Bax Music, dix-sept mois après : le géant remarche, mais il a changé de pas

Publié le 18 septembre 2026 à 18:19

Nous avons raconté la chute, puis le redémarrage aux pieds d'argile, puis le premier bilan de février. Six mois plus tard, la direction annonce un chiffre d'affaires revenu au niveau d'avant la faillite et un premier magasin français pour 2027. Reste à savoir ce que ça change, très concrètement, quand on veut s'acheter une basse.

Le retour au niveau d'avant : ce que dit la maison Bax

Reprenons au point où nous avions laissé l'affaire. 1er avril 2025 : Bax Music dépose le bilan, après vingt ans d'une croissance qui avait fini par ressembler à une fuite en avant. Mai 2025 : Jochanan Bax, écarté de sa propre entreprise quelques mois plus tôt, revient par la porte du doorstart — cette procédure néerlandaise qui permet de racheter les actifs d'une société en laissant les dettes au curateur. Quinze millions d'euros d'actifs repris avec l'investisseur Stijn Bakkeren, une trentaine de millions de passif abandonnés derrière, et environ quatre millions d'acomptes de clients partis en fumée. C'est à partir de cette ligne de départ — propre sur le plan comptable, sale sur le plan moral — qu'il faut lire tout ce qui suit.

Été 2025 : rallumer la machine

La remise en route a été spectaculairement rapide. Dès juin 2025, l'ensemble des magasins physiques avaient rouvert : Goes, Apeldoorn, Amsterdam et Anvers d'abord, Rotterdam en dernier. Jochanan Bax décrivait alors des livraisons quotidiennes de soixante à quatre-vingts palettes de marchandise neuve, la plupart des fournisseurs revenus à la table, et des boutiques tournant déjà au niveau de ventes de 2024. Les entités locales française et britannique étaient, disait-il, « en cours de constitution » — les boutiques en ligne ont suivi dans la foulée.

Le mouvement le plus parlant est ailleurs. À l'automne 2025, Bax annonçait le retour de deux cent trente anciens salariés, auxquels s'étaient ajoutées une quarantaine d'embauches. Deux cent trente personnes qui reviennent travailler pour un patron dont la presse néerlandaise venait de détailler les conflits de famille et la gestion à la hussarde, ce n'est pas un détail de communication : c'est le signe que la compétence métier — celle qui fait qu'on sait emballer une contrebasse ou régler un manche avant expédition — n'a pas été dispersée. À la même période, l'entreprise disait tourner autour de 80 % de son chiffre d'affaires d'avant.

Mai 2026 : « au niveau d'avant »

Le 28 mai 2026, sur la scène d'E-Commerce Live à Amsterdam, Jochanan Bax est venu raconter sa propre chute devant une salle de marchands en ligne, avec une formule qui résume assez bien le personnage : « Doorzetten loont, hoe diep het dal ook is » — persévérer paie, aussi profond soit le fossé. Le message chiffré, lui, tient en une phrase : Bax Music serait revenu à son niveau d'activité d'avant la crise, c'est-à-dire l'ordre de grandeur des cent cinquante millions d'euros annuels atteints en 2023. Fin 2025, l'objectif affiché était d'y être revenu dès février 2026. Le calendrier a donc, si l'on en croit la direction, été à peu près tenu.

moins de guerre des prix, plus de marque maison

C'est la partie la plus intéressante pour nous, et la moins commentée. Le Bax d'avant s'était construit sur l'affrontement frontal avec Thomann : aligner les prix, promettre plus, absorber la différence sur les volumes. Le Bax d'après dit explicitement renoncer à cette bagarre-là. La nouvelle équation repose sur trois piliers : des marques propres, dont les marges annoncées montent jusqu'à 60 %, là où la revente de grandes marques se joue à quelques points ; la priorité donnée aux clients omnicanaux, ceux qui achètent en ligne et passent en magasin, statistiquement plus rentables et plus fidèles ; et des murs loués plutôt qu'achetés, pour pouvoir refermer une boutique sans y laisser sa trésorerie. On reconnaît la doctrine d'un homme qui s'est brûlé les doigts sur l'endettement.

La traduction en rayon est simple : un acheteur qui pousse la porte de Bax en 2026 sera plus souvent orienté vers les instruments maison qu'en 2023. Ce n'est ni bien ni mal en soi — Thomann a bâti une partie de sa fortune sur Harley Benton, et personne ne s'en plaint — mais ça change la nature du conseil qu'on reçoit. Quand la marge d'un rayon varie du simple au décuple selon l'étiquette sur la tête, le vendeur le plus honnête du monde travaille dans un environnement qui pousse dans une direction. À nous de comparer, comme toujours, en dehors du magasin.

Ce qu'on ne sait toujours pas

Un point de méthode, qui vaut avertissement. Tous les chiffres ci-dessus — le retour au niveau d'avant, les 80 % de l'automne, les 60 % de marge sur les marques propres — viennent de la direction elle-même, relayée par la presse économique néerlandaise. La nouvelle structure n'a pas encore publié d'exercice complet certifié depuis le redémarrage. On sait donc ce que Bax Music dit de sa santé ; on ne dispose pas encore de la contre-expertise comptable qui permettrait de le vérifier. Ce n'est pas une accusation, c'est un état des sources — et, dans une affaire où la dernière liasse annuelle avant la faillite n'avait même pas été signée par l'expert-comptable, la nuance a son importance.

Et pour le bassiste, concrètement ?

Passons du communiqué au panier d'achat. Voici ce que la boutique française affiche au 11 septembre 2026, vérifié sur le site : livraison offerte à partir de 99 €, commande passée avant 23 h expédiée pour une livraison sous deux jours ouvrés si le produit est en stock, retours gratuits, trente jours satisfait ou remboursé, trois ans de garantie sur la majorité des produits et garantie du meilleur prix. Sur le papier, c'est un très bon standard européen. Ce n'est plus, en revanche, le fameux Service XXL.

Le Service XXL n'existe plus, et ça se voit à un chiffre

Souvenez-vous : la promesse historique de Bax, celle qui faisait hésiter les acheteurs de chez le voisin de Burgebrach, c'était soixante jours pour changer d'avis. On est aujourd'hui à trente. La moitié. Pour un pédalier ou un jeu de cordes, l'affaire est sans conséquence. Pour une basse, c'est tout autre chose : trente jours, c'est le temps qu'il faut pour que l'instrument se stabilise après le voyage, qu'un réglage soit fait, que trois répétitions et une scène vous disent si le manche vous convient vraiment. Autrement dit, la fenêtre d'essai réelle s'est refermée juste au moment où l'on commence à savoir. Ce n'est pas une arnaque — trente jours restent au-dessus des quatorze jours légaux — mais c'est la fin d'un avantage comparatif, et il faut le savoir avant de commander.

Le site raconte encore l'ancien monde

Détail savoureux et révélateur : la page institutionnelle « Découvrez Bax Music », toujours en ligne, annonce 420 spécialistes, une livraison offerte dès 20 € et des magasins « aux Pays-Bas et en Belgique », quand la page d'accueil du même site fixe le seuil de gratuité à 99 €. Deux vérités contradictoires à deux clics d'écart. Ce genre de scorie n'est pas grave en soi, mais elle dit quelque chose d'une entreprise qui a reconstruit son chiffre d'affaires plus vite que ses fondations : l'urgence a été de rallumer la caisse, pas de relire les pages corporate. Le lecteur retiendra surtout une règle pratique — en cas de litige, c'est la condition affichée au moment de la commande qui compte, et il vaut mieux en garder une capture d'écran.

Stock B : la zone grise n'a pas été éclaircie

En février, nous pointions les retours de lecteurs sur des produits reconditionnés vendus au prix du neuf, ou à tout le moins présentés sans clarté suffisante. Sept mois plus tard, la rubrique Stock B existe toujours et reste, sur sa page d'entrée, muette sur l'essentiel : aucune définition explicite de l'état des produits, aucun barème de décote, aucune mention spécifique de garantie autre que les conditions générales du site. Le conseil tient en une ligne : sur un instrument de seconde main ou déclassé, exigez la description détaillée de l'état avant paiement, et conservez-la. Sans cet écrit, un défaut esthétique constaté à la réception devient une discussion de comptoir — et on sait comment elles finissent.

Les avis : une moyenne qui mélange deux entreprises

Au 11 septembre 2026, Trustpilot crédite la boutique française d'environ 4,4 sur 5 pour un peu plus de dix-huit mille avis, avec 79 % de cinq étoiles et 7 % d'une seule — de son côté, le site revendique une moyenne de 9,1 sur « plus de 29 065 avis ». Deux précautions de lecture s'imposent. D'abord, ces cumuls agrègent l'avant et l'après-faillite : ils mélangent deux entreprises qui portent le même nom. Ensuite, la répartition compte plus que la moyenne. Ce noyau de 7 % de notes minimales ne raconte pas la même chose que le gros du peloton : il porte sur la logistique, les colis égarés et les remboursements qui traînent — exactement les points que nous avions identifiés en février comme le vrai chantier de 2026. La bonne nouvelle, c'est qu'ils ne sont plus majoritaires. La mauvaise, c'est qu'ils n'ont pas disparu.

Ce que ça change dans la pratique

Résumons pour celui qui a un budget dans la poche et une basse en tête. Bax Music n'est plus une entreprise en danger immédiat : la structure est désendettée, les fournisseurs livrent, les magasins sont ouverts, le service après-vente répond. Le risque a changé de nature — il n'est plus systémique, il est ordinaire, celui de n'importe quel gros marchand en ligne. Restent quelques réflexes de bon sens, que la faillite de 2025 a rendus non négociables : ne commander que ce qui est indiqué en stock et se méfier des précommandes longues, parce que les quatre millions d'euros d'acomptes perdus l'an dernier ont été payés par des musiciens ordinaires ; privilégier un moyen de paiement qui offre un recours réel, carte bancaire ou PayPal plutôt que virement ; tout écrire, tout garder ; et, si Anvers est à portée de voiture, aller essayer l'instrument sur place, ce qui reste la meilleure garantie du monde.

2027 : une enseigne Bax en France

Le dernier élément est peut-être le plus concret pour nos lecteurs. Bax Music a confirmé en mai 2026 l'ouverture d'un premier magasin français au premier semestre 2027, la ville n'étant pas encore rendue publique, après avoir évoqué dès fin 2025 des discussions de rachat de détaillants existants en France et en Angleterre. Sur un marché français où les grandes surfaces d'instruments se comptent sur les doigts d'une main et où Woodbrass tient la position dominante, l'arrivée physique d'un acteur de cette taille ne serait pas un détail. Pouvoir essayer vingt basses dans la même après-midi sans prendre le train pour l'Allemagne, c'est le genre de nouvelle qu'on espère voir se confirmer.

En un mot

Le géant est debout. Il est plus léger, plus prudent, plus marché de marges que de volumes, et il ne promet plus la lune — trente jours au lieu de soixante, c'est aussi une façon d'admettre qu'on avait promis plus qu'on ne pouvait tenir. On peut y voir un recul ; on peut aussi y voir la première décision adulte de cette histoire. Reste le vrai test, celui que ni un chiffre d'affaires reconstitué ni une conférence inspirante ne peuvent passer à la place du client : la deuxième commande. Celle qu'on repasse chez un marchand parce que la première s'est bien passée. Rendez-vous en 2027, devant une vitrine française si tout va bien.

Sources

Emerce, « ECL 2026 : Bax Music op het oude niveau », 28 mai 2026 — emerce.nl/nieuws/ecm-live

RetailTrends, « Bax Music opent volgend jaar eerste winkel in Frankrijk », 21 mai 2026 — retailtrends.nl/news/79062

RetailTrends, « Bax Music nadert oude omzet en mikt op winkels in Frankrijk en Engeland », 24 décembre 2025 — retailtrends.nl/news/77772

Marketingfacts, « Jochanan Bax over de val en wederopstanding van Bax Music », 29 octobre 2025 — marketingfacts.nl

RetailTrends, « Alle Bax Music-winkels weer open, Franse en Britse webshops volgen », 20 juin 2025 — retailtrends.nl/news/76172

bax-shop.fr : page d'accueil, page « Découvrez Bax Music » et rubrique Stock B, consultées le 11 septembre 2026

Trustpilot, fiche bax-shop.fr, consultée le 11 septembre 2026

Grave Basse : « Bax Music, clap de fin ou renaissance ?! », « Bax Music, fini, pas fini... », « Bax Music, redémarrage d'un géant avec désormais des pieds d'argile » (9 août 2025) et « 2026, où en est Bax Music depuis sa reprise ?! » (8 février 2026)

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Commentaires

Ar CA
il y a 21 minutes

Hello, c'est bien pour eux mais ce sera sans moi j'ai donné et le mal est fait...☺️