Né le 16 avril 1955 à Los Angeles, en Californie, Eric Drew Feldman est l'un des bassistes et claviéristes les plus fascinants, prolifiques et respectés de la musique expérimentale et du rock alternatif américain. Multi-instrumentiste surdoué (maîtrisant la basse, le piano, les synthétiseurs, l'optigan, le mellotron, le minimoog et les percussions), il est devenu le collaborateur par excellence des esprits les plus excentriques et imprévisibles de la musique moderne.
Formation Électronique et les Années Magic Band
Le parcours de Feldman débute de manière rigoureuse et non conventionnelle. Dans les années 1970, il étudie auprès du Dr. Philip Springer, un pionnier de la musique électronique et des premiers synthétiseurs. En 1976, sa carrière prend une trajectoire définitive lorsqu'il rejoint le légendaire Captain Beefheart (Don Van Vliet) et son Magic Band en tant que bassiste et claviériste. Au sein de cette formation iconoclaste, Beefheart lui attribue le pseudonyme "Black Jew Kitabu".
Jouer de la basse pour Beefheart relevait d'une haute voltige intellectuelle et de contorsions physiques épuisantes. Van Vliet, qui ne possédait pas de formation musicale formelle, dictait ou fredonnait des idées rythmiques et mélodiques complexes, souvent fracturées, polyrythmiques et atonales. Feldman avait la lourde tâche d'agir comme un "traducteur analytique" : il devait transcrire ces fulgurances chaotiques et les exécuter sur sa basse avec une précision implacable, rendant le surréalisme jouable en direct. Feldman a enregistré sur le triptyque d'albums acclamés de la fin de carrière de Beefheart : Shiny Beast (Bat Chain Puller) (1978), Doc at the Radar Station (1980) et Ice Cream for Crow (1982). Sa basse y est angulaire, syncopée et farouchement dépourvue de "groove" traditionnel, obéissant plutôt à des mathématiques extra-terrestres dictées par l'esprit du Captain.
The Residents, Snakefinger et Pere Ubu
La rigueur surhumaine exigée par le Magic Band a forgé la réputation de Feldman comme un rouage essentiel de la musique non conventionnelle. Dès le début des années 1980, la faction de l'avant-garde de San Francisco gravite naturellement autour de lui. Introduit par le collectif anonyme The Residents, il entame une collaboration fusionnelle avec le guitariste expérimental britannique Snakefinger (Philip Charles Lithman). Feldman co-produit et joue de la basse et des claviers sur ses albums avec le groupe de soutien The Vestal Virgins, et ce jusqu'au décès tragique de Lithman en 1987.
Parallèlement, sa crédibilité lui permet d'intégrer un autre monument de l'avant-garde : le groupe post-punk et industriel Pere Ubu en 1988. Il remplace Allen Ravenstine aux claviers, apportant son expertise de l'enregistrement et son oreille harmonique sur l'album Worlds in Collision (1991). Son lien avec The Residents ne s'est jamais rompu ; il a rejoint le mystérieux collectif à de multiples reprises, notamment en remplaçant Hardy Fox lors de la tournée Demons Dance Alone (2002-2003) et en devenant de manière permanente leur producteur principal en 2015, supervisant des albums complexes tels que The Ghost of Hope (2017), Intruders (2018) et Metal Meat & Bone (2020).
Frank Black, PJ Harvey et l'Esthétique kNIFE & fORK
Dans les années 1990, Feldman prête ses talents de bassiste et de claviériste à la scène du rock alternatif naissant. Sa rencontre avec Frank Black (leader emblématique des Pixies) en 1991 donne lieu à une symbiose musicale d'une rare intensité. Feldman joue sur le dernier album des Pixies, Trompe le Monde (1991), avant de devenir l'épine dorsale des ambitieux albums solos de Black. Il produit, arrange et joue de la basse sur des chefs-d'œuvre de l'alt-rock tels que l'album éponyme Frank Black (1993) et le foisonnant Teenager of the Year (1994). Tout au long des années 2000, il continuera d'accompagner Frank Black and the Catholics en studio et en tournée.
Son sens inné de l'arrangement, qui consiste à ne jouer que la note absolument nécessaire pour soutenir la structure, attire l'attention de la musicienne britannique PJ Harvey en 1994. Feldman devient un collaborateur crucial pour elle, enregistrant des lignes de basse et des claviers subtils sur des albums majeurs, sombres et introspectifs tels que Is This Desire? (1998) et White Chalk (2007). En outre, il dirige sa propre formation encensée par la critique, kNIFE & fORK, qui lui permet d'explorer ses propres visions compositionnelles.
L'héritage de Feldman en tant que bassiste transcende largement la simple notion d'instrumentiste d'accompagnement. Il agit comme un véritable concepteur sonore, utilisant la basse comme un outil de rationalisation au service de génies excentriques, transformant des concepts sonores purement abstraits en fondations musicales tangibles et enregistrables.
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