Robert Keating (2000-) le renouveau de l'indie rock

Publié le 19 avril 2026 à 06:52

Représentant la frange la plus jeune et contemporaine de notre analyse socio-musicale, Robert Keating (parfois crédité sous le pseudonyme affectueux Bobby Skeetz) est né le 19 avril 2000 en Irlande. Bassiste et choriste, il participe en 2012 à la fondation du groupe de rock alternatif Inhaler avec ses camarades de classe du St Andrews College situé à Blackrock, dans la banlieue de Dublin. Le groupe est constitué du chanteur et guitariste Elijah Hewson, du batteur Ryan McMahon, rapidement rejoints en 2015 par le guitariste et claviériste Josh Jenkinson.

L'émergence fulgurante d'Inhaler s'inscrit dans un contexte fascinant de renaissance de la musique à guitares à Dublin au début des années 2020. Bien que le groupe soit inévitablement scruté sous l'angle critique du népotisme (Elijah Hewson étant le fils de Paul Hewson, mondialement connu sous le nom de Bono, leader de U2), la cohésion musicale de la formation a rapidement dissipé les doutes. Cette légitimité repose en grande partie sur la maturité de la section rythmique gérée par Keating, qui offre une base incroyablement solide aux envolées vocales de Hewson.

Le Style Keating : Synthèse entre Post-Punk et Pop de Stade

La musique d'Inhaler propose un alliage sophistiqué mélangeant l'indie rock percutant des années 2000 avec les textures synthétiques et l'urgence du post-punk des années 1980. Le groupe cite ouvertement des influences aussi variées que The Stone Roses, Joy Division, Depeche Mode, Prince ou encore les premiers travaux de MGMT. Dans ce paysage sonore luxuriant, la basse de Robert Keating joue un rôle directeur et non subalterne.

Sur l'album de leurs débuts, It Won't Always Be Like This (sorti en juillet 2021), le jeu de Keating se distingue par des lignes de basse extrêmement mélodiques jouées majoritairement au médiator. Cette technique accentue considérablement l'attaque et la brillance des notes, permettant à la basse de percer efficacement un mixage souvent saturé par les effets de réverbération et de délai des guitares. L'album s'est classé numéro un au Royaume-Uni et en Irlande, prouvant l'efficacité de cette formule. De plus, les harmonies vocales de Keating constituent une composante essentielle de la couleur pop du groupe, adoucissant les aspérités de l'instrumentation rock lors des refrains conçus pour les stades.

Évolution Stylistique et Adaptabilité

L'impact inattendu de la pandémie mondiale de Covid-19 en 2020 a forcé le groupe, alors en pleine ascension après avoir assuré les premières parties de pointures comme Noel Gallagher, à annuler ses tournées et à retourner vivre chez leurs parents respectifs à Dublin. Keating a utilisé cette période de réclusion et de frustration créative pour raffiner son approche de l'instrument.

Lors de la composition de leur deuxième album, Cuts & Bruises (sorti en février 2023), et du troisième, Open Wide (annoncé pour février 2025), la basse de Keating est devenue nettement plus orientée vers le "groove", s'imprégnant de la dynamique acquise lors de leurs performances live massives (notamment devant 13 000 personnes à la 3Arena de Dublin ou en première partie d'Arctic Monkeys et Pearl Jam). Sur un titre comme "If You're Gonna Break My Heart", le groupe révèle une inspiration tirée de la musique americana (Bob Dylan, The Band, Bruce Springsteen), entendue lors de leurs tournées sur les autoroutes américaines. Keating y adopte une approche plus posée, terrienne et organique, démontrant une versatilité technique qui prouve qu'il ne s'enferme pas dans le jeu purement frénétique du post-punk. La trajectoire précoce mais brillante de Keating illustre parfaitement le rôle du bassiste moderne dans le rock alternatif de la décennie 2020 : agir comme un contrepoint mélodique vital qui relie physiquement la batterie aux atmosphères éthérées.

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