Né le 26 avril 1956 à Naples, en Italie, au sein d'une famille militaire de l'armée de l'air américaine en stationnement, Dave Pomeroy est une véritable institution vivante dans l'industrie musicale mondiale, et plus particulièrement au sein du complexe industriel de Nashville. Il incarne à la perfection l'archétype du maître de studio, ce musicien d'élite de l'ombre dont les lignes de basse façonnent l'inconscient collectif auditif de millions d'auditeurs à travers le globe. Ayant contracté le virus de la musique presque dès la naissance, il s'est initié à la basse dès l'âge de dix ans. À la suite d'une maturation musicale précoce, il a pris la décision stratégique de s'installer à Nashville, la Mecque de l'enregistrement, en 1977.
D'un point de vue purement organologique et technique, le jeu de Pomeroy se caractérise par une versatilité extrême qui confine à la virtuosité totale. Il maîtrise avec une égale aisance la guitare basse électrique traditionnelle (frettée), la basse fretless (qui exige une intonation parfaite et permet des glissandos vocaux rappelant le jeu de Jaco Pastorius), la contrebasse classique acoustique, et la très spécifique contrebasse électrique (Electric Upright Bass). Cette polyvalence organique, couplée à une capacité de lecture à vue infaillible basée sur le "Nashville Number System", lui a permis d'opérer bien au-delà des frontières strictes de la musique country commerciale, explorant avec succès le bluegrass, le jazz contemporain, le rock, la pop, et les musiques du monde.
Après avoir fait ses armes formatrices sur les routes exigeantes avec des artistes roots de la trempe de Sleepy LaBeef et du légendaire poète texan Guy Clark, il a sécurisé le poste hautement convoité de bassiste pour le groupe de Don Williams. Son association avec Williams fut d'une longévité exceptionnelle, tournant et enregistrant sans relâche avec le chanteur pendant quatorze ans. Cette stabilité lui a permis de bâtir un réseau professionnel inébranlable, devenant progressivement l'un des musiciens de session indépendants les plus demandés de l'histoire moderne.
L'empreinte discographique de Pomeroy est proprement titanesque : il a enregistré ses lignes de basse sur plus de 500 albums. Sa discographie de session se lit comme une encyclopédie exhaustive de la musique contemporaine. Il a fourni des fondations harmoniques pour une constellation d'artistes majeurs, incluant la légende pop britannique Elton John, le traditionaliste country Alan Jackson, la voix cristalline d'Emmylou Harris, l'icône de l'outlaw country Willie Nelson, et le célèbre groupe de folk traditionnel irlandais The Chieftains. Ce dernier crédit souligne sa capacité extraordinaire à adapter son attaque et son placement rythmique aux cadences complexes de la musique celtique. En 1997, la reconnaissance unanime de ses pairs a culminé lorsqu'il a été triomphalement élu "Bassiste de l'Année" lors des prestigieux Nashville Music Awards. Parallèlement à son travail de sideman, il a refusé d'étouffer sa propre voix créative, développant une carrière solo prolifique. Il a fondé son propre label discographique indépendant, Earwave, sur lequel il a produit et publié 14 projets personnels démontrant le potentiel inexploité de la basse non seulement comme instrument d'accompagnement, mais comme véritable voix lead et véhicule compositionnel.
Cependant, l'analyse de Dave Pomeroy serait incomplète si l'on omettait son rôle politique et syndical majeur, qui fait de lui un acteur crucial de l'économie de la musique. Face aux bouleversements tectoniques de l'industrie musicale (la transition vers le streaming, la numérisation des œuvres, l'intelligence artificielle et la chute vertigineuse des revenus physiques), Pomeroy a assumé la présidence de la Nashville Musicians Association (connue sous le matricule AFM Local 257). S'inscrivant dans la longue et tumultueuse lignée des luttes syndicales de l'American Federation of Musicians (qui avait organisé les célèbres grèves des enregistrements de 1942 à 1944 pour protéger le travail des instrumentistes), Pomeroy utilise sa stature et son influence politique pour défendre avec ferveur les droits de propriété intellectuelle, exiger des rémunérations équitables, et protéger les conditions de travail des musiciens de session et de scène à l'ère du capitalisme numérique. Cette double casquette de créateur virtuose et de défenseur institutionnel infatigable fait indubitablement de lui l'un des bassistes les plus influents des quarante dernières années.
Ajouter un commentaire
Commentaires