de l'information numérique : si le nom "Tae Norwood" est également associé à un célèbre entraîneur de basketball universitaire (notamment au Palm Beach State College) dont la carrière s'étend sur plus de deux décennies, le Lamontè "Tae" Norwood qui nous intéresse ici est un phénomène musical entièrement dévoué à la basse électrique. Cette distinction est essentielle pour se concentrer sur son apport purement artistique.

Norwood n'est pas un bassiste qui cherche la démonstration stérile. Il s'inscrit dans la lignée des grands "architectes de l'ombre" de la soul et du funk, ces musiciens qui comprennent que la note la plus importante est souvent celle que l'on ne joue pas.

Philosophie du Groove : Le Culte du "Pocket" et le Respect du "Un"

L'analyse musicologique des performances de Norwood révèle une maîtrise époustouflante du "deep pocket". Dans le jargon des musiciens de studio, jouer dans le "pocket" signifie trouver l'exacte subdivision du temps qui fait balancer un morceau. Contrairement au rock, où le bassiste a souvent tendance à jouer de manière "pushy" (légèrement en avant du clic du métronome) pour générer un sentiment d'urgence et d'agressivité, le funk exige de jouer "behind the beat" (légèrement en retard).

Norwood excelle dans cette élasticité temporelle. Il étire le temps, créant une tension physique chez l'auditeur qui ne se résout qu'à la mesure suivante. Les critiques musicaux qui ont analysé les concerts du groupe soulignent systématiquement la relation télépathique qu'il entretient avec le batteur Wes Julien. Leur dynamique commune repose sur un principe établi par James Brown et Bootsy Collins dans les années 60 : "The One" (Le Un).

Le "Un", c'est le premier temps de la mesure. Dans le funk de Hot Like Mars, Norwood et Julien s'assurent que ce premier temps est attaqué avec une lourdeur et une précision mathématiques. Une fois cette fondation posée de manière inébranlable, Norwood est libre de syncoper les temps 2, 3 et 4 à sa guise, utilisant des "ghost notes" (notes mortes percussives) pour faire rebondir la ligne de basse. Cette méthode permet de créer un espace harmonique béant, permettant aux deux guitaristes de tisser leurs toiles sans embouteillage sonore.

La presse spécialisée décrit d'ailleurs ses lignes de basse comme étant "aussi funky que possible", ponctuées d'un "groove guttural et bas" qui semble "témoigner" (dans un sens quasi-religieux issu du gospel) de chaque ligne vocale chantée par Anthony Perry. Lors des passages d'improvisation pure, Norwood fait preuve d'une grande intelligence compositionnelle en temps réel. S'il peut s'effacer pour devenir un simple ostinato hypnotique, il est également capable, lorsque l'improvisation le demande, de sortir du rang pour entamer des dialogues contrapuntiques d'une virtuosité rappelant les interactions entre Victor Wooten et ses batteurs.

L'Apport Vocal : L'Armonie Complète

Il est un aspect souvent sous-estimé du rôle des bassistes dans les groupes de cette trempe : leur contribution vocale. Lamontè Norwood est crédité sur la quasi-totalité de la discographie de Hot Like Mars en tant que choriste (Background Vocals).

Chanter juste est une chose, mais chanter des harmonies complexes tout en jouant des lignes de basse syncopées est l'un des exercices les plus difficiles pour un musicien, relevant d'une indépendance cérébrale rare. Sur des morceaux comme "Sum'n Boutchu" ou "My Broken Pride", Norwood assure des chœurs essentiels qui, couplés aux voix de Walsh et Minella, créent un mur harmonique qui élève la voix principale de Perry.

La Discographie de Hot Like Mars

La production discographique de Hot Like Mars est à l'image de leur fulgurante ascension : prolifique, réfléchie, et divisée de manière égale entre le travail chirurgical du studio et la captation de la sauvagerie de la scène. La stratégie de sortie du groupe, qualifiée de "waterfall release" (sortie en cascade de singles menant à un album), leur a permis de maintenir l'attention d'un public de plus en plus vaste.

L'Album de la Consécration : One Way Ticket Up (2025)

Sorti le 15 avril 2025, One Way Ticket Up constitue la fondation conceptuelle du quintet. L'objectif de cet album n'était pas de retranscrire les jams de 15 minutes du groupe, mais de prouver leur capacité à composer des chansons solides, concises, capables de passer en radio tout en conservant une identité organique.

L'album est une leçon de production. Le titre "Lotta Nothin'", propulsé à un tempo effréné de 155 battements par minute, illustre la facette la plus rock du groupe. Norwood y déploie une ligne de basse au mediator ou aux doigts très tendus qui s'engrène parfaitement avec la grosse caisse de Julien, prouvant que le groupe sait frapper fort. À l'inverse, "Hit It Hard", devenu l'un des hymnes d'ouverture de leurs concerts, est un appel funk à l'immersion totale, où les clavinet de Perry rappellent le meilleur de Stevie Wonder.

Mais l'album sait aussi explorer la vulnérabilité. "My Angels" est une composition magistrale qui touche au spirituel sans jamais sombrer dans le prêchi-prêcha. Les voix y sont superposées avec un soin infini, soutenues par une basse ronde et enveloppante de Norwood, offrant un message d'espoir universel. "Every Day Above Ground", l'un des singles phares, possède une histoire intime poignante : écrit par Anthony Perry, le texte est inspiré par le combat de sa propre sœur, Jackie, et de son enfant né prématurément. C'est ce savant mélange entre grooves impérieux et textes profondément humains qui confère à One Way Ticket Up sa densité émotionnelle.

La Vérité de la Scène : The Red Tapes (2025)

Si le studio est le lieu de la réflexion, la scène est celui de l'action. Conscient que son public se déplace avant tout pour l'expérience live, Hot Like Mars a sorti le 29 octobre 2025 l'album The Red Tapes. Composé de 14 pistes, mixé et masterisé avec passion par le guitariste Frankie Minella, cet album est un témoignage brut de la prise de risque du groupe.

C'est ici que l'on comprend véritablement le rôle de Lamontè Norwood. Le morceau d'ouverture, "The Funk", débute par un groove infectieux et uptempo avant de se dissoudre dans une jam session expansive de près de neuf minutes. L'enchaînement "Don't Get Comfy" plongeant sans transition dans "Comfy Jam" (plus de sept minutes) montre un groupe capable d'utiliser l'improvisation modale comme outil narratif. Sur "Sum'n Boutchu", les journalistes notent que "le funk coule à flots épais", rendant un hommage direct à la lourdeur implacable imposée par Norwood et Julien.

L'album intègre également "Situationship", un morceau récemment paru en single, qualifié par la critique de chef-d'œuvre funk-jazz, évoquant une session inédite de Prince ou un trésor caché des débuts des Jacksons.

L'Écosystème du "Jam Band" : Le Live comme Religion

La réputation de Hot Like Mars s'est forgée selon l'adage le plus ancien du rock : en usant l'asphalte et en gagnant le public un par un. Le groupe s'inscrit dans la pure tradition des "jam bands" (héritée du Grateful Dead et de l'Allman Brothers Band), une sous-culture où la performance live est l'œuvre d'art ultime, l'album studio n'étant considéré que comme un croquis préparatoire.

Les Résidences et la Conquête du Territoire

La stratégie d'expansion du groupe a été méthodique. Au début de l'année 2024, plutôt que de se lancer dans une tournée épuisante dans des salles vides, Hot Like Mars a sécurisé une résidence mensuelle de quatre mois (de février à mai) au club Martyrs' de Chicago. Ce choix fut stratégique : cette résidence a servi de laboratoire musical en temps réel. Devant un public fidèle et exigeant, le groupe a pu tester de nouveaux arrangements, étirer les improvisations jusqu'au point de rupture, et consolider la cohésion télépathique de la section rythmique.

Leur tout premier concert officiel sous leur nouvelle identité s'est tenu au légendaire Park West de Chicago. Remplir cette salle de 1 100 places, foulée autrefois par des légendes comme Elton John, sans même avoir sorti d'album complet, fut le signal clair qu'un phénomène était en marche.

Depuis, leur ascension nationale a été foudroyante. Le groupe partage la scène avec les mastodontes du genre : Pigeons Playing Ping Pong (notamment lors de deux soirées mémorables au St. Andrews Hall), Andy Frasco (au Metro de Chicago), Spafford, The Motet, ou encore Here Comes The Mummies. Leurs tournées les emmènent désormais de la côte Est aux montagnes du Colorado, remplissant des salles prestigieuses comme le Brooklyn Bowl à New York, le Cervantes' Other Side à Denver, le Garcia's à Chicago, le Ludlow Garage à Cincinnati ou encore le Miller High Life Theatre à Milwaukee. En 2026, cette ascension a été couronnée par la signature du groupe avec l'importante agence de booking Universal Attractions Agency (UAA), actant leur statut de tête d'affiche nationale.

Le Laboratoire des Reprises : S'approprier l'Histoire

Dans la culture jam, la capacité à s'approprier et à déconstruire le répertoire d'autres artistes est une marque de respect et de virtuosité. Hot Like Mars a fait de l'art de la reprise (la "cover") un terrain de jeu exceptionnel, exigeant de Lamontè Norwood une flexibilité stylistique hors du commun.

Leur fait d'armes le plus célèbre est probablement leur réinvention totale de "Enter Sandman" de Metallica. Transformer un hymne du heavy metal en une transe funk sombre, tout en conservant le riff iconique, demande une compréhension profonde de l'harmonie. Norwood y abandonne la rigidité du jeu metal pour un groove lourd et sinueux, permettant à Frankie Minella d'exécuter un solo de guitare déchirant, créant une tension que le public réclame à chaque concert.

Leur ancrage dans la musique noire de Chicago est célébré par une reprise frénétique de "Move On Up" du maître Curtis Mayfield. Maintenir un tel tempo (riche en percussions latines sur la version originale) pendant plusieurs minutes exige de la section rythmique une endurance physique et mentale digne d'athlètes de haut niveau. Le groupe navigue également avec aisance dans le reggae, proposant des versions de "Could You Be Loved" de Bob Marley, ou dans le folk-rock psychédélique avec une version funkifiée du "All Along The Watchtower" de Bob Dylan.

Norwood prouve également sa culture hip-hop et R&B lors de medleys audacieux, croisant par exemple le classique "Footsteps in the Dark" des Isley Brothers avec le "It Was A Good Day" du rappeur Ice Cube (qui sample d'ailleurs le morceau des Isley). Et pour prouver que la beauté mélodique reste leur priorité, le groupe s'aventure même à sublimer des balades pop-folk, comme l'illustre leur sublime reprise de "Landslide" de Fleetwood Mac, capturée en vidéo live.

L'"American Jam Band" : L'Improvisation Sans Filet

L'interactivité avec le public est poussée à son paroxysme lors d'un segment de leurs concerts affectueusement nommé "American Jam Band". Lors de ces séquences, le groupe est souvent rejoint par des invités récurrents tels que le saxophoniste/flûtiste Aaron Stinson et le violoniste Josh Holcomb.

Abolissant complètement le quatrième mur, les musiciens se munissent de tableaux blancs et de marqueurs. Ils invitent les spectateurs du premier rang à y inscrire des thèmes, des ambiances ou des mots totalement incongrus (par exemple, "Pirates des Caraïbes" ou "Death Metal"). À la lecture du tableau, le groupe doit improviser instantanément, et collectivement, une composition instrumentale cohérente autour de cette suggestion.

Pour un bassiste comme Lamontè Norwood, cet exercice représente le test ultime de musicalité. Sans aucune grille d'accords prédéfinie, sans aucun filet de sécurité, il doit instantanément trouver une tonalité, établir un motif rythmique qui correspond à la suggestion du public, et fournir une plateforme harmonique stable pour que les claviers et les guitares puissent construire une mélodie. C'est dans ces moments de funambule, où la catastrophe n'est jamais loin mais où la grâce l'emporte toujours, que la véritable érudition musicale de Norwood se révèle. Il ne se contente pas d'exécuter des parties apprises par cœur ; il "parle" couramment le langage universel de la musique en temps réel.

Les Perspectives

Alors que l'année 2026 s'annonce comme la plus dense de leur carrière en termes de tournées, Hot Like Mars regarde vers l'avenir avec des ambitions dévorantes. Leurs objectifs, avoués en interview, ne se limitent pas à tourner dans le circuit des clubs. Ils visent les plus grands festivals américains comme le mythique Jazz Fest de la Nouvelle-Orléans, les arènes légendaires comme le Red Rocks Amphitheatre dans le Colorado, et Anthony Perry ose même rêver de "La Sphère" à Las Vegas.  

La sortie très attendue de leur prochain album studio, Worth The Wait, programmée pour novembre 2026, devrait confirmer leur statut de poids lourds de la scène nationale. Ils y poursuivront leur mission : fédérer des publics disparates, des amateurs de jazz pointus aux danseurs invétérés, en passant par les rockers en quête de sincérité.  

L'ascension météorique de Hot Like Mars dans le paysage musical saturé des années 2020 est la preuve éclatante que la musique live, organique, transpirante et généreusement improvisée possède un pouvoir cathartique inaltérable. En refusant les diktats des algorithmes pour embrasser une fusion audacieuse et complexe de soul de Chicago, de funk tellurique, de gospel et d'improvisation rock, le quintet a trouvé bien plus qu'un public : il a créé une communauté.

Leur succès ne doit rien au hasard. Il repose sur un équilibre alchimique précaire et magnifique : la ferveur spirituelle d'Anthony Perry, la dualité électrique des guitares de Pat Walsh et Frankie Minella, et surtout, l'assise implacable de la section rythmique.

Au cœur de cette machinerie de précision, le bassiste Lamontè "Tae" Norwood incarne l'archétype du groover moderne. Alliant l'érudition harmonique de ses racines gospel, un "pocket" rythmique digne des plus grandes légendes des studios Motown et Stax, et une technicité lui permettant de s'exprimer sans filtre dans le contexte imprévisible d'un "jam band", Norwood ne se contente pas d'accompagner Hot Like Mars ; il en définit littéralement le champ gravitationnel. Le voyage de Hot Like Mars ne fait que commencer, et le vaisseau est fermement ancré sur ses fréquences les plus basses.

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