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Publié le 2 juillet 2026 à 01:49

Joe Puerta - Ambrosia, Bruce Hornsby and the Range (1951)

Baigné très tôt dans la scène musicale florissante de Los Angeles, Joe Puerta a forgé son identité sonore en autodidacte, après avoir échangé une paire d'enceintes contre sa toute première vraie basse, une Fender Jazz Bass de 1963. Fortement influencé par le sens de la mélodie de Paul McCartney et le groove fondamental de James Jamerson, il a développé un jeu à la fois complexe et hautement chantant. En cofondant le groupe Ambrosia dans les années 70, il a su trouver le point d'équilibre parfait entre la sophistication technique du rock progressif et l'accessibilité de la pop, soutenant des arrangements denses avec des lignes de basse mouvantes et des harmonies vocales impeccables. Plus tard, lorsqu'il devient membre fondateur de Bruce Hornsby and the Range, il adapte son jeu pour offrir une assise plus fluide et profonde, frôlant parfois l'expressivité d'une basse fretless sur des classiques comme The Way It Is. Aujourd'hui également producteur et propriétaire d'un studio d'enregistrement, il conserve cette oreille absolue pour le placement des basses fréquences dans un mix, prouvant que le rôle du bassiste est avant tout d'être l'architecte invisible du morceau.

Ameen Saleem - The Roy Hargrove Quintet, The Roy Hargrove Big Band (1979)

Originaire de Washington D.C. et diplômé du prestigieux CUNY Queens College, Ameen Saleem s'est imposé comme l'un des contrebassistes acoustiques les plus organiques et polyvalents de sa génération. Il envisage la contrebasse bien au-delà de sa fonction d'accompagnement pur : pour lui, l'instrument est le cœur battant et la boussole harmonique de toute formation. Saleem refuse de s'enfermer dans une case, naviguant avec une aisance déconcertante entre le jazz straight-ahead, le funk le plus moite et la nu-soul, porté par une sonorité boisée, massive et d'une rondeur exceptionnelle. Sa longue et fructueuse collaboration avec le regretté trompettiste Roy Hargrove a mis en lumière sa maîtrise absolue du temps ("timekeeping") et sa capacité inouïe à faire "groover" un quintet acoustique avec la même intensité qu'une section rythmique électrique. Qu'il pose un walking bass inébranlable derrière une section cuivre ou qu'il distille un ostinato lancinant, son jeu témoigne d'un ancrage profond dans la tradition afro-américaine tout en gardant les oreilles grandes ouvertes sur la modernité.

Zach Dawes - Mini Mansions, The Last Shadow Puppets (1985)

Figure incontournable de la scène indie et pop psychédélique moderne, Zach Dawes aborde son instrument avec une vision résolument cinématographique et orchestrale. Ayant d'abord commencé son apprentissage par le piano, il s'est tourné vers la basse par nécessité de groupe, ce qui explique son approche extrêmement compositionnelle des lignes de basse. Plutôt que de se contenter d'appuyer les toniques de manière monolithique, Dawes excelle dans l'art des contre-mélodies, jouant souvent sur des sons saturés (fuzz), des attaques franches au médiator et des lignes mélodiques qui s'entremêlent avec les voix. Son travail très remarqué au sein de The Last Shadow Puppets a prouvé sa capacité à fournir des fondations sombres et voluptueuses, évoquant l'esthétique sonore des années 60, tandis que son jeu dans Mini Mansions est beaucoup plus frontal et incisif. Également ingénieur du son, producteur et compositeur de musiques de films, son expertise de studio lui permet de sculpter son timbre avec précision, sachant exactement quel amplificateur ou quelle lutherie choisir pour asseoir le poids émotionnel d'une chanson.

Dany Bédar - La Chicane, Sex Solution (1976)

Si le grand public francophone le connaît avant tout comme un auteur-compositeur-interprète à succès et un visage populaire de la musique québécoise, c'est bien la basse qui constitue le socle de l'ADN musical de Dany Bédar. Originaire de Val-d'Or, il rejoint Montréal à l'aube de la vingtaine et fait ses premières armes de bassiste professionnel au sein du groupe rock Sex Solution. Cette solide expérience rythmique lui ouvre tout naturellement les portes de la formation La Chicane. Durant ses années avec le groupe, c'est son assise redoutable, son sens du groove et sa pleine compréhension de la structure d'une chanson pop-rock qui ont permis de bâtir le mur sonore sur lequel se sont appuyés leurs plus grands hymnes. Cette rigueur de bassiste n'a d'ailleurs jamais quitté Bédar : sa méthode d'écriture en solo témoigne d'une approche construite "depuis la section rythmique", où chaque morceau nécessite d'abord une fondation implacable et une "poche" rythmique (le pocket) profonde avant même que les guitares acoustiques ou les lignes vocales ne viennent s'y superposer.

Michał Jaros - Janczarski & Siddik 4tet, Michał Wróblewski Trio (1976)

Pilier essentiel de la prolifique scène jazz polonaise contemporaine, Michał Jaros est un contrebassiste dont la réputation s'est bâtie sur un lyrisme profond et une assurance rythmique à toute épreuve. Né à Chełmno, il a mené une carrière de sideman hautement respectée, soutenant et élevant aussi bien des formations de jazz traditionnel que des ensembles plus expérimentaux à travers toute l'Europe. Son rapport à l'instrument met particulièrement en valeur les qualités acoustiques pures de la contrebasse, favorisant une résonance naturelle et ample capable d'envelopper une salle sans jamais étouffer les solistes. Jaros possède cette double compétence rare : il excelle à maintenir un walking bass d'une fluidité et d'un swing absolus tout en se montrant incroyablement expressif lors d'improvisations libres ou de passages à l'archet (arco). Son immense discographie reflète un musicien à l'écoute permanente, réagissant aux moindres inflexions de la batterie avec une liberté de conversation qui transforme toute section rythmique en un organisme vivant et parfaitement synchronisé.

Jay Cave - Pittsburgh Symphony, Jay Cave Trio (1932 - 2018)

Personnage singulier ayant brillamment jeté un pont entre la rigueur absolue de la musique classique et la liberté spontanée du jazz, Jay Cave possédait un bagage technique vertigineux. Issu d'une famille de musiciens classiques de Pennsylvanie, ce véritable enfant prodige a d'abord entamé sa carrière en tant que plus jeune soliste au hautbois de l'illustre Orchestre Symphonique de Pittsburgh, avant de trouver sa véritable voie, presque par révélation, avec la contrebasse. Cet apprentissage initial d'un instrument à vent a fondamentalement structuré son approche de la basse : il "respirait" au travers de ses lignes de la même manière qu'un soufflant, offrant un phrasé d'une rare délicatesse. Lorsqu'il a basculé vers le monde du jazz, sa formation classique lui a conféré un avantage technique éclectique. Son intonation redoutable, couplée à une maîtrise totale de l'archet héritée de la musique symphonique, lui a permis d'exécuter des traits de bebop ultra-rapides et des motifs rythmiques complexes avec une clarté harmonique absolue, laissant le souvenir d'un musicien qui a su traiter la contrebasse comme une authentique voix soliste.

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