Alex Webster - Cannibal Corpse, Blotted Science, Conquering Dystopia (1969 - )
Alex Webster grandit à Akron, dans l'État de New York, au sein d'une famille où la musique va de soi : son père, en partie d'ascendance écossaise, joue dans une formation de cornemuses qui écume les fêtes foraines, sa mère est pianiste autodidacte. Ses premiers pas sur scène se font lors d'un spectacle scolaire, à reprendre Bruce Springsteen et Bob Seger, mais c'est vers le metal le plus extrême que le portent ses goûts. En 1987, il fonde Beyond Death avec le guitariste Jack Owen, puis, en décembre 1988, les deux compères s'associent à trois anciens de Tirant Sin, Paul Mazurkiewicz, Chris Barnes et Bob Rusay. C'est Webster qui trouve le nom du nouveau groupe : Cannibal Corpse. Signé chez Metal Blade dès l'été 1989, le quintette publie Eaten Back to Life (1990) puis s'installe à Tampa, épicentre du death metal floridien, d'où sortent Butchered at Birth (1991) et Tomb of the Mutilated (1992), dont le morceau Hammer Smashed Face, coécrit par Webster et Mazurkiewicz, devient un hymne du genre, jusqu'à apparaître en 1994 dans le film Ace Ventura, détective chiens et chats. Les chanteurs et les guitaristes passent, Webster et Mazurkiewicz restent : ils sont les deux seuls membres de toutes les époques d'un groupe qui compte seize albums studio, dont Violence Unimagined (2021), entré dans le top 10 des ventes américaines, et Chaos Horrific (2023). Son jeu est l'un des plus reconnaissables du death metal : exclusivement aux doigts, sans médiator ni distorsion, avec ce qu'il appelle un son clair agressif, nourri de ses modèles Billy Sheehan, Geddy Lee, Cliff Burton, Steve Harris et Steve Di Giorgio. Après une Fender Precision offerte par sa mère pour ses dix-neuf ans, il joue aujourd'hui une Spector signature à cinq cordes équipée des micros Seymour Duncan Hammer Smashed Bass. Parolier du groupe, il multiplie aussi les aventures techniques : Hate Eternal en studio, le trio instrumental Blotted Science avec Ron Jarzombek (The Machinations of Dementia, 2007), puis Conquering Dystopia aux côtés de Jeff Loomis et Keith Merrow (2014). Cannibal Corpse est entré au Metal Hall of Fame en 2025, et un ver marin fossile, Websteroprion armstrongi, porte en partie son nom.
Lien web : Site officiel de Cannibal Corpse
John Levén - Europe, Brazen Abbot, Glenn Hughes (1963 - )
Né à Stockholm, John Gunnar Levén a sept ans lorsque sa famille s'installe à Upplands Väsby, une banlieue de la capitale suédoise où grandissent aussi la plupart des futurs membres d'Europe. En 1981, il remplace Peter Olsson au sein de Force, le groupe du chanteur Joey Tempest et du guitariste John Norum. L'épisode suivant est resté célèbre dans la petite histoire du hard rock scandinave : Levén part un temps rejoindre le Rising Force d'Yngwie Malmsteen tandis que Marcel Jacob, bassiste de ce dernier, prend sa place chez Force, avant que les deux musiciens ne refassent l'échange trois mois plus tard. Rebaptisé Europe, le groupe remporte en 1982 le concours Rock-SM face à quelque quatre mille formations, publie un premier album l'année suivante puis Wings of Tomorrow (1984), qui lui ouvre les portes d'un contrat international. C'est Levén qui, en 1985, suggère à Tempest de bâtir une chanson sur un vieux riff de clavier que le chanteur gardait dans ses tiroirs : ce sera The Final Countdown, dont l'album homonyme (1986) propulse Europe dans le monde entier, avec un single classé huitième aux États-Unis et la ballade Carrie dans le top 3 américain. Suivent Out of This World (1988) et Prisoners in Paradise (1991), avant la mise en sommeil de 1992. Levén ne reste pas inactif : on l'entend chez Brazen Abbot, le projet du guitariste bulgare Nikolo Kotzev, chez Clockwise, Last Autumn's Dream et Southpaw, auprès de John Norum et de Glenn Hughes, l'ancienne voix de Deep Purple, sur From Now On... (1994). Lorsque Europe se reforme officiellement en 2003, il retrouve naturellement sa place et cosigne Always the Pretenders sur Secret Society (2006) puis The Beast sur Last Look at Eden (2009). Bag of Bones (2012), War of Kings (2015), Walk the Earth (2017) et Come This Madness (2026) confirment la vitalité d'un groupe dont lui et Joey Tempest sont les deux seuls membres à avoir joué sur tous les albums studio. Discret, efficace, toujours au service du morceau, son jeu forme avec la batterie d'Ian Haugland la colonne vertébrale du son Europe.
Lien web : Site officiel d'Europe
Chubby Jackson - Woody Herman, Charlie Barnet, Charlie Ventura (1918 - 2003)
Greig Stewart Jackson, dit Chubby, naît à New York dans une famille de musiciens de vaudeville et de Broadway, et grandit dans les coulisses du show-business. Il commence par la clarinette vers seize ou dix-sept ans avant de passer très vite à la contrebasse au milieu des années 1930. À partir de 1939, il tourne avec les grands orchestres de Raymond Scott, Jan Savitt et Henry Busse, puis passe deux ans chez Charlie Barnet, de 1941 à 1943, avant d'entrer dans le premier « Herd » de Woody Herman. Il en devient l'âme : son humour, son énergie et son swing irrésistible en font l'un des musiciens les plus populaires de l'après-guerre, tandis qu'il joue les dénicheurs de talents pour l'orchestre et lui offre des compositions comme Northwest Passage. Après la dissolution du First Herd, il rejoint en 1947 le septette de Charlie Ventura puis emmène son propre groupe en Scandinavie, la première formation bebop à tourner en Europe. Il dirige ensuite un big band en 1948 et 1949 et enregistre des disques qui en font l'un des premiers contrebassistes à prendre de véritables solos, multipliant les expériences, des changements de tempo aux fonds sonores inattendus. Inventif jusque dans la lutherie, il imagine une contrebasse à cinq cordes, fabriquée selon ses plans par la firme Kay, et contribue à faire venir le pianiste Lennie Tristano à New York. Dans les années 1950, après de nouvelles aventures avec Ventura et un groupe codirigé avec le tromboniste Bill Harris, il travaille surtout en studio, puis devient une figure de la télévision new-yorkaise en animant entre 1959 et 1962 plusieurs émissions pour enfants sur WABC et WOR, dont The Chubby Jackson Show. Disc-jockey de jazz en Floride dans les années 1970, il joue encore avec Lionel Hampton en 1978 et 1979, retrouve régulièrement Woody Herman et partage la scène avec son fils, le batteur Duffy Jackson. Entré au Big Band and Jazz Hall of Fame en 2000, il s'éteint près de San Diego en 2003, laissant l'image d'un contrebassiste qui fit entrer la gaieté et l'audace au cœur de la section rythmique.
Lien web : Écouter Chubby Jackson sur Deezer
Barry Dunaway - 38 Special, Yngwie Malmsteen, Pat Travers (1958 - )
Fils de deux anciens membres des garde-côtes américains, Barry Dunaway voit le jour à St. Petersburg, en Floride, et monte sur scène dès l'âge de quinze ans aux côtés de son frère Don Oja-Dunaway, au sein de Cheyenne puis de Bittersweet, avant de fonder avec lui et leur sœur Sharon le groupe Chuffa. À dix-sept ans, il tient la basse dans la formation folk rock d'Atlanta Silverman, puis rejoint en 1974 les Dawson Boys, groupe de country rock avec lequel il enregistre These Summer Nights (1976). Après Magic Cat, il intègre en 1980 Whiteface, cosigne plusieurs titres de Change of Face (1981) et enregistre la même année sur Cool Night, l'album de Paul Davis. Le tournant arrive en 1982 : avec Jerry Riggs, il passe dans le groupe du guitariste Pat Travers, avec lequel il grave Hot Shot (1984), avant d'accompagner Joe Lynn Turner, l'ancien chanteur de Rainbow, en tournée et jusque dans le film Blue de Ville (1986). En 1988, il entre dans la galaxie d'Yngwie Malmsteen. Le batteur Anders Johansson lui attribuera le mérite d'avoir aidé le virtuose suédois à rendre son metal néoclassique plus efficace pour un groupe de rock. On l'entend sur le live Trial by Fire: Live in Leningrad (1989), puis sur Facing the Animal (1997), Live!! (1998) et Alchemy (1999). Entre-temps, il enregistre When the Blackbird Sings (1991) avec Saraya, puis rejoint Survivor de 2004 à 2006, le temps de l'album Reach. Musicien de scène très demandé, il tourne au sein des formations Rock & Pop Masters et Voices of Classic Rock, qui réunissent d'anciens membres de groupes phares des années 1970 et 1980. C'est par ce biais que Don Barnes, cofondateur de 38 Special, le remarque : appelé en 2011 pour remplacer Larry Junstrom, alors opéré du genou, Barry Dunaway devient membre à part entière en 2013. Barnes salue depuis son rôle dans le regain d'énergie du groupe sudiste, et cette fidélité, toujours d'actualité, constitue la plus longue collaboration de sa carrière, faite de groove solide, de chœurs assurés et d'un sens aigu du collectif.
Lien web : Site officiel de 38 Special
Ihor Melnytchouk - Braty Hadiukiny (1965 - )
Né à Magadan, dans l'Extrême-Orient soviétique, Ihor Melnytchouk fait ses débuts de musicien à treize ans en animant des mariages, et c'est à l'accordéon qu'il reçoit sa formation initiale. Au fil des années 1980, il traverse plusieurs groupes de la scène rock ukrainienne, Avers, Rokirovka, KooP, puis Diti Tiajkoho Roku, où il tient déjà la basse en 1987 et 1988. En 1989, il rejoint Braty Hadiukiny (Брати Гадюкіни), la formation la plus singulière de Lviv, d'abord comme claviériste, en remplacement du fondateur Oleksandr Yemets. Deux ans plus tard, le départ du bassiste Oleksandr Hambourg le fait passer à la quatre-cordes, et il fait entrer dans le groupe le claviériste Pavlo Krakhmalov, tout juste sorti du conservatoire. Les « Hady » deviennent alors l'un des groupes ukrainiens les plus populaires de la fin de l'ère soviétique : leur cocktail de rock'n'roll, de blues, de punk, de reggae, de funk et de folk, porté par des textes ironiques truffés d'argot et de parler populaire, triomphe au festival Tchervona Routa, puis en tournée au Canada, en Belgique, en Allemagne, en Slovaquie et en France, et le groupe est même le premier de l'underground ukrainien à s'imposer en Russie. Après la mise en sommeil de 1996, Melnytchouk et Krakhmalov aident Oleksandr Tychtchenko à relancer Zymovyi Sad, accompagnent la chanteuse Natalia Houra et fondent à Kyiv leur propre studio, Hadiukiny Records, où ils composent pour le cinéma, les séries, la publicité et l'habillage sonore de la chaîne 1+1, dont ils sont les producteurs musicaux de 1997 à 2013. Le grand concert de retrouvailles de janvier 2006 à Kyiv relance l'aventure, et après la disparition du chanteur Serhiy « Kouzia » Kouzminsky, c'est lui qui prend de fait la tête du groupe. Il signe paroles et musiques des seize chansons de l'album Made in Ukraine (2014) et en chante l'essentiel, sans lâcher sa basse, qu'il prête aussi au Lesyk Band. En 2026, il a été distingué du titre de Légende nationale de l'Ukraine.
Lien web : Écouter Braty Hadiukiny sur Deezer
Janne Hongisto - Kotiteollisuus (1970 - )
Janne Kristian Hongisto appartient à la poignée d'amis de Lappeenranta, dans l'est de la Finlande, qui ont donné naissance à Kotiteollisuus, l'une des institutions du rock finlandais. Tout commence dès le collège, lorsqu'il se lie avec Jouni Hynynen : avec quelques camarades, les deux adolescents montent un premier groupe punk, baptisé A-Studio, qui ne survit pas à l'entrée au lycée. La flamme se rallume pendant le service militaire, lorsque Hynynen et le guitariste Tomi Sivenius relancent l'aventure. En 1993, le groupe prend le nom de Hullu ukko ja kotiteollisuus, emprunté à une réplique de série télévisée, et enregistre ses premières démos avec Simo Jäkälä au chant, Sivenius et Hynynen aux guitares, Jari Sinkkonen à la batterie et Janne Hongisto à la basse, poste qu'il n'a plus quitté depuis. Raccourci en Kotiteollisuus en 1997, le nom devient celui d'un rock en finnois rugueux et sombre, à la croisée de la tradition du suomirock et du metal, porté par des textes mordants. La consécration arrive en 2004, lorsque l'album Helvetistä itään décroche l'Emma, l'équivalent finlandais des Victoires de la musique, dans la catégorie hard rock et metal, et fait basculer le groupe dans une autre dimension. Gaucher, Janne Hongisto joue au médiator et n'hésite pas à salir son son d'une pointe de distorsion sur de nombreux morceaux, offrant aux riffs de Hynynen une assise massive et granuleuse. Il s'est même offert une incursion au chant sur Hunninkolla, l'un des titres d'un EP du groupe. Fidèle parmi les fidèles, il a traversé avec Kotiteollisuus plus de trois décennies de disques et de tournées, des grands festivals d'été finlandais comme Ilosaarirock ou Rakuuna Rock jusqu'aux projets plus inattendus, comme le single de Noël Adventti enregistré en 2012 avec le groupe Viikate et la tournée humoristique qui l'accompagna. Installé aujourd'hui à Tohmajärvi, en Carélie du Nord, il incarne la stabilité d'un groupe qui a fait de la constance l'une de ses marques de fabrique.
Lien web : Écouter Kotiteollisuus sur Deezer
Erich Buchebner - S.T.S., Wolfgang Ambros, Kurt Ostbahn (1954 - )
Né à Ratten, dans le Joglland styrien, et élevé à Krieglach, Erich Buchebner étudie la contrebasse, l'arrangement et la composition à l'université de musique de Graz, notamment auprès de Wayne Darling et Dieter Glawischnig. Dès 1971, il tient la basse des Myners, groupe de Leoben, puis traverse la scène rock autrichienne des années 1970 : la Crazy Baby Band, où il côtoie Brad Howell, futur vraie voix de Milli Vanilli, le groupe psychédélique Marijane, qui vit en communauté près de Fürstenfeld, puis la Jim & Andy Cogan Band, de 1977 à 1979. En 1986, il cosigne avec l'humoriste Joesi Prokopetz Sind Sie Single?, numéro un des ventes en Autriche pendant deux semaines. Sa carrière prend une autre ampleur avec S.T.S., le trio acoustique styrien qui a vendu plus de deux millions et demi d'albums : studio dès les années 1980 selon certaines sources, puis bassiste de scène de 1988 à 1995, il revient en 2008, après la disparition brutale de son successeur Wolfram « Woofy » Abt, et reste jusqu'à la séparation du groupe en 2014. En parallèle, il devient l'un des bassistes les plus sollicités du pays, en studio comme sur scène, auprès de Kurt Ostbahn, Peter Cornelius, de l'Erste Allgemeine Verunsicherung, de Christian Kolonovits, de Hansi Lang ou du guitariste Robby Musenbichler. En 2006, il rejoint Die No. 1 vom Wienerwald, l'orchestre de Wolfgang Ambros, l'une des légendes de l'Austropop. Compositeur pour la scène et l'écran, il signe la musique de la comédie 4 nach 40 et cosigne celle du film Die Viertelliterklasse (2005). Dans son studio CPO, le Creative Pool Ollersbach installé près de Neulengbach, ont été enregistrés la quasi-totalité des derniers albums de Kurt Ostbahn, ainsi que de nombreux disques d'artistes autrichiens. Il s'amuse aussi à endosser le costume de Ricky Gold, crooner de schlager au second degré, et transmet son savoir à travers une masterclass de basse et ses interventions au musicCamp soundbase de Vienne.
Lien web : Site officiel de Wolfgang Ambros
Roberto Bellatalla - Louis Moholo, Dreamtime, Elton Dean (1954 - )
Contrebassiste italien voué aux musiques libres, Roberto Bellatalla fait ses premières armes dans le bouillonnement du jazz transalpin des années 1970, aux côtés du trompettiste Guido Mazzon, sur Ed ora parliamo di libertà (1975), du pianiste Gaetano Liguori et du saxophoniste Mario Schiano, avec lequel il enregistre Ecologia (1975) puis Concerto della Statale (1976). En 1976, il s'installe à Amsterdam, alors l'une des capitales européennes de l'improvisation, où il joue en quartette avec le violoncelliste Tristan Honsinger, le tromboniste Radu Malfatti et le saxophoniste Sean Bergin, et se frotte à l'univers du batteur Han Bennink. En 1978, il participe au Laboratorio della Quercia, rencontre exceptionnelle qui réunit Evan Parker, Steve Lacy, Massimo Urbani, Roswell Rudd et le pianiste Frederic Rzewski. Installé à Londres à partir de 1983, il s'immerge dans la scène où se croisent free jazz britannique et diaspora sud-africaine : il joue avec Ken Hyder, Dudu Pukwana et Julian Bahula, et intègre Viva La Black, le groupe du batteur Louis Moholo, avec lequel il participe en 1993 à la première tournée du groupe en Afrique du Sud, avant d'enregistrer Bra Louis – Bra Tebs (1995). Dès 1985, il est aussi l'un des piliers de l'ensemble d'improvisation Dreamtime, aux côtés du trompettiste Jim Dvorak, avec lequel il grave plusieurs albums. On le retrouve en 1989 en tournée avec le String Trio du pianiste Keith Tippett, en 1990 en trio avec le batteur Steve Noble et le guitariste Billy Jenkins, puis dans The Shakedown Club, ainsi qu'au sein de Newsense, le groupe du saxophoniste Elton Dean (1997). Son propre quartette, avec Claude Deppa, Jason Yarde et Brian Abrahams, publie Borrowed Time en 1998. Revenu en Italie en 2003, il tourne avec Moholo et le Canto General de Pino Minafra, puis se consacre largement à la musique pour la danse, tout en poursuivant le dialogue en duo avec la saxophoniste Biggi Vinkeloe et en trio avec Mike Cooper et Sandro Satta. Son jeu, terrien et profondément à l'écoute, fait de lui un passeur discret entre l'avant-garde italienne, néerlandaise et britannique.
Lien web : Écouter Roberto Bellatalla sur Deezer
Ajouter un commentaire
Commentaires