Paul Samwell-Smith - The Yardbirds, Renaissance (1943)
Né à Richmond en Angleterre, Paul Samwell-Smith est l'un des architectes discrets mais fondamentaux du boom du blues-rock britannique des années soixante. En tant que membre fondateur et bassiste des Yardbirds, il a non seulement posé les fondations rythmiques pour des guitaristes légendaires comme Eric Clapton et Jeff Beck, mais il a également grandement contribué à l'innovation sonore du groupe. Son utilisation d'une basse Epiphone Rivoli, avec son grain semi-hollow si caractéristique, a défini le son percussif, chaud et lourd des fameux "rave-ups" du groupe, ces montées en puissance instrumentales frénétiques qui préfiguraient le hard rock. Au-delà de son jeu de basse inventif, instinctif et résolument propulsif, Samwell-Smith possédait une oreille absolue pour les arrangements, ce qui l'a naturellement poussé vers la production. Frustré par les tournées incessantes et désireux d'explorer l'envers du décor, il quitte les Yardbirds en mille neuf cent soixante-six. Sa carrière prend alors une tournure tout aussi prestigieuse derrière les consoles de mixage. Il devient un producteur de génie, façonnant le son d'artistes majeurs de la scène folk et rock, dont Cat Stevens, Jethro Tull et Carly Simon. Bien qu'il ait brièvement renoué avec la scène au sein du groupe de rock progressif Renaissance, c'est son double héritage de pionnier de la basse électrique britannique et de visionnaire de studio qui cimente son statut de légende pour tout passionné de l'histoire du rock.
http://www.theyardbirds.net/pages/membresstorypss.html
Jean-Marc Jafet - Trio Sud, Les Etoiles (1956)
Figure incontournable du paysage jazz et fusion européen, le Français Jean-Marc Jafet est un virtuose dont la musicalité transcende les frontières des genres. Né à Nice dans un environnement baigné de musique, il débute paradoxalement son parcours artistique par la batterie avant d'avoir une véritable révélation pour la basse électrique à la fin des années soixante-dix. Ce bagage rythmique initial se ressentira d'ailleurs tout au long de sa carrière, lui conférant un placement et un groove absolument redoutables. Rapidement repéré pour son phrasé lyrique, sa maîtrise technique ahurissante et son utilisation magistrale de la basse fretless, il devient l'un des musiciens de session et de scène les plus prisés de l'Hexagone. Son parcours est jalonné de collaborations exceptionnelles, naviguant de la variété de haute volée avec Michel Jonasz au jazz le plus exigeant avec Didier Lockwood, Richard Galliano ou encore Biréli Lagrène. Cependant, c'est probablement son implication au sein du fameux Trio Sud, aux côtés du guitariste Sylvain Luc et du batteur André Ceccarelli, qui cristallise le mieux son immense talent. Au sein de cette formation couronnée aux Victoires de la Musique, la basse de Jean-Marc Jafet se fait tour à tour pilier harmonique, voix soliste envoûtante et moteur rythmique aux accents latins et méditerranéens. Explorant également la contrebasse avec la même aisance, il a su développer une voix unique, chantante et profondément chaleureuse, faisant de lui une référence absolue pour de nombreux bassistes francophones et internationaux.
https://open.spotify.com/intl-fr/artist/2ajDeNZNe0xTCdAueaA08m?si=f6OVq7KVTiusHp06ofuOyQ
Eric Brittingham - Cinderella, Naked Beggars (1960)
Archétype du bassiste de hard rock des années quatre-vingt, Eric Brittingham a solidement ancré le son d'une des formations les plus emblématiques de la vague glam metal. Originaire de l'est des États-Unis, il cofonde le groupe Cinderella au début de la décennie avec le chanteur et guitariste Tom Keifer. Dans une époque dominée par la surenchère technique et visuelle, le jeu d'Eric Brittingham se distingue par son redoutable sens de l'efficacité et son groove lourd posé au fond du temps, un élément essentiel pour asseoir les riffs teintés de blues qui démarquent Cinderella de nombreux de leurs contemporains. Des scènes des petits clubs de Philadelphie jusqu'aux stades mondiaux à la suite de la sortie d'albums multi-platines, sa basse, souvent rugueuse et jouée au médiator avec une attaque franche, forme l'épine dorsale de l'arsenal sonore du groupe. Loin de chercher la lumière des projecteurs à travers des solos exubérants, il comprend et maîtrise parfaitement le rôle du bassiste au sein d'un quatuor rock énergique : faire corps avec la grosse caisse et soutenir les envolées vocales et guitaristiques. Après la période faste de Cinderella, il a continué à faire vrombir ses amplificateurs au sein de divers projets, démontrant une fidélité inébranlable au rock and roll. On l'a notamment vu évoluer avec Naked Beggars, le supergroupe Devil City Angels, ou encore aux côtés du chanteur Bret Michaels, prouvant que sa solidité rythmique reste une valeur sûre sur la scène internationale.
Jim Sheppard - Nevermore, Sanctuary (1961)
Bâtisseur de fréquences sombres et complexes, Jim Sheppard s'est imposé comme une véritable pierre angulaire de la scène metal progressif américaine. Natif de Seattle, il se fait d'abord connaître à la fin des années quatre-vingt en tant que membre fondateur de Sanctuary, une formation de power metal dont l'agressivité maîtrisée et les atmosphères oppressantes attirent rapidement l'attention de la communauté musicale. Lorsque Sanctuary se sépare au début de la décennie suivante, Jim Sheppard s'associe au chanteur Warrel Dane pour former Nevermore, un groupe qui redéfinira les standards du metal moderne. Son jeu de basse, exécuté majoritairement aux doigts et sur des instruments à cinq cordes, est un modèle de puissance et de clarté dans un environnement sonore extrêmement dense. Il a dû en effet composer avec les riffs tentaculaires et les mesures asymétriques du guitariste Jeff Loomis, trouvant toujours le juste équilibre entre le doublage strict des rythmiques alambiquées et l'apport de contrepoints harmoniques subtils. Le son de Jim Sheppard, épais, grondant et parfaitement défini dans les registres les plus graves, est une véritable école pour les bassistes de metal cherchant à percer le mix sans sacrifier l'assise du groupe. Bien que des problèmes de santé l'aient forcé à prendre du recul face aux rigueurs des tournées intensives, son travail en studio reste une référence absolue, marquant de son empreinte indélébile l'histoire d'un metal à la fois intellectuel et viscéral.
https://nevermoreofficial.com/
Ole Morten Vågan - Trondheim Jazz Orchestra, Motif (1979)
Représentant brillant de la bouillonnante scène jazz nordique contemporaine, le Norvégien Ole Morten Vågan est un contrebassiste dont l'inventivité ne semble connaître aucune limite. Né dans le nord de la Norvège, il a rapidement fait preuve d'une maturité musicale exceptionnelle qui l'a propulsé au cœur des projets les plus ambitieux de la musique improvisée européenne. Véritable pilier du Trondheim Jazz Orchestra, dont il a d'ailleurs assuré la direction artistique, il manie la contrebasse avec une expressivité rare, alliant une technique classique irréprochable à une liberté créative propre à l'avant-garde. Son jeu se caractérise par un son acoustique boisé, profond et incroyablement ample, qu'il sculpte aussi bien en pizzicato, avec un rebond rythmique agile, qu'à l'archet, où il explore des textures sonores allant du lyrisme le plus pur aux bourdonnements les plus abstraits. Outre son rôle de sideman très prisé, notamment au sein du quintet Motif, Ole Morten Vågan est un compositeur et arrangeur visionnaire. Il écrit des partitions complexes où l'écriture savante rencontre l'énergie organique et spontanée du free jazz. Son approche décloisonne les genres, prouvant avec brio que la contrebasse peut être tout à la fois le cœur palpitant d'une grande formation orchestrale et une voix singulière capable de s'exprimer avec fulgurance dans des contextes intimistes ou expérimentaux.
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