Nés un 4 octobre : sept bassistes, deux contrebasses et mille façons de tenir le grave

Publié le 4 octobre 2026 à 00:29

Du jazz de chambre de l'ECM au rock cuivré de Woodstock, des studios du Tonight Show aux reprises acoustiques vues des milliards de fois sur YouTube : le 4 octobre a vu naître des bassistes qui n'ont presque rien en commun, sinon l'art de rendre les autres meilleurs.

Steve Swallow – Jimmy Giuffre 3, Gary Burton Quartet, Carla Bley Band, John Scofield Trio (1940)

Steve Swallow voit le jour le 4 octobre 1940 à Fair Lawn, dans le New Jersey. Enfant, il passe par le piano et la trompette avant de trouver sa voie à quatorze ans, derrière une contrebasse. Il entre ensuite à Yale pour étudier la composition, mais la scène new-yorkaise l'appelle plus fort que les amphithéâtres : en 1960, il quitte l'université pour Manhattan.

Les débuts sont d'une exigence rare. Swallow rejoint le pianiste Paul Bley, puis le trio de Jimmy Giuffre aux côtés de ce même Bley, une formation qui invente une musique de chambre libre, feutrée, sans batterie, dont l'influence se mesurera sur des décennies. Suivent George Russell, le quartette d'Art Farmer, où il se met sérieusement à composer à partir de 1963, puis Stan Getz. C'est chez le vibraphoniste Gary Burton que tout bascule : entre 1967 et 1970, avec l'arrivée du guitariste Larry Coryell, le quartette de Burton devient l'un des tout premiers groupes à marier jazz et énergie rock.

Au début des années 1970, Swallow fait un choix qui scandalise alors une partie des puristes : il abandonne la contrebasse pour la basse électrique, et ne reviendra jamais en arrière. Il est l'un des premiers contrebassistes de jazz de premier plan à franchir ce pas, avec Monk Montgomery et Bob Cranshaw. Mais Swallow ne joue pas la basse comme on l'entend alors dans le rock : il privilégie le registre aigu, attaque au médiator, phrase comme un guitariste ou un cor, et opte pour la cinq-cordes. Ses instruments, conçus sur mesure par le luthier Harvey Citron, deviennent indissociables de ce son chantant et boisé ; aujourd'hui encore, il joue une Citron Swallow #10.

Entre 1974 et 1976, il enseigne au Berklee College of Music et plusieurs de ses compositions entrent dans le premier Real Book, la bible clandestine des musiciens de jazz. « Falling Grace », « Eiderdown » ou « Hotel Hello » seront reprises par Bill Evans, Chick Corea ou Stan Getz. En 1978, il rejoint le groupe de Carla Bley. La pianiste et compositrice devient sa partenaire artistique et sa compagne pour quarante-cinq ans : big band, duos intimistes, trio avec le saxophoniste Andy Sheppard, la collaboration se déploie sur les labels Watt et ECM jusqu'à la disparition de Carla Bley en octobre 2023.

En leader, Swallow signe en 1980 Home chez ECM, mise en musique de poèmes de Robert Creeley chantés par Sheila Jordan, puis une série d'albums pour XtraWATT, parmi lesquels Carla (1987), Swallow (1992), Real Book (1994), Deconstructed (1997) ou Damaged in Transit (2003). Son compagnonnage avec John Scofield, entamé au début des années 1980, culmine en 2020 avec Swallow Tales, un album ECM entièrement consacré à ses compositions. Depuis le milieu des années 1980, les lecteurs et critiques de DownBeat le placent régulièrement en tête de la catégorie basse électrique.

En juin 2026, ECM publie Winter Songs, son premier disque en leader depuis plus de dix ans, enregistré en septembre 2024 à New York avec Chris Cheek, Mike Rodriguez, Steve Cardenas, Gil Goldstein et Adam Nussbaum. Neuf pièces sans titre, marquées par le deuil, qu'il résume ainsi : « Avant Winter Songs, j'avais donné à la musique tout ce que je pouvais ; en faisant cet album, les rôles se sont inversés : elle m'a donné ce dont j'avais besoin. »

Site officiel : https://www.wattxtrawatt.com/

Eddie Gómez – Bill Evans Trio, Steps Ahead (1944)

Eddie Gómez naît le 4 octobre 1944 à Santurce, à Porto Rico, et grandit à New York où sa famille s'installe alors qu'il est enfant. C'est l'école publique new-yorkaise qui lui met une contrebasse entre les mains, à onze ans. Deux ans plus tard, il entre à la High School of Music & Art, puis se forme à la Juilliard School auprès de Fred Zimmerman, dont il sort diplômé en 1963. Entre-temps, de 1959 à 1961, il a déjà fait ses classes dans le Newport Festival Youth Band dirigé par Marshall Brown.

Très vite, le jeune contrebassiste se fait remarquer sur la scène new-yorkaise auprès de Gerry Mulligan et de nombreux autres chefs. Mais c'est en 1966 que sa vie bascule : Bill Evans l'engage dans son trio. Il y restera onze ans, jusqu'en 1977, une longévité exceptionnelle dans l'univers du pianiste. Gómez y apporte une virtuosité mélodique, une vitesse de réaction et une liberté de dialogue qui prolongent l'héritage de Scott LaFaro tout en l'emmenant ailleurs. L'enregistrement live Bill Evans at the Montreux Jazz Festival, capté le 15 juin 1968 avec Jack DeJohnette à la batterie, remporte le Grammy du meilleur album de jazz instrumental ; The Bill Evans Album (1971) sera lui aussi récompensé. Les duos piano-contrebasse avec Evans, comme Intuition ou Montreux III, restent des modèles d'écoute mutuelle.

Après Evans, Gómez devient l'un des contrebassistes les plus demandés du jazz moderne. Il cofonde avec le vibraphoniste Mike Mainieri et le saxophoniste Michael Brecker le groupe Steps, rebaptisé Steps Ahead, laboratoire d'un jazz électrique sophistiqué. Il enregistre avec Chick Corea, notamment sur Three Quartets (1981), travaille régulièrement avec Jack DeJohnette et accompagne une impressionnante galerie de grands noms. En leader, il grave une série d'albums pour Columbia, Projazz et Stretch, puis, dans les années récentes, de nombreux projets coréalisés avec le pianiste Mark Kramer.

En mai 2013, le Berklee College of Music lui décerne un doctorat honoris causa sur son campus de Valence, en Espagne, le premier jamais remis sur ce site. Le magazine Time avait résumé son talent d'une formule : « Eddie Gómez a le monde au bout de ses cordes. » Octogénaire, il continue de jouer et d'enregistrer, fidèle à cette qualité d'accompagnateur attentif qui a fait de lui l'un des grands architectes du trio de jazz moderne.

Écouter : https://open.spotify.com/artist/1fy4TYipoUDGK6DU5OZKHQ

Jim Fielder – Blood, Sweat & Tears, Buffalo Springfield, The Mothers of Invention, Neil Sedaka (1947)

Jim Fielder naît le 4 octobre 1947 à Denton, au Texas, mais grandit en Californie du Sud, à Anaheim. Son père lui met un ukulélé entre les mains à sept ans ; la guitare suit, puis la basse au lycée, lorsque le jeune Jim se laisse happer par les musiciens de surf et de jazz de la région. Après le bac, il prend des cours de contrebasse avec Ralph Peña, bassiste de Frank Sinatra. Ses modèles s'appellent Ray Brown, Ron Carter, Richard Davis, Charles Mingus, mais aussi Jerry Jemmott et les bassistes de la Motown.

Au lycée Loara d'Anaheim, il se lie d'amitié avec Tim Buckley et le parolier Larry Beckett. Ensemble, ils jouent dans les cafés un folk sombre mâtiné de blues et d'improvisations, sous le nom des Bohemians. Quand Buckley signe chez Elektra, il emmène Fielder en studio : le bassiste joue sur son premier album en 1966 puis sur Goodbye and Hello. Recommandé par le batteur Billy Mundi, il passe ensuite chez les Mothers of Invention de Frank Zappa, où il tient la guitare rythmique pendant les sessions d'Absolutely Free. Son visage figure dans le collage de la pochette, mais son nom disparaît des crédits après son départ. Il gardera pourtant de Zappa un souvenir reconnaissant : c'est lui qui l'a ouvert aux compositeurs classiques et lui a prouvé qu'on pouvait faire une musique inventive sans substance.

En 1967, quand Bruce Palmer doit quitter Buffalo Springfield pour des problèmes de visa, Fielder le remplace pendant environ cinq mois. Il laisse sa trace sur le deuxième album du groupe, jouant une basse fretless sur « Everydays », une valse jazz signée Stephen Stills. La même année, il croise Al Kooper à San Francisco et participe à la naissance de Blood, Sweat & Tears, d'abord quartette rythmique au Café Au Go Go de Greenwich Village avant l'arrivée des cuivres. Child Is Father to the Man (1968) pose les bases d'un rock cuivré ambitieux ; après le départ de Kooper et l'arrivée du chanteur David Clayton-Thomas, l'album Blood, Sweat & Tears se classe numéro un, est quadruple disque de platine et remporte en 1970 le Grammy de l'album de l'année. Fielder y déploie des lignes pensées pour épouser les arrangements de cuivres plutôt que les concurrencer, sur « Spinning Wheel », « And When I Die » ou « God Bless the Child ».

Il joue avec le groupe à Woodstock, tard dans la nuit du dimanche, entre Johnny Winter et Crosby, Stills & Nash, devant une foule réduite à une cinquantaine de milliers de personnes mais pour un moment qui marquera sa vie. Il participe aussi à la tournée de 1970 en Europe de l'Est, parrainée par le Département d'État américain, épisode revisité par le documentaire What the Hell Happened to Blood, Sweat & Tears? auquel il a contribué. Après six albums et sept années, il quitte le groupe, lassé par les tensions internes et l'essoufflement consécutif au départ de Clayton-Thomas.

Commence alors un autre chapitre, plus discret mais d'une longévité remarquable : à partir de 1977, Fielder devient le bassiste de Neil Sedaka, qu'il accompagnera pendant plus de quarante ans, de Las Vegas à Carnegie Hall en passant par le Hollywood Bowl. Il mène en parallèle une carrière de musicien de studio et de scène, anime des groupes de jazz, de rock et de gospel, enseigne et écrit. Fidèle à sa Rickenbacker, qu'il affectionnait pour son timbre singulier, il vit aujourd'hui en semi-retraite à Asheville, en Caroline du Nord.

Écouter : https://open.spotify.com/album/6xsGdFpySjNRkRSQxHvzdU

Lindsey Horner – Myra Melford Trio, Jewels and Binoculars, Eileen Ivers Band (1960)

Lindsey Horner naît le 4 octobre 1960 à New York. Son parcours de formation traverse l'Atlantique : il obtient un Bachelor of Music au Trinity College de Dublin, où il plonge dans la musique traditionnelle irlandaise, puis un Master de contrebasse à la Juilliard School. Il prend en parallèle des leçons particulières auprès de deux maîtres aux styles très différents, Milt Hinton et Dave Holland.

Dès 1982, il dirige ses propres formations. Ses deux premiers albums en leader, Never No More au début des années 1990 puis Mercy Angel quelques années plus tard, obtiennent tous deux cinq étoiles dans DownBeat. Suivront Believers (Koch Jazz, 1997), Don't Count on Glory, Undiscovered Country (ArtistShare, 2010) et, en 2017, One More Forever, un album de contrebasse solo.

Horner s'impose surtout comme un pilier de l'avant-garde new-yorkaise. On l'entend auprès de Pharoah Sanders, John Zorn, Marty Ehrlich, Bill Frisell, Dave Douglas, Don Byron, Greg Osby, Bobby Previte, Muhal Richard Abrams, Joseph Jarman ou Leroy Jenkins. Dans les années 1990, il est la contrebasse du trio de la pianiste Myra Melford, avec lequel il enregistre quatre albums salués par la critique. Avec le clarinettiste Michael Moore et le batteur Michael Vatcher, il forme Jewels and Binoculars, trio qui relit les chansons de Bob Dylan en instrumentaux libres et poétiques, sur trois disques. Il codirige également le groupe Sleeping Bee.

L'autre versant de sa vie musicale reste irlandais. Il a joué avec The Chieftains et le chanteur Andy Irvine, collaboré avec le violoniste écossais Johnny Cunningham, et signé deux albums en duo avec la chanteuse Susan McKeown, Mighty Rain et Through the Bitter Frost and Snow. Depuis une quinzaine d'années, il fait partie du groupe de la violoniste Eileen Ivers. Multi-instrumentiste, il joue aussi de la clarinette basse, du tin whistle, de la guitare et du saxophone baryton, et a tenu la basse dans plus d'une trentaine de productions à Broadway.

Site officiel : https://lindseyhorner.com/

Robert Hurst – Wynton Marsalis Quintet, Branford Marsalis Quartet, The Tonight Show Band (1964)

Robert Leslie Hurst III naît le 4 octobre 1964 à Detroit, ville dont il porte l'héritage musical. Il commence par la guitare avant de se consacrer à la basse, sous l'influence de Ray Brown et de Ron Carter. En 1982, il est distingué comme Presidential Scholar par la National Endowment for the Arts. Il joue professionnellement depuis 1980 et se fait connaître en 1985 au sein d'Out of the Blue, le jeune ensemble du label Blue Note, tout en accompagnant Tony Williams, Mulgrew Miller ou Harry Connick Jr.

De 1986 à 1991, il est le contrebassiste du groupe de Wynton Marsalis, au cœur du renouveau acoustique qui marque le jazz de ces années-là. Il rejoint ensuite le quartette de Branford Marsalis au début des années 1990, puis suit le saxophoniste lorsque celui-ci prend la direction musicale du Tonight Show with Jay Leno. De 1992 à 1999, Hurst est le premier bassiste de l'orchestre de l'émission, un poste qui lui vaut quatre Emmy Awards.

Sa discographie de sideman dépasse les deux cents enregistrements et croise des univers très variés : Paul McCartney, Charles Lloyd, Dave Brubeck, Yo-Yo Ma, Sting, Diana Krall, Willie Nelson, Barbra Streisand ou Ravi Coltrane. Selon sa biographie universitaire, il a participé à des productions récompensées par sept Grammy Awards. Il signe aussi des musiques de film, dont celles de The Wood et Brown Sugar, et joue sur les bandes originales de la trilogie Ocean's de Steven Soderbergh et de Good Night, and Good Luck de George Clooney.

En leader, il débute en 1993 avec Robert Hurst Presents: Robert Hurst et compte huit albums sous son nom, parmi lesquels Unrehurst Vol. 2 et Bob Ya Head (2011), ce dernier sur lequel il joue aussi de la basse électrique, et BoB: A Palindrome (2013). Professeur titulaire à l'université du Michigan, où il dirige les petites formations de jazz, il siège depuis 2002 au conseil d'administration de la John and Alice Coltrane Foundation.

Réseau social : https://www.facebook.com/roberthurstbass/

Daniel Manzano – Boyce Avenue (1980)

Daniel Manzano naît le 4 octobre 1980 et grandit à Sarasota, en Floride. Aîné de trois frères, il est d'abord joueur de basket au lycée, puis suit un chemin qui ne mène pas naturellement vers la scène : il est diplômé de la Harvard Law School. La musique familiale finit pourtant par l'emporter.

En octobre 2004, il fonde Boyce Avenue avec ses frères Alejandro, au chant, à la guitare rythmique et au piano, et Fabian, à la guitare solo. Daniel y tient la basse, les percussions et les chœurs. À partir de 2007, le trio publie sur YouTube des reprises acoustiques de titres de Justin Timberlake, Rihanna ou Coldplay. La formule, épurée, fondée sur des harmonies vocales soignées et une rythmique discrète, fait mouche. La chaîne du groupe dépasse aujourd'hui les seize millions d'abonnés et totalise près de sept milliards de vues, ce qui fait de Boyce Avenue l'un des pionniers de la musique diffusée directement sur la plateforme.

Le groupe publie aussi ses propres compositions : All You're Meant to Be en 2009, en indépendant, puis All We Have Left en 2010, qui entre au classement Heatseekers de Billboard. En 2011, les frères quittent Universal Republic pour fonder leur label, 3 Peace Records, et conserver le contrôle de leur musique. L'EP No Limits (2014) et l'album Road Less Traveled (2016) confirment cette voie indépendante. Boyce Avenue continue de tourner dans le monde entier, en Asie et en Europe en 2025, puis aux États-Unis au printemps 2026. Dans ce format où la basse doit soutenir sans jamais encombrer, Daniel Manzano incarne une forme d'efficacité discrète au service de la chanson.

Site officiel du groupe : https://www.boyceavenue.com/

Cubbie Fink – Foster the People (1983)

Jacob « Cubbie » Fink naît le 4 octobre 1983 à Denver, dans le Colorado, et déménage à San Diego à l'âge de neuf ans. Son père joue dans des groupes locaux de surf rock ; lui prend la guitare à onze ans. Il étudie la communication à la Vanguard University, dont il sort diplômé en 2007, et passe deux ans en Afrique du Sud dans le cadre d'une mission consacrée aux programmes sportifs et à la sensibilisation au sida.

De retour en Californie, il travaille dans une société de production télévisée jusqu'à ce que la récession lui fasse perdre son emploi. C'est à ce moment qu'il rejoint Mark Foster et le batteur Mark Pontius, qui viennent de fonder Foster the People en 2009. Bassiste et choriste, Fink participe à l'ascension fulgurante du groupe : porté par « Pumped Up Kicks », l'album Torches (2011) est certifié disque de platine et vaut au groupe trois nominations aux Grammy Awards. Sa basse, souple et dansante, contribue au son indie pop du trio, qui publie en 2014 un deuxième album, Supermodel.

Le 24 septembre 2015, Fink annonce qu'il quitte le groupe pour se consacrer à d'autres projets. Il se tourne vers le cinéma et la direction artistique : il produit notamment Priceless (2016), le court métrage Red Flags (2019) et Unsung Hero (2024), succès en salles aux États-Unis. Marié depuis 2011 à la chanteuse Rebecca St. James, il est producteur exécutif de son album Kingdom Come, récompensé par un Dove Award, et coauteur avec elle du livre Lasting Ever. Installé à Nashville avec sa famille, il intervient également comme conférencier.

Réseau social : https://www.instagram.com/cubbiefink/

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