C'est dans ce contexte de renversement des valeurs qu'intervient Leslie Thomas Pattinson, né le 18 avril 1958 à Ormskirk, dans le Lancashire anglais. Son parcours est emblématique de l'éthos punk : l'apprentissage par la pratique immédiate, sans filtre académique. Ayant grandi à Aughton, il fréquente la Deyes High School à Maghull où il se lie d'amitié avec son camarade de classe Will Sergeant. Avant le succès professionnel, Pattinson fréquente le célèbre Eric's Club à Liverpool, baignant dans la scène underground, s'inventant des personnages comme "Jeff Lovestone" dans un groupe imaginaire (The Jeffs) ou lisant de la poésie sur scène sous le pseudonyme de "Neon Poet".
Pattinson est un autodidacte absolu en matière musicale. L'histoire de ses débuts relève du folklore rock : en 1978, il est invité par Will Sergeant et Ian McCulloch à rejoindre le groupe Echo & the Bunnymen trois jours seulement avant leur tout premier concert, alors qu'il n'avait strictement jamais touché à une guitare basse de sa vie. Il achète pour 40 livres sterling une basse d'occasion de marque Grant, à laquelle il manque une corde, et monte sur scène.
De ce point de départ précaire va naître l'un des styles de basse les plus reconnaissables et influents des années 1980. En tant que bassiste et co-compositeur d'Echo & the Bunnymen, Pattinson est à l'origine des fondations harmoniques de titres monumentaux ayant atteint les sommets des charts britanniques, tels que "The Killing Moon", "The Cutter", "Lips Like Sugar" ou "Bring on the Dancing Horses". Son absence d'éducation musicale classique s'avère être son plus grand atout : non contraint par les schémas traditionnels du blues ou du jazz, son jeu s'inspire largement des bandes originales de séries télévisées des années 1960, de la musique lounge et du rock psychédélique.
L'analyse technique de sa pratique révèle plusieurs caractéristiques spécifiques du son post-punk. Premièrement, Pattinson joue exclusivement au médiator (pick), préférant systématiquement utiliser des attaques vers le haut (upstrokes) pour générer un son particulièrement tranchant, percussif et agressif qui transperce les mixages denses et noyés de réverbération typiques de l'époque. Deuxièmement, il excelle dans l'art d'exploiter le registre aigu du manche de la basse, produisant des lignes de contre-chant mélodiques ensorcelantes (évidentes sur des morceaux comme "Bring On The Dancing Horses" ou "Heaven Up Here"). Enfin, il fait un usage intensif du grattage rapide en doubles croches (16th-note strumming) pour créer des nappes rythmiques continues, pulsatives et hypnotiques ("The Back of Love", "Nocturnal Me").
D'un point de vue matériel, son grain de son a évolué pour devenir la colonne vertébrale du groupe. S'il a débuté professionnellement avec des instruments à diapason court (short-scale) comme la Fender Mustang couplée à un amplificateur Fender Bassman, son identité sonore définitive s'est cristallisée à partir de l'album Heaven Up Here (1981) autour d'une Fender Jazz Bass de couleur "Maui Blue" datant de 1980. Cet instrument était branché dans le monstrueux système d'amplification à lampes Ampeg SVT associé à une énorme enceinte 8x10 pouces (le fameux "frigo"). Cette combinaison offre des graves massifs, des médiums rugissants et des aigus tranchants, parfaitement adaptés à la musique en clair-obscur du groupe.
Pattinson a traversé les tempêtes internes du groupe, enregistrant l'album Reverberation (1990) avec le chanteur Noel Burke après le départ de McCulloch, avant de réintégrer la formation classique pour l'album Evergreen (1997). Il quitte définitivement Echo & the Bunnymen en 1998 pour des raisons personnelles, l'ayant amené de manière surprenante à monter une entreprise de sablage industriel. La musique finit toujours par le rattraper : il collabore avec Terry Hall (ex-The Specials) sur l'album solo Home (1994), rejoint The Wild Swans en 2009, et forme le groupe de rock instrumental Poltergeist en 2013 avec son vieil ami Will Sergeant. Les lignes de basse de Pattinson, immortalisées dans des films cultes comme Donnie Darko ou Pretty in Pink, prouvent que l'impact d'un bassiste se mesure à sa capacité à forger l'identité mélodique et émotionnelle d'une œuvre.
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