Né le 21 avril 1944 à Masserberg, en Thuringe, Peter Kowald grandit à Wuppertal, ville industrielle de la Ruhr, dans l'Allemagne de l'après-guerre. À quinze ans, lycéen, il se met à la contrebasse — et à la tuba — non par vocation première, mais parce que ce sont « les instruments dont personne ne voulait dans l'orchestre scolaire ». Cette entrée par la petite porte ne l'empêche pas de devenir l'une des figures les plus radicales et les plus voyagées de la contrebasse de jazz européenne.
Le tournant survient à 17 ans, quand il rencontre un autre Wuppertaler de trois ans son aîné : le saxophoniste Peter Brötzmann. De leurs explorations communes naît une fréquentation assidue de Mingus, Coltrane, Ornette Coleman — et bientôt, de leurs propres chemins. En 1965, la pianiste Carla Bley les entend en concert et les invite à rejoindre sa tournée européenne de 1966. C'est une révélation : le free jazz sans mesure, sans structures métriques régulières, devient leur langue maternelle.
La même année, Alexander von Schlippenbach les recrute tous deux pour le Globe Unity Orchestra, grand ensemble dédié à l'improvisation collective qui réunit l'élite du free jazz européen. Kowald en reste membre douze ans, participant à dix albums, composant, dirigeant, façonnant le son de cette formation hors norme. Parallèlement, il intègre le Schlippenbach Trio avec Evan Parker et Paul Lovens, puis rejoint le London Jazz Composers' Orchestra jusqu'en 1985.
Ce qui distingue Kowald de ses contemporains est son insatiable désir de dialogue global. Alors que beaucoup circulent dans des réseaux définis, lui traverse les continents à la recherche de partenaires — musiciens japonais, américains, africains, grecs — enregistrant une série monumentale de duos : avec Barre Phillips, Joëlle Léandre, Barry Guy, William Parker, Maarten Altena. Son projet Global Village incarne cette conviction : l'improvisation libre est un langage universel, indépendant des cultures et des traditions.
Ses techniques étendues — archets audacieux, sons percussifs, sons soutenus proches du souffle — ont ouvert des territoires sonores inédits pour l'instrument. Il meurt d'une crise cardiaque le 21 septembre 2002 à New York, chez son ami et collègue bassiste William Parker, après avoir donné un concert à Brooklyn. Il avait 58 ans. Une coïncidence troublante : il naît et meurt un 21, comme si le calendrier lui avait réservé ce chiffre en signature.
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