Joe B. Mauldin – Buddy Holly & The Crickets (1940 – 2015)
Joseph Benson Mauldin Jr., affectueusement appelé Joe B., s'est imposé comme l'un des véritables pionniers de la contrebasse et de la basse dans l'univers naissant du rock 'n' roll. Évoluant au sein des légendaires Crickets aux côtés de Buddy Holly, il a contribué à façonner le son d'une époque charnière, instaurant le format canonique du groupe de rock (deux guitares, une basse, une batterie). Mauldin commence la musique très jeune dans sa ville natale de Lubbock, au Texas. Après s'être essayé au piano et à la trompette, il jette son dévolu sur une contrebasse empruntée à son collège à l'âge de 14 ans. En 1957, il intègre officiellement les Crickets en remplacement de Larry Welborn. Son jeu percussif à la contrebasse — et plus tard à la Fender Precision Bass — propulse des hymnes intemporels comme That'll Be the Day, Oh, Boy! ou encore Not Fade Away. En studio, il participe activement au processus créatif, allant jusqu'à co-écrire des morceaux emblématiques comme Well... All Right. Après la mort tragique de Buddy Holly en 1959, Mauldin continue de faire vibrer les lignes de basse des Crickets pour accompagner notamment les Everly Brothers en tournée internationale. Installé par la suite à Los Angeles, il devient un ingénieur du son prisé aux mythiques Gold Star Studios (le laboratoire du fameux "Wall of Sound" de Phil Spector), tout en ne lâchant jamais son instrument. Il a logiquement été intronisé au Rock and Roll Hall of Fame en 2012, reconnaissance d'une empreinte indélébile sur le rôle du bassiste moderne.
Pour découvrir son travail : Les sessions des Crickets sur Spotify
Roy Babbington – Soft Machine, Delivery, Centipede (1940 – )
Figure magistrale de la scène jazz et rock progressif britannique, et plus particulièrement de la fameuse « École de Canterbury », Roy Babbington est un musicien largement respecté pour sa versatilité, excellant avec une égale maîtrise à la contrebasse acoustique et à la basse électrique. Babbington intègre la sphère de l'avant-garde londonienne au tournant des années 70, s'illustrant d'abord en tant que contrebassiste de session sur les albums complexes Fourth (1971) et Fifth (1972) du légendaire groupe Soft Machine. Son approche profondément ancrée dans le jazz, mêlée à une rigueur technique implacable, lui vaut d'être recruté comme membre officiel et bassiste électrique du groupe de 1973 à 1976. Avec Soft Machine, il enregistre des pièces maîtresses du jazz-fusion européen, dont l'excellent Bundles où ses lignes de basse denses et mélodiques soutiennent les envolées du guitariste Allan Holdsworth. Parallèlement, le talent de Babbington lui a permis d'évoluer au sein du supergroupe titanesque Centipede, dirigé par Keith Tippett, ou de jouer en tant que requin de studio aux côtés de Mose Allison, Ian Carr et même Elvis Costello. Preuve d'un groove inaltérable, il rejoint Soft Machine Legacy en 2009 pour y remplacer le regretté Hugh Hopper, reprenant le flambeau des basses fréquences avec la même exigence harmonique qu'à ses débuts.
Pour découvrir son travail : La discographie de Soft Machine sur Bandcamp
Andy Fletcher – Depeche Mode (1961 – 2022)
Si le grand public l'associe d'abord et avant tout aux synthétiseurs industriels de Depeche Mode, Andrew Fletcher – surnommé « Fletch » – a pourtant entamé son immense carrière au poste de bassiste. À la fin des années 1970, il fonde avec Vince Clarke le groupe post-punk Composition of Sound, dans lequel il tient la quatre cordes. Avec l'arrivée du chanteur Dave Gahan et l'évolution radicale du groupe vers la musique électronique, la formation est rebaptisée Depeche Mode et Fletcher troque définitivement sa basse électrique pour des claviers. Cependant, la logique de son instrument d'origine ne l'a jamais quitté : au fil des albums classiques du groupe, c'est très souvent lui qui assumait les redoutables parties de synthé-basse, créant ces fondations lourdes, synthétiques et métronomiques qui ont défini le son new wave des années 80. Sans être le compositeur principal, Fletch s'est imposé comme le ciment humain, stratégique et conceptuel du groupe, un manager de l'ombre veillant à l'équilibre entre les personnalités volcaniques de Martin Gore et Dave Gahan. Sa tragique disparition en 2022 a rappelé l'importance cruciale de ces musiciens discrets qui bâtissent silencieusement l'armature rythmique et la cohésion d'une formation d'envergure mondiale.
Pour découvrir son travail : Le site officiel de Depeche Mode
Jan Palmén – Rally, Mr. Brain (1966 – )
Évoluant au cœur de l'industrie musicale et médiatique scandinave, le Suédois Jan Palmén s'est bâti une solide réputation en tant que bassiste rythmique et ingénieur du son de studio. Il est particulièrement connu dans son pays natal pour avoir tenu la basse au sein de l'orchestre officiel de Rally, une émission musicale et satirique culte diffusée sur la radio publique suédoise de 1996 à 2002. Le format exigeant de cette émission demandait aux musiciens une adaptabilité foudroyante, imposant à Palmén de passer d'une ligne de walking bass jazz complexe à un groove funk syncopé ou à du rock abrasif en l'espace de quelques secondes pour coller aux parodies jouées en direct. Au-delà de ce rôle de chef d'orchestre de l'ombre, Jan Palmén s'est illustré en tant que bassiste dans des formations de rock alternatif suédoises comme Mr. Brain, ou au sein du groupe Ledbandet. Musicien de l'efficacité avant tout, son parcours illustre parfaitement la réalité du métier de bassiste professionnel en Europe du Nord : un artisan de l'ombre au service exclusif du morceau, dont la justesse de placement et la qualité de son (grandement aidée par ses talents d'ingénieur) font loi.
Pour découvrir son travail : Ses archives et projets sur Discogs
Ishay Berger – Whorecore, Useless ID (1978 – )
Personnalité emblématique de la scène underground israélienne, Ishay Berger est un musicien dont la polyvalence force le respect. Historiquement reconnu comme le membre fondateur et guitariste du grand groupe de pop-punk Useless ID — fondé au milieu des années 90 et jouissant d'une forte carrière internationale — Berger s'est réinventé pour explorer les fréquences les plus sombres en devenant le bassiste du groupe de brutal death metal et de grindcore Whorecore en 2010. Ce grand écart stylistique souligne une adaptabilité technique impressionnante. Pour tenir la section rythmique d'un projet grindcore, Berger a dû substituer la nervosité du jeu punk à une attaque au médiator chirurgicale et écrasante, nécessaire pour rivaliser avec des tempos blastés à des vitesses extrêmes et des accordages abyssaux. Sa présence à la basse a solidifié les performances scéniques de Whorecore, permettant au groupe de partager des scènes majeures avec des monuments du genre tels que Cannibal Corpse. Berger incarne cette race de musiciens insatiables pour qui la basse est le meilleur médium pour explorer l'agressivité pure et la distorsion.
Pour découvrir son travail : Les projets du label indépendant qu'il défend (Falafel / Useless ID) sur Bandcamp
Max Rafferty – The Kooks (1983 – )
Max Rafferty s'est fait connaître de toute une génération de fans de rock indépendant en tant que bassiste originel de la formation britannique The Kooks. Originaire du Shropshire, Rafferty a joué un rôle déterminant dans l'architecture sonore du groupe à ses débuts, fusionnant une approche rythmique d'inspiration post-punk avec un groove pop particulièrement incisif. Son travail culmine sur le premier album du groupe, Inside In/Inside Out (2006), un immense succès critique et commercial. C'est en grande partie grâce à ses lignes de basse rebondissantes, mélodiques et étonnamment complexes qu'ont été portés des tubes planétaires comme Naïve ou She Moves in Her Own Way. Le jeu de Rafferty apportait une dynamique presque dansante et une chaleur vintage qui contrebalançaient parfaitement les riffs de guitare nerveux. Malheureusement, face à des absences répétées et des divergences de vision, son aventure avec The Kooks s'achève abruptement début 2008. Déterminé à ne pas se laisser enfermer dans ce seul chapitre, il réoriente par la suite sa carrière en tant que bassiste et chanteur principal du projet funk/indie The Third Man, renouant avec une musique plus libre et des lignes de basse où il peut donner pleine mesure à ses influences groove.
Pour découvrir son travail : Les clips classiques de la première ère The Kooks sur YouTube
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